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samedi 23 juillet 2016

La religion de l'américanisme

La résistance à l'hégémonie étasunienne


Allocution d'Alain de Benoist sur les États-Unis d'Amérique, leurs origines, leur civilisation, leurs visées hégémoniques et leur influence délétère sur notre continent européen. Ce discours quoiqu'ancien (vingt cinq ans déjà) n'a pas pris une ride. A certains égards il s'avère même même "prophétique". 



vendredi 1 juillet 2016

Le Brexit, OK... mais après ?


Le Brexit, une victoire en danger ?

Après le coup de tonnerre provoqué par le Brexit, nous voyons une Union Européenne paniquée qui démène pour saboter par tous les moyens l'expression du peuple britannique jusqu'à se ridiculiser par un déni flagrant de démocratie et des insultes ouvertes à l'encontre des peuples européens jugés immatures dans leurs volontés de ne pas se soumettre aux règles liberticides d'une technocratie supra nationale et non élue par eux.

Ces "terroristes intellectuels" qui ont pris en otage le rêve européens ont monté une cabale médiatique hallucinante de mauvaise foi et tricherie, à l'image de cette pétition anti-brexit recueillant en quelques jours des millions de signatures et qui s'est avérée une immense supercherie où n'importe qui pouvait déclarer des signataires imaginaires comme les 23.778 coréens du Nord (!) ou encore les 39.411 résidents du Vatican qui ont signé la pétition, sur 800 personnes qui y vivent réellement !

Le mainstream médiatique, qui dépend du pouvoir, tant financièrement que professionnellement, s'est lancé depuis une semaine dans une croisade inquisitoriale contre le Brexit fustigeant ses partisans accusés de déclencher l'apocalypse en tournant le dos à l'Europe, de vouloir revenir à un passé féodal etc...

Tour à tour les anti-brexit usent de la peur (chaos économique), de la menace (guerre civile), de la diabolisation (fascisation des pro-brexit), ou de la victimisation (de la jeunesse par exemple), pour stigmatiser le référendum britannique, jusqu'à lancer la foule contre le peuple.
La propagande mondialiste procède ici d'un même absolutisme dogmatique que celui du monothéisme romain dont elle s'inspire : "en dehors de l'église point de salut !"... et de nous menacer des pires affres en cas de mutinerie...

« Il faudrait que les journalistes cessent de mépriser leur auditoire »

Le prosélytisme journalistique de ces pitoyables "chiens de garde" du système, par la vacuité de leurs arguments et la portée de leurs jappements montrent finalement qu'ils ne sont que des chiots bâtards enchaînés à leur gamelle...

Une élite politique, devenue caste opposée au populations qu'elle veut asservir

Ce référendum britannique, dans son résultat mais encore plus dans les réactions qu'il a suscité dans les palais de l'Union Européenne et ceux de ses annexes nationales, montre que la fracture existante entre les élites politiques et les peuples est désormais devenue une ligne de front ouvertes entre dictature et rebéllions.

Rappel :

- En 1992, le Danemark refuse à 51.7% le traité de Maastricht : obligé de revoter !
- En 2000, le Danemark refuse à 53.2% de rejoindre la zone €uro : accepté !
- En 2001, l'Irlande refuse à 53.90% le traité de Nice : obligée de revoter !
- En 2003, la Suéde refuse à 56.10% de rejoindre la zone €uro : accepté !
- En 2005, la France refuse à 54.90% la constitution européenne : ignorée !
- En 2005, les Pays Bas refusent à 61.5%  la constitution européenne : ignorés !
- En 2008, l'Irlande refuse à à 53.20% le traité de Lisbonne : obligée de revoter !
- En 2015, la Grèce refuse à 61.3% le plan de redressement : ignorée !
- En 2016, les Pays Bas refusent à 61,1 % l’accord d’association entre l'UE et l’Ukraine...
En 2016, le Royaume Uni demande à 51.9% sa sortie de l'Union Européenne !

Le président allemand Joachim Gauck résume d'ailleurs cette situation et très tranquillement le 17 juin dernier :

 "Les élites ne sont pas le problème, c'est le peuple qui est le problème" 


Comment le système va t-il maintenant organiser le sauvetage de sa plantation esclavagiste européenne menacée d'un marronnage contagieux ? 
Si David Cameron, respectant la tradition politique britannique s'est formellement et publiquement engagé à respecter le vœu du peuple, (il a d'ailleurs annoncé sa démission prochaine) les autres pays européens d'ores et déjà sont entrés dans une prophylaxie dictatoriale, comme la France où le Président Hollande a refusé la demande de Marine Le Pen concernant la tenue d'un référendum sur un  "Frexit" éventuel.

Surtout il ne faut pas crier Victoire trop tôt car le Brexit n'est pas encore un essai validé et transformé et il n'est pas impossible que l'opposition cherche a imposer au minimum un second vote au niveau du parlement pour validé le référendum.

Par ailleurs, si l'on considère que les objectifs principaux de l'Union Européenne sont la dictature d'un libre marché économique, le départ du Royaume Uni ou de tout autre pays de la communauté de l'UE ne signifie pas pour autant l'abandon de grand Marché transatlantique qu'incarne par exemple le TAFTA et qui, comme l'OTAN, est indépendant de Bruxelles... 


"Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain"

De plus, la dictature étasunienne en Europe, si elle est sévèrement bousculée par le Brexit n'en n'est pas pour autant vacillante, et elle tente même d'exploiter ce résultat à son avantage en voulant souligner une division européenne qu'elle cherche à maintenir depuis des décennies.   

Le système veut nous faire croire que le progrès proposé par les projets de l'UE est bénéfique aux européens. Ceci est visible notamment dans la sémantique des discours politico-médiatiques qui dénoncent le Brexit comme une opération "anti-européenne", sous-entendu que l'Union Européenne" serait pro européenne, ce qui est très loin d'être le cas !

Or les eurosceptiques, si nous analysons leurs discours, ne se sont jamais opposés à une idée identitaire européenne, bien au contraire, mais simplement à ce montage technocratique au service des intérêts étasuniens qui se cache sous le masque d'une Union Européenne qu'il faudrait plutôt appeler UERSS.

Il leur faut donc pour ne pas être taxé de réactionnaires passéistes défendre de concert les intérêts nationaux avec le projet d'une autre Europe que celle issu du Marché commun.

Vladimir Boukovski, analyse  au regard de l'histoire soviétique l'UE

L'Union Européenne a tout simplement pris en otage les gouvernements des Etats-nations européens, en les asservissant par la dette économique et des engagements progressifs dans les réseaux militaro-industriels contrôlés par Washington.

L'adhésion des autres peuples européens à l'exemple donné par les britanniques ce 23 juin 2016 montrera autant le rejet de cette Kommandantur étasunienne installée en Europe que l'existence d'une autre Europe, bien réelle et naturelle et que confirme la relance des indépendantisme en Grande Bretagne : celle des peuples !

Erwan Castel


Le 27 juin 2016, Nigel Farage, toujours député européen, puisque la sortie du Roaume Unie de l'UE n'a pas encore été acté juridiquement, est venu faire une mise au point "vent debout" au sein du parlement européen particulièrement hostile au Brexit..




Source, le lien ici : Boulevard Voltaire

Alain de Benoist : 
Brexit : vers un effet domino en Europe ?


Alain de Benoist - 29 juin 2016
Intellectuel, philosophe et politologue
Revue Eléments

Le Brexit a retenti comme un coup de tonnerre, qui semble avoir surpris jusqu’à ses partisans. Comment en est-on arrivé là ? Et quel est le sens profond de cet événement ?

Les Anglais se sont tirés les premiers : c’est en effet un événement historique. Mais d’abord une remarque : ils n’auraient, pour commencer, jamais dû y entrer. Comme le général de Gaulle l’avait bien compris en son temps, l’Angleterre s’est toujours sentie plus proche des États-Unis (le « grand large ») que de l’Europe, où elle n’a cessé de jouer le rôle d’un cheval de Troie atlantiste et dont elle n’a jamais pleinement accepté les règles. En ce sens, le divorce met fin à un mariage qui n’avait jamais été vraiment consommé.

Les principales motivations de ce vote sont, comme on l’a déjà beaucoup dit, la question de l’immigration et surtout un sentiment d’abandon social, politique et culturel qui alimente un formidable ressentiment envers la classe politique traditionnelle et les élites mondialisées. Le vote britannique n’a, d’ailleurs, pas opposé les conservateurs et les travaillistes, mais des partisans et des adversaires du Brexit des deux camps, ce qui signifie qu’il a transcendé le clivage droite-gauche.

Notons, enfin, que les milieux libéraux étaient eux-mêmes partagés. S’ils étaient en majorité favorables au maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, certains d’entre eux militaient quand même pour le Brexit au seul motif que l’Union européenne n’est pas encore assez acquise à l’idéal d’une dérégulation généralisée (Nigel Farage, ne l’oublions pas, est un ultra-libéral en économie). C’est là une grande différence entre la France et l’Angleterre. Si, chez nous, la majorité des libéraux reste convaincue que le but essentiel des traités européens est d’imposer les principes libéraux, à commencer par la libre circulation des biens et des services, des personnes et des capitaux, beaucoup pensent en Angleterre que le marché ne nécessite ni institutions ni traités. D’où un souverainisme dont le moteur n’est pas tant le souci d’identité nationale, l’insécurité culturelle ou la souveraineté populaire que l’insularité, liée à l’idée que les valeurs commerciales de la mer doivent primer sur les valeurs politiques, telluriques et continentales de la terre – les mêmes rêvant d’une alliance fructueuse avec le Commonwealth et les États-Unis.

Mais on ne peut comprendre le sens de ce vote qu’en le replaçant dans une perspective plus large, à savoir la révolte mondiale contre les élites autoproclamées, dont la montée des populismes ne constitue que la traduction politique la plus visible et dont le « non » au référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne représente le point de départ symbolique. Le Brexit est indissociable de la montée du Front national comme de celle du FPÖ en Autriche, de SYRIZA en Grèce ou Podemos en Espagne, de l’élection d’une représentante du Mouvement cinq étoiles à la mairie de Rome, des phénomènes Trump et Sanders aux États-Unis, etc. Partout, les peuples se révoltent contre une oligarchie transnationale qu’ils ne supportent plus. C’est en cela que le Brexit est essentiel : il confirme un mouvement de fond. Après des décennies d’« élargissement », nous entrons dans l’ère des sécessions.


Que va-t-il se passer maintenant ?

Contrairement à ce que l’on dit, les principales conséquences ne seront pas économiques ou financières, mais politiques. En Grande-Bretagne, où le vote a déjà ouvert une crise politique, le Brexit va provoquer une relance de l’indépendantisme écossais et ranimer le débat sur le statut de l’Ulster, voire sur celui de Gibraltar. La City de Londres va plus que jamais se recentrer sur son rôle de paradis fiscal. En Europe, où l’Union européenne reposait sur l’équilibre des trois Grands (France, Allemagne, Royaume-Uni), l’Allemagne devient la seule grande puissance dominante – elle pèse désormais presque un tiers du PIB et 40 % de l’industrie du nouvel ensemble –, mais elle perd les bénéfices qu’elle tirait de son alliance de fait avec l’Angleterre, souvent au détriment des intérêts français.

Mais c’est surtout l’effet domino, c’est-à-dire de contagion, qui va se faire sentir. Le choix des Anglais montre qu’il peut y avoir une vie après l’Union européenne – et qu’on peut concevoir l’Europe autrement. Les Slovaques, qui vont prendre ces jours-ci la présidence de l’Union européenne, sont eux-mêmes des eurosceptiques. Les opinions défavorables à l’Union européenne l’emportent déjà sur les opinions favorables en France, en Espagne et en Grèce. Dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, le Portugal, la Hongrie, voire la Pologne, d’autres référendums ne sont pas à exclure.


Est-ce le début de la déconstruction européenne ou l’amorce d’un nouveau départ ?

En théorie, le départ des Anglais pourrait permettre de relancer la construction européenne sur de meilleures bases. Mais en pratique, cela ne se produira pas. Pour « refonder l’Europe », comme certains n’hésitent pas à le dire, il faudrait déjà prendre la pleine mesure de ce qui s’est passé, c’est-à-dire comprendre ce que les citoyens ne veulent plus. Mais c’est l’inverse qui se passe, puisqu’on s’entête jour après jour à expliquer que ceux qui renâclent sont des ignorants, des ringards, des xénophobes, des vieux, etc., et que pour leur faire accepter la potion il va suffire de doubler la ration. Sidérés comme des lapins pris dans la lumière des phares, les dirigeants de l’Union européenne lèchent leurs plaies mais refusent de se remettre en question : la seule leçon qu’ils tireront de ce scrutin est qu’il faut décidément tout faire pour empêcher les peuples de s’exprimer. Qui disait que la folie consiste à refaire toujours la même chose en espérant à chaque fois obtenir des résultats différents ? Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on va continuer à jeter de l’essence sur un feu qui finira par tout embraser.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

vendredi 3 juin 2016

Quand 2 penseurs libres se rencontrent

Autour du (vrai) socialisme

Un débat d'idées libérées de toute forme de soumission à une doxa dogmatique prédéfinie est certainement ce qui manque le plus à notre société et dont la disparition des tribunes officielles politiques ou médiatiques révèle même l'agonie de notre civilisation née de l'Agora des anciens...

Il reste cependant en France quelques penseurs libres qui attachent plus d'importance à la valeur d'une idée qu'à l'étiquette que la bien-pensance à collé sur celui ou celle qui la porte ou la défend...

Alain de Benoist et Michel Onfray philosophes aux sensibilités différentes font partie de ces penseurs authentiques qui subordonnent leurs réflexions â des études approfondies drs sujets abordés et surtout une honnêteté intellectuelle au service d'un respect de la liberté de penser...

Il y en a d'autres (dieux merci) tous facilement repérables par défaut grâce à la censure qu'ils subissent de la part du mainstream médiatique d'une pensée unique qui a peur de tout vrai débat constructif et argumenté...

Heureusement que les médias alternatifs sont là pour nous laisser percer la lumière de la connaissance dans l'obscurantisme intellectuel imposé par une dictature de la pensée politique, scolaire et culturelle...


Erwan Castel


mercredi 1 juin 2016

Ultime censure, la "reductio ad hitlerum"

Albert Einstein disait : "deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue."

Yann Moix fait partie de ces nouveaux chiens de garde bavant la haine qui défendent un système à qui ils doivent un poste bien au dessus de leurs compétences intellectuelles...

C'est l'esclavage de la gamelle et le règne de l'idiotie médiatique....

Ainsi apprend t-on de la bouche (à moins que ce ne soit l'anus) de cet énergumène qu'être dissident c'est être antisémite !

Ultime argument utilisé par les idiots et les coupables désireux de clôturer une conversation en condamnant leur interlocuteur à la géhenne d'une bien pensance sacrée et dogmatique...

Réfléchissez bien avant de critiquer Monsanto, le TAFTA, ou la loi sur le travail, car un nouveau Nuremberg attend les nazis que vous êtes !

Nous sommes bel et bien dans une dictature de la pensée unique, et le petit écran est devenu désormais un tribunal inquisitorial où s'agitent de nouveaux Torquemadas propagandistes...

Erwan Castel



Sur le m^me sujet, une réflexion d'Alain de Benoist

Source le lien ici : Boulevard Voltaire

Réduction ad hitlerum et point Godwin :
 armes de disqualification massive 

Alain de Benoist
12 décembre 2014


Dans les années 1970, Jacques Chirac était dessiné par Cabu en chemise noire dans Le Canard enchaîné, puis Jean-Marie Le Pen en chemise brune en une du Monde sous la plume de Plantu. Est-ce bien sérieux ?

Ce n’est pas sérieux, mais c’est révélateur. Il est aujourd’hui admis que le nazisme a été le mal absolu (une expression qui laisse d’ailleurs songeur, car on ne voit pas comment il pourrait y avoir quelque chose d’absolu dans les affaires humaines). Pour délégitimer, décrédibiliser, disqualifier, rendre infréquentable un adversaire, il est donc éminemment rentable de laisser entendre ou de prétendre qu’il a quelque chose à voir avec ce détestable régime totalitaire, disparu depuis près de soixante-dix ans, mais qui n’en incarne pas moins toujours le Diable. Rappelez-vous le slogan de mai 68 : « CRS = SS ». Depuis lors, tout ce que l’idéologie dominante voue aux gémonies a été assimilé à « Hitler », lequel a ainsi entamé une belle carrière posthume. On a jeté l’opprobre sur d’immenses écrivains en se focalisant sur un moment passé de leur existence. On a représenté Nasser, Saddam, Kadhafi, Bachar el-Assad et même Poutine comme de « nouveaux Hitler ». On a abusé du raisonnement pars pro toto : « Vous aimez les chiens ? Tiens, tiens, Hitler aussi les aimait beaucoup… » Au fil du temps, ce que Leo Strauss appelait la reductio ad hitlerum est ainsi devenue un procédé économique, car permettant d’éviter tout débat (dans la doxa actuelle, comme vous le savez, il n’y plus d’idées justes ou d’idées fausses, mais seulement des idées « bonnes » ou « mauvaises »), auquel recourent avec une belle régularité tous les esprits paresseux. La conversation est ainsi reconduite à un objet répulsif destiné à susciter l’horreur ou l’effroi, ce qui permet de mettre partout le signe « égal » et de créer des synonymes inexistants. D’où le fameux « point Godwin », ce point que l’on est censé marquer quand on est parvenu à nazifier l’adversaire, sans craindre, tant le procédé est usé, de se rendre soi-même ridicule.

C’est l’avocat new-yorkais Mike Godwin qui en avait énoncé le principe, en 1990, en observant que plus une discussion dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant Hitler ou le nazisme devient certaine. Aujourd’hui, le délai s’est singulièrement raccourci : compte tenu de l’usure des mots, on monte tout de suite aux extrêmes. Éric Zemmour, Alain Finkielkraut ou Élisabeth Lévy ne sont eux-mêmes pas épargnés : il suffit de recourir à l’inusable antienne de la « haine de soi » pour les représenter en « Juifs antisémites ». Le même procédé s’étend aussi bien sûr aux courants idéologiques, comme en témoignent les grotesques appellations de « rouges-bruns », d’« islamofascisme » ou de « nazislamisme ». Voici deux ans, lorsque l’écrivain Richard Millet avait dû faire face à la meute des critiques, un journaliste hurluberlu n’avait même pas hésité à dire qu’il était « pire que Hitler » ! C’est quoi, « pire que Hitler » ? Plus noir que noir ?


Ce procès permanent en éternel « retour du nazisme », cette arlésienne de cafés du commerce ont-ils pour seule fonction de délégitimer ceux dont on se refuse à entendre les arguments ?

Ce peut être aussi, à l’inverse, une légitimation historique rétrospective. Durant la Seconde Guerre mondiale, les démocraties occidentales se sont alliées à un totalitarisme – le communisme soviétique stalinien – pour en abattre un autre – le totalitarisme hitlérien. Il est vital que l’opinion reste convaincue que c’était le bon choix. C’est pourquoi l’inflation de la mémoire du nazisme contraste en permanence avec la suramnésie du communisme. Si critiquable qu’il ait pu être, le communisme doit toujours apparaître comme « moins pire » que le nazisme. Mais la légitimation s’applique aussi aux temps présents, quand il s’agit de faire accepter leur sort à ceux qui pâtissent le plus de l’existence : il faut qu’il y ait un mal absolu pour que l’abjection de la société présente leur devienne acceptable. On ne vit pas dans le meilleur des mondes, mais au moins on échappe au pire !

Le problème est évidemment que, si le nazisme est partout, il n’est plus nulle part. Faire un incessant parallèle entre Hitler et Le Pen ne revient-il pas à banaliser le nazisme, alors que les mêmes accusent l’ancien président du Front national de faire de même ?

Il est en effet difficile d’assurer que le nazisme fut un mal absolu, dont le système concentrationnaire a représenté un degré d’inhumanité « unique », et en même temps de prétendre qu’il resurgit partout. Le procédé est en outre des plus pervers, car si le « nazisme », c’est aujourd’hui Marine Le Pen ou Zemmour, beaucoup de gens vont finir par se dire que le nazisme n’était finalement pas si mal que ça ! À cela s’ajoute encore le grotesque de la posture antifasciste à une époque où la résistance à ce fantôme vaut certificat de bien-pensance médiatique, sans faire courir aucun des risques réels que couraient les antifascistes réels au temps du fascisme réel. La banalisation, enfin, est aussi celle des mots. À force d’invoquer le loup, le loup ne fait plus peur à personne. La dévaluation du langage est comme celle de la monnaie : sa valeur d’usage finit par tomber à zéro. Les épithètes autrefois disqualifiantes font maintenant hausser les épaules. « Le nazisme revient » : tout le monde s’en fout. Passons à autre chose !

Alain de Benoist

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

Patriotisme n'est pas xénophobie

Patriotisme : 
aimer les siens ne signifie pas qu’il faille détester les autres


Source le lien ici : Boulevard Voltaire


Entretien avec Alain de Benoist

Pour certains patriotes, la ligne de fracture politique se résumerait entre les « nôtres » et les « autres »… Ce concept ne serait-il pas un peu court ?

Il est surtout équivoque. Veut-on dire que, par principe, il est toujours légitime de préférer les « nôtres », ou que par rapport aux « autres » les « nôtres » ont toujours raison ? Le vieux principe « my country, right or wrong » est souvent mal interprété. Il ne signifie nullement qu’il faut donner raison à son pays même quand il a tort, mais que lorsqu’il a tort il n’en demeure pas moins notre pays, ce qui n’est pas la même chose. En outre, pour admettre que notre pays puisse parfois avoir tort, il faut disposer d’un critère de jugement excédant notre seule appartenance. Faute d’un tel critère, la vérité se ramène à l’appartenance, c’est-à-dire à la pure subjectivité. C’est la conception développée par Trotski dans Leur morale et la nôtre (1938). Ce n’est pas la mienne.

Sur la préférence, je n’ai en revanche pas d’objection. La commune appartenance nourrit, non seulement chez l’homme, mais aussi chez les autres animaux, un sentiment naturel qui porte à préférer ceux qui nous sont plus proches, qui nous ressemblent et en qui nous pouvons nous reconnaître. Il ne s’ensuit pas que nous devions détester les autres. En règle générale, un homme préfère ses enfants aux enfants des autres. Si son fils est en train de se noyer en même temps que l’un de ses camarades, c’est son fils qu’il cherchera à sauver en premier. Il y a, bien sûr, toujours des exceptions, parfois justifiées, mais elles confirment la règle.


Le patriotisme n’en est pas moins devenu aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, une idée ringarde, digne de cette « France moisie » jadis stigmatisée par Philippe Sollers. Comment en est-on arrivé là ?

Excellente question. Lactance, qu’on a surnommé le « Cicéron chrétien », disait au début du IVe siècle que « l’attachement à la patrie est, par essence, un sentiment hostile et malfaisant ». Apparemment, il a fait école. Mais comment en est-on arrivé à diaboliser le sentiment naturel de préférence pour les siens ? Esquisse d’une réponse.

Dans la foulée de l’idéologie du progrès, on a d’abord disqualifié le passé au seul motif que la modernité attribue plus de valeur au présent qu’au passé. Porteur de valeurs et d’exemples révolus, le passé n’a dès lors plus rien à nous dire. Il n’est au pis qu’une erreur, au mieux qu’une annonce imparfaite des catégories modernes. Les grandes idéologies universalistes nous ont ensuite convaincus, d’abord que tous les hommes sont partout les mêmes, ensuite que parmi ces mêmes il y en a quand même qui sont pires que les autres, à savoir les Européens. Cette conviction a ouvert en grand les portes de la repentance : il faut se repentir, voire finalement s’excuser d’exister. Amour de l’autre et haine de soi. Dette infinie à l’égard du reste du monde, rédemption par l’immigration. Comme l’écrit François Bousquet, « le majoritaire est trois fois coupable : en tant que mâle (c’est le procès en misogynie), en tant qu’hétérosexuel (c’est le procès en homophobie), en tant que Blanc (c’est le procès en racisme) ».

On s’est aussi attaché à discréditer tout ce qui est de l’ordre de la nature, de l’ancrage ou de l’enracinement. Dans son dernier livre, Yann Moix déclare fièrement que « la naissance ne saurait être biologique », car « naître […] c’est s’affranchir de ses gènes [sic] », ce dont ne sont capables que « ceux qui préfèrent les orphelins aux fils de famille, les adoptés aux programmés, les fugueurs aux successeurs, les déviances aux descendances ». « La question se pose de savoir pourquoi une femme devrait préférer ses propres enfants à ceux du voisin du simple fait qu’ils sont biologiquement les siens [sic], alors que tous ont la même valeur morale en tant que personnes humaines », écrit de son côté le philosophe « branché » Ruwen Ogien.

Enfin, on a désacralisé. Même si elle a finalement été annulée, l’invitation faite au rappeur Black M de venir chanter à Verdun entre dans ce cadre (Prokofiev à Palmyre, Black M à Verdun : deux mondes). Plus remarquables encore sont les paroles prononcées par Najat Vallaud-Belkacem pour justifier qu’on puisse encore chanter « La Marseillaise » : « La Marseillaise est un hymne national tourné vers l’universel [sic]. Sa place au sein de notre école est donc multiple, diverse et variée [sic]. Elle s’appuie sur la voix, l’instrument le plus démocratique qui soit [sic]. » Ce tissu d’imbécillités traduit une véritable contorsion mentale. C’est dans le même esprit qu’on s’applique à représenter les opéras de Wagner avec des mises en scène grotesques, afin de discréditer le contenu idéologique du livret.


L’antiracisme a aussi joué un rôle…

Le « racisme » dont on parle aujourd’hui n’a, depuis longtemps, plus rien à voir avec les races. Le terme est devenu un opérateur commode permettant de stigmatiser toute critique dont feraient les frais des minorités dont les revendications s’expriment dans le langage des droits afin de placer la majorité en état de sidération et de la rendre étrangère à elle-même. De la plaisanterie au « harcèlement », tout ce qui est susceptible d’être perçu comme désagréable, déplaisant, humiliant, offensant, par tel ou tel individu à raison de son appartenance à tel ou tel groupe, est considéré comme du « racisme ». On ne cache d’ailleurs pas qu’une définition objective du racisme serait encore de la discrimination : « Une attitude perçue comme raciste par une personne “racisée” doit être considérée comme telle sans discuter. Seules sont légitimes à définir le racisme d’une situation les personnes “racisées” concernées », pouvait-on lire dans un texte récent. Parallèlement, au cinéma, les films de science-fiction ont pris le relais des westerns, parce qu’il n’y a plus qu’avec les extra-terrestres qu’on peut, sans « discriminer », imaginer une lutte sans merci. Le « racisme » en est ainsi venu à regrouper toutes les « phobies » face auxquelles des sensibilités exacerbées exigent des réponses institutionnelles et judiciaires. La loi est plus que jamais appelée à consacrer le sentiment ou le désir. On retrouve là les ravages de la subjectivité.

Ainsi la figure du nomade, de l’individu hors-sol, désincarné, qui n’est « déterminé » par rien et se crée librement lui-même, s’est-elle peu à peu imposée, tandis que la « société ouverte » s’imposait comme l’horizon indépassable de notre temps.

Alain de Benoist

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

vendredi 29 avril 2016

TAFTA, point de situation...


Notre honte nationale François Hollande, ne voulant pas voir sa côte de popularité s'engager dans des galeries normalement réservées aux taupes n'a pas voulu aborder le dossier brûlant du TAFTA lors de la convocation des contremaîtres européens par le Maître Obama à Hanovre.

Mais cette réticence n'est en fait qu'une cupide retenue électoraliste qui ne fait que rajouter la lâcheté de ses opinions à l'asservissement de ce laquais à la pensée de Washington.

Car de fait, c'est bien Obama qui emmène avec zèle l'Union Européenne vers le suicide de sa souveraineté économique..

Pauvre France, pauvre Europe !
Erwan Castel

Alain de Benoist analyse le Traité Transatlantique

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Source, le lien ici : Boulevard Voltaire

TAFTA , où en sommes nous ?

Gabriel Robin


Le traité de libre-échange transatlantique, communément désigné par l’acronyme TAFTA (TransAtlantic Free Trade Agreement), est régulièrement évoqué dans les médias sans que l’on sache avec exactitude ce qu’il comporte. Dès le début des négociations, le Front national avait attiré l’attention sur la dangerosité inhérente à ce traité, que les États-Unis souhaitent ratifier au plus vite. Au-delà des mesures envisagées – qui, si elles sont ratifiées, bouleverseront radicalement notre droit commercial en matière internationale -, l’opacité des négociations trouble.

Pas moins de soixante élus se sont plaints du manque de transparence dans une tribune publiée par Le Monde : « Chacun sait que l’Union européenne négocie avec les États-Unis un partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), mais personne ne sait ce qu’il contient. » Une réflexion parfaitement légitime, alors que nous ne connaissons toujours pas le contenu du traité, en raison de clauses de confidentialité particulièrement contraignantes. La Commission européenne, associée à la Maison-Blanche, maintiendraient-elles le flou pour masquer ce qui s’apparente à un nouveau marché de dupes pour les peuples européens ? C’est fort possible.

Si le détail des négociations est entouré d’un halo de mystère, les grands traits de l’accord sont d’ores et déjà connus : réduire les barrières tarifaires en vigueur entre les États-Unis et l’Union européenne, lever les obstacles non tarifaires aux échanges commerciaux (notamment en organisant la convergence des normes), définir de nouvelles règles en matière de commerce et d’investissement en créant, par exemple, un tribunal arbitral chargé de juger les différends entre les deux marchés. Pour qui sait lire entre les lignes, le TAFTA prépare la vassalisation de l’Europe, sa soumission au marché américain.

Pire: le TAFTA renforce l’idée de marché commun en Europe, car les nations du continent sont exclues de facto des négociations. La Suisse, État souverain, dispose actuellement, outre la convention AELE (Association européenne de libre-échange) et l’accord de libre-échange avec l’Union, d’un réseau de 28 accords de libre-échange avec 38 partenaires hors de l’Union. Tous ces accords ont été négociés à la carte, selon les intérêts spécifiques du pays. Résultat ? La balance commerciale helvète est excédentaire tous les ans. L’accord TAFTA ne sera pas négocié par la France, mais l’est par l’Union européenne, composée de nations diverses dont les intérêts commerciaux diffèrent très largement. Nous serons lésés. L’empressement de Barack Obama à ratifier le traité, avant la fin de son mandat, prouve bien que les États-Unis, et ses sociétés transnationales, ont besoin du traité, beaucoup plus que nous n’en avons besoin.

Inutile de revenir une fois de plus sur les trois point sensibles, lesquels, comme chacun le sait, ne peuvent que nous nuire : la convergence des normes défavorisera les agriculteurs et les consommateurs en bradant nos standards, la réductions des barrières tarifaires se fera à l’avantage des États-Unis, plus compétitifs pour l’instant, la levée des obstacles non tarifaires ne profitera qu’à nos lointains cousins d’outre-Atlantique. Disons le tout net : il faut se mobiliser contre TAFTA, qui signerait la fin de notre indépendance, déjà considérablement réduite depuis le traité de Maastricht. L’Union européenne est une prison pour les peuples, l’officialisation de l’Union euro-américaine ne pourrait que nous entraîner vers l’avènement d’un monde indifférencié et indifférent.

Le gouvernement feint aujourd’hui de pouvoir abandonner les négociations qu’il conduit pourtant dès le départ. Ce n’est là que pure stratégie électorale. François Hollande, et Manuel Valls, ont bien compris que les Français rejettent ce traité. Ils vont, en conséquence, faire mine de l’abandonner, ou de le renégocier. Ne vous trompez pas, TAFTA représente leur politique : faussement progressiste, réellement antinational

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samedi 23 avril 2016

Big Brother is watching You !

Quand la réalité de passe la fiction


Récemment, le Ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, à l'occasion de sa présentation du projet de loi "renseignement" à l'Assemblée Nationale a déclaré que le droit à la vie privée n'était pas une liberté !

Digne successeur de la bande à Sarkozy, le cirque Hollande donne ici encore raison à feu Coluche quand il disait crûment que "gauche et droite ne sont que les deux fesses d'un même culture dont il ne sortira que de la merde". En effet cette petite phrase est loin d'être anodine, elle témoigne du sacrifice de nos libertés individuelles et du mépris de la gouvernance française pour les Droits de l'Homme et le Droit international qui garantissent au contraire là vie privée comme une liberté fondamentale de l'Homme (article 12 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme…). 

Aujourd'hui, dans la patrie de Voltaire, nous nageons aujourd'hui en plein délire ou plus exactement en pleine fiction, car cette politique de surveillance frénétique des citoyens avait déjà été décrite en 1948 par Georges Orwell. "Big Brother" chef de parti et dictateur de l'État "Oceania". Elle est même améliorée, le "Big Brother" français n'étant qu'un "little brother" de la thalassocratie étasunienne...

Désormais presque tout ce que fait l'homme moderne est surveillé par le système, des appels téléphoniques aux règlements par carte bancaire, sans compter le maillage des caméras de surveillance qui est de plus en plus serré....

Mais le pire c'est que la majorité des citoyens se comporte commr un troupeau de moutons qui accepte d'être mené à l'abattoir dont on lui promet que les hauts murs le protégeront du méchant loup rôdant peut-être dans les bois...



Alain de Benoist rappelle souvent  la justesse d'analyse d'Alexis de Tocqueville, un autre auteur visionnaire et qu'il est bon de relire pour mieux comprendre la vraie nature esclavagiste dans laquelle nos démocratie ont sombré corps et âme, emportées par l'addiction aux jouissances matérielles...

« Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir […] Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comme la liberté sert à se le procurer […] Je conviendrai sans peine que la paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est à travers le bon ordre que tous les peuples sont arrivés à la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assurément que les peuples doivent mépriser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande à son gouvernement que le maintien de l’ordre est déjà esclave au fond du cœur » 

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, livre II (cité par AdB dans une analyse de l'élection présidentielle de 2007)

La Liberté en conscience et en usage est sans conteste la puissance la plus sacrée qui a donné à l'Homme lz choix de devenir ce qu'il est, mais sans pouvoir pourvautant se libérer de cette peur de la mort, et contre laquelle il est prêt à tout sacrifier y compris cette liberté fondatrice.

Invoquer aujourd'hui la sécurité pour justifier la réduction de nos libertés individuelles c'est redonner vie à  la "Peau de chagrin" conté par Balèze dans son roman au titre tellement évocateur et d'actualité : 
"La Comédie humaine !"


Erwan Castel, à Donetsk le 22 avril 2016


Article de référence : Boulevard Voltaire

Transparence : 
Vers la société de surveillance


Entretien avec Alain de Benoist 

En politique, la « transparence » semble aujourd’hui devenue une vertu en soi, et les « lanceurs d’alerte » sont en passe de devenir des héros. On vient de le voir à nouveau avec l’affaire des « Panama Papers ». Faut-il s’en féliciter ?

Lors de son tout premier Conseil des ministres, le 17 mai 2012, François Hollande avait fait adopter une « charte de déontologie » qui stipulait que « le gouvernement a un devoir de transparence ». Un an plus tard, en février 2013, un projet de « moralisation de la vie publique » faisait obligation aux ministres de publier leur patrimoine, c’est-à-dire de donner le détail de leurs biens, d’indiquer s’ils avaient fait des emprunts, s’ils avaient hérité, possédaient des actions, seuls ou avec leur femme, etc. Ce projet était en fait parfaitement inutile, d’abord parce qu’il n’empêchait pas le mensonge, ensuite parce qu’il exposait les intéressés à une curiosité malsaine, plus intéressée à connaître le montant des patrimoines qu’à en connaître l’origine.

Outre que l’intégrité n’a jamais été un gage de compétence politique, la politique ne saurait évidemment se réduire à ce genre de démarches qui reviennent à croire que la morale publique peut être calquée sur le modèle de la morale privée. C’est, en outre, parfaitement contre-productif, car à nourrir la suspicion sur les hommes politiques, on ne fait que renforcer le sentiment populiste qu’ils sont « tous pourris ».

Beaucoup de choses mériteraient, bien entendu, d’être rendues plus transparentes, à commencer par le financement des partis, le fonctionnement des institutions ou les opérations de la finance internationale. Mais la transparence ne peut viser que certains domaines. Quel gouvernement accepterait, au nom de l’idéal de transparence, de rendre public ce qui relève du secret défense, du secret diplomatique ou de la recherche sur l’innovation ? Le résultat est que l’hypocrisie est la règle. Un seul exemple : à la suite des révélations des « Panama Papers », l’avocat chilien Gonzalo Delaveau, convaincu d’avoir placé de l’argent sur un compte offshore non déclaré, a été obligé de remettre sa démission. Or, ce Delaveau était le président de « Chile Transparente », branche chilienne de l’organisation Transparency International !

Mais d’où vient cette idée de « transparence » ?

L’obsession de la transparence se situe dans le droit fil d’une philosophie des Lumières qui prétendait éclairer les coins sombres pour faire disparaître les « superstitions d’un autre âge ». Elle a aussi quelque chose de protestant, dans la mesure où elle cherche à faire disparaître les intermédiaires à la façon dont la Réforme a voulu abolir tous les cadres institutionnels susceptibles de faire écran entre le fidèle et son Dieu. Enfin, l’un des grands principes de la « société ouverte » telle que la rêvent les théoriciens libéraux est que toutes les informations doivent, à l’instar des marchandises et des capitaux, circuler sans entraves pour être accessibles à tous. La transparence devient ainsi une sorte de loi supranationale qui peut justifier n’importe quoi – ce qui ne l’empêche pas de relever de l’empire du bien. Comme le disait Jean Baudrillard : « Aujourd’hui, décidément, il faut se battre contre tout ce qui vous veut du bien ! »

La « transparence » n’a-t-elle pas aussi une dimension fondamentalement répressive ?

Le désir de tout rendre visible est en effet indissociable du désir de tout contrôler. C’est pourquoi l’exigence de transparence comme idéal social doit s’analyser dans le cadre plus vaste d’une « société de verre », où la transparence est essentiellement assurée par des mesures de contrôle et de surveillance. Les citoyens, malheureusement, y contribuent eux-mêmes avec Internet, le téléphone portable et les réseaux « sociaux », dans un déchaînement narcissique allant vers toujours plus de mise à nu. Le goût de la confession intime, la télé-réalité, l’architecture de verre, la vogue des habits légers, l’instauration de l’« open space » dans les entreprises vont dans le même sens. Voyeurisme et exhibitionnisme s’entretiennent mutuellement pendant que les pouvoirs publics enregistrent les données. Au sens propre, il y a là quelque chose d’obscène. La pornographie, c’est quand on ne cache rien. L’étalage de soi, tout comme l’injonction à ne jamais rien « dissimuler », est une forme de pornographie. L’identité se construisant elle-même autour de l’intime, la surexposition de soi entraîne sa destruction. Le point d’aboutissement, c’est le panoptique de Bentham.

Jean Lacouture, dans son Éloge du secret (2005), n’avait pas tort de rappeler que la vie en société a besoin d’une certaine dose d’opacité. De même que le secret est l’un des attributs de la liberté, l’opacité est la condition même de la vie privée. Or, on efface toujours un peu plus la frontière entre la vie publique et la vie privée en généralisant les mesures intrusives visant la vie personnelle, l’intime, voire le for intérieur (en Suède, n’importe qui peut exiger par demande écrite de pouvoir consulter la déclaration d’impôts de son voisin). La tyrannie de la transparence rejoint alors la police de la pensée.

Enfin, cette même exigence de transparence est aussi à la racine de l’obsession juridique qui consiste à vouloir réglementer jusque dans les plus infimes détails des rapports sociaux qui relevaient autrefois du jardin secret (ou du secret de famille), et à placer dans la dépendance des seuls mécanismes impersonnels ce qui s’opérait de façon naturellement spontanée dans la bienheureuse opacité organique des sociétés traditionnelles.

Cela dit, soyons réalistes : l’instauration de la « transparence » totale est impossible dans une société qui repose sur la cannibalisation du réel par les signes, c’est-à-dire l’abolition du réel au profit du simulacre !

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier