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mercredi 15 juin 2016

Une Europe à nouveau divisée...

Après la "Guerre froide"... la "Paix chaude" !


Lorsque l'URSS s'effondre à la fin des années 80, le monde pense se débarrasser de cette épée de Damoclès qui pendant 30 ans a menacé la stabilité de l'Europe et perturbé les relations internationales... Le secrétaire d’état américain James Baker avait même promis au Président Gorbatchev que "l'OTAN ne s'étendrait pas vers l'Est" en cas de réunification allemande. Non seulement les bases militaires sous commandement étasunien sont présentes sur l'ensemble du territoire allemand mais sont même parvenues jusqu'aux pays baltes et aux frontière de la Fédération de Russie. (1999, Pologne, Tchéquoslovaquie, Hongrie. 2004, Estonie, Lituanie, Bulgarie, Roumanie, Slovaqie, 2016 Montenegro. Sans compter les pays "alliés non intégrés" comme la Moldavie, la Géorgie et l'Ukraine...)

Récemment, les révolutions colorées organisées dans les anciennes Républiques socialistes européennes de l'URSS, sont l'illustration d'une politique d'ingérence étasunienne, qui n'hésite pas a mener des stratégies de préemption violente qui lorsqu'elles rencontrent une résistance légitime de la part des peuples débouchent même sur des guerres ouvertes en Serbie, Géorgie et Ukraine.

Ce dernier pays, l'Ukraine est au coeur des nouvelles tensions Est-Ouest de l'Europe de ce début de XXIème siècle. Après que la première Révolution colorée fomentée par WAshington ait échoué en 2004, un deuxième coup de force plus radical a été organisé pendant l'hiver 2013-2014, mais a échoué a prendre la Crimée et le Donbass dont les populations se soulevant contre le nouveau pouvoir e Kiev ont fait sécession. Depuis plus de 2 ans cette région est devenue une poudrière entre la Crimée qui a vu sa demande de retour en Russie accordée par Moscou et le Donbass séparatiste qui est plongé dans une guerre qui a déjà fait plus de 10 000 morts des dizaines de milliers de blessés et plus d'1 million de réfugiés. (voir blog "Soutien à la rébellion du Donbass")

Willy Wimmer, est un homme politique allemand qui énonce cette politique belliciste et sécante menée en Europe par les USA via l'UE et l'OTAN. Voici ici un deuxième entretien de cet analyste des relations internationales européennes. (un premier entretien sur ce blog publié ici)

Il y a eu tout d’abord le bombardement de l’allié serbe en 1999 et l’adhésion à l’OTAN des Polonais, des Tchèques et des Hongrois la même année. Puis la création d’une force de réaction rapide à Prague en 2002 suivie en 2004 d’une vague d’extension de l’OTAN à 7 états supplémentaires: l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie, amenant ainsi l’Otan aux frontières russes.


Erwan Castel

Source le lien ici : Sans à priori

«L’OTAN dominée par les Américains 
construit un nouveau mur à travers l’Europe»

«Ce que l’Ouest a fait de la vision de la ‹maison commune européenne› est absolument insupportable. Les ‹démonstrations de force› et ‹autres jeux de muscles› copiés de l’ancienne guerre froide sont des stupidités politico-militaires. Si ce sont eux qui doivent décider de notre avenir, on peut se faire du souci. La ‹Charte de Paris› de novembre 1990 est notre unique chance de maintenir la paix et de ne pas finir dans l’étiolement d’un camp pour ‹Hedge-Fonds›.»

Willy Wimmer
«L’Allemagne n’envoie pas les signaux qu’elle serait pourtant à même d’émettre»

Interview de Willy Wimmer pour le site "Horizons et débats"

Juin 2016

Willy Wimmer est né en 1943. De 1976 à 2009, il a été député, directement élu de la CDU au Bundestag allemand. De 1988 à 1992, il a été secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Défense, de 1995 à 2000 vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE


Horizons et débats: Votre nouveau livre «Die Akte Moskau» [Le dossier Moscou] paraît en juin. Quel est le contenu de ce livre, et pourquoi l’avez-vous écrit?

Willy Wimmer: Le livre couvre toute une génération, sur la base d’une période de 25 ans. C’est un cycle suffisamment étendu pour qu’il permette de porter un jugement sur le développement politique. Cela est nécessaire, car on touche là à des questions qui pourraient être d’une importance décisive pour un pays particulier, ou même pour tout d’un continent.

Depuis quelques années, dans le contexte d’une propagande américaine soutenue et de la diabolisation progressive de la Fédération de Russie et de son président, on garde l’impression justifiée qu’à l’égard de la Russie, l’ébranlement de la machine à propagande devrait inévitablement mener à la guerre ou à la «capitulation sans condition» de ce pays.

Pour un regard objectif, les mécanismes à l’œuvre vont dans le sens de l’action menée contre l’Allemagne impériale par l’ancien chef du Stratfor, George Friedman, afin d’atteindre, par la Première Guerre mondiale, des objectifs stratégiques contre un pouvoir en pleine ascension financière et sociale en Europe centrale.


Le Traité de Versailles a été la réponse à l’attente allemande, les 14 points du président américain Wilson en étaient les critères de référence, et le monde souffre encore de nos jours des conséquences du processus qui a été enclenché à cette époque.


L’image de Moscou répandue dans le monde par la propagande occidentale ne correspond pas à la réalité

La question est, cependant: pourquoi la guerre, ou pourquoi encore la guerre, si à Moscou les politiciens raisonnables voient les choses sous l’aspect de l’échange pacifique et des relations de bon voisinage ?

Depuis quelques années, l’image de Moscou dans le monde, selon la propagande anglo-saxonne, ne correspond pas du tout à la réalité sur place. Tout le monde peut s’en rendre compte, en en faisant soi-même la démarche. Même sur le sujet de la crise ukrainienne, tout ce qu’on peut dire, c’est que c’est l’arrogance occidentale qui a déclenché l’avalanche et c’est l’Ukraine qui est tombée dans le piège de cette arrogance.

Dans mon livre, j’insiste sur des aspects qui sont importants pour l’évaluation de ces actes mêmes. Il y a cependant à la base de tout cela un historique, lequel m’a permis de bâtir mon propre jugement, puisé justement dans le contact direct avec les deux grandes puissances: les États-Unis et la Russie, qui était alors encore l’Union soviétique.

L’expérience que j’ai pu acquérir dans les responsabilités qui étaient les miennes – lors de l’intégration des forces armées dans l’Allemagne réunifiée, et les relations avec les forces armées soviétiques en Allemagne au cours de ces années – le démontre très clairement: avec la Russie, même dans les moments les plus difficiles, on peut trouver une issue favorable aux problèmes. Nous avons les juristes et avec eux, la parole d’honneur de personnalités haut-placées, et c’est très bien ainsi. Alors pourquoi devrions-nous nous «sauter de nouveau à la gorge», comme nous y incite Mme Nuland depuis les Etats-Unis pour des motifs qui lui sont propres.

Nuland avec le Ministre géorgien de la Défense - 6 décembre 2013
Pour mon livre, à une époque au cours de laquelle on se remet à rénover les abris antiatomiques, il y une raison très actuelle. Le très célèbre – en Allemagne et au-delà – «Musée de l’histoire de la République fédérale d’Allemagne» de Bonn, avec filiales à Berlin et Leipzig, présentera au public une grande exposition sur l’«Armée de l’unification» inaugurée le 5 juillet 2016. J’ai participé très étroitement aux travaux préparatoires de cette exposition en raison des fonctions politiques et administratives que j’ai occupées à cette époque au sein de l’équipe dirigeante du ministère de la Défense de Bonn, et en raison également du concept – élaboré à la fois par mon collègue de l’RDA Bertram Wieczorek et par moi-même, concernant l’intégration des forces armées en Allemagne – qui est devenu le critère de base de l’action de gouvernance mutuelle.

Blindés de l’OTAN dans les environs de Saint-Pétersbourg

La nouvelle guerre froide contre la Russie se fait sentir un peu plus de jour en jour. Parfois, cela tourne autour de la politique,parfois autour du sport,il arrive même qu’on détourne les buts d’une compétition musicale européenne.Depuis plus de 2 ans, depuis le coup d’État soutenu par l’Ouest à Kiev et la réaction russe qui s’en est suivie – par exemple avec le soutien du référendum dans la péninsule de la Crimée – rien de ce que fait la Russie n’échappe à la critique chez nous à l’Ouest. Quel peut bien en être l’objectif ?

Tout ce raffut de notre côté détermine notre vie depuis des années, depuis l’arrivée d’Hillary Clinton. C’est comme si l’on disait: ce qu’on fait en Occident est légitime, juste parce que c’est l’Occident qui le fait. Cela rappelle les temps les plus sombres, et nous autres Allemands, nous nous trouvons, représentés par notre gouvernement, à nouveau, très prochainement d’ailleurs, au Sommet de l’OTAN à Varsovie. Il y a une forte opposition à la Russie du côté américain au sein de l’OTAN.

Bien qu’il n’y ait encore aucune trace de guerre, on cherche quand même à éloigner au moins les Européens des Russes, avec l’aide de la Pologne et des pays Baltes. L’OTAN dominée par les Américains construit un nouveau mur à travers l’Europe. Le symbole pervers de notre politique, ce sont les blindés de l’OTAN dans les environs de Saint-Pétersbourg. Si les images parlent, l’Occident indique en toute brutalité ce qu’il réserve à son voisin russe.


Le peuple allemand ne participe pas à cette politique belliciste

On a l’impression que les voix qui en Allemagne critiquent la nouvelle guerre froide et souhaitent des relations normales avec la Russie sont plus feutrées. Est-ce votre impression aussi? Nous serions-nous déjà trop habitués à la «nouvelle situation» ?

Helmut Schmidt nous manque. Il nous manque tellement. On entend encore de temps en temps Helmut Kohl. Ces deux là ont eu la force de s’adresser au pays en des temps difficiles, et l’immense majorité des Allemands a fait confiance à ces deux hommes d’État, et là, on peut aussi lui faire confiance.

Les deux grandes églises chrétiennes ont été complètement éliminées de la question, sinon on ne laisserait pas si facilement passer les discours du Président fédéral, ni les agissements de la Chancelière fédérale concernant les questions de paix européenne. Mais le peuple allemand ne participe pas à cette politique belliciste, et le gouvernement le sait. C’est là la cause sous-jacente de la position allemande sur Minsk II. Le gouvernement agit sur le fil d’une lame de rasoir, et pas seulement concernant ce sujet.
  • Beaucoup de gens craignent que la guerre froide ne passe du froid au chaud.
  • Existe-t-il des indices en faveur de ces craintes?
  • Peut-on imaginer que l’Ouest s’arme en vue d’une guerre contre la Russie et sa puissance nucléaire?
  • Les manœuvres actuelles en Estonie («Springstorm»), en Pologne («Brilliant Jump») et celles à nouveau programmées en Pologne pour le mois de juin («Anaconda») ainsi que nombre d’autres exercices et préparatifs militaires prévus cette année en Europe centrale et Europe de l’Est pourraient-ils déboucher sur une telle guerre ?

Ce sont là des avertissements brutaux pour une nation orgueilleuse, qu’on peut recommencer différemment – et cette fois en combinant les partisans et les adversaires de la guerre mondiale.

Si les gens à Moscou entendent brailler des généraux allemands lors de ces manœuvres, ils n’ont qu’à fouiller dans leur bac à disques. Ce que l’Ouest a fait de la vision de la «maison commune européenne» est absolument insupportable.

Les «démonstrations de force» et «autres jeux de muscles» copiés de l’ancienne guerre froide sont des stupidités politico-militaires. Si ce sont eux qui doivent décider de notre avenir, on peut se faire du souci.

La «Charte de Paris» (cf lien 1)de novembre 1990 est notre unique chance de maintenir la paix et de ne pas finir dans l’étiolement d’un camp pour «Hedge-Fonds». 
Dans tous les domaines, l’Allemagne se défait peu à peu des fonctions centrales de l’État.

Photo de groupe au sommet de Paris, Palais de L’Elysée, le 19 Novembre 1990

En février de l’année dernière encore, l’analyste de stratégie George Friedman a traité l’Allemagne de «douteuse girouette» au sein du front contre la Russie. Et Minsk II, auquel la Chancelière allemande a pris part, n’allait certes pas non plus dans le sens des intérêts américains. Est-ce toujours valable à présent ? Ou bien les troupes que le gouvernement allemand veut envoyer en Lituanie sont-elles le signe d’une tendance militariste allemande correspondant entièrement aux désirs  des Américains ? Le général allemand Egon Ramms s’est dernièrement signalé par une formulation totalement martiale. Et il n’est pas le seul Allemand à tenir de tels discours.

L’axe central autour duquel tout s’ordonne est la fameuse question fédérale [«Bündnis-Frage»]. C’est ainsi que la réserve parlementaire est tombée de facto, et à présent on trouve la Bundeswehr avec un général allemand nommé chef de l’état-major américain des troupes américaines en Allemagne, relevant pratiquement de la responsabilité du président des États-Unis.

L’Allemagne se débarrasse peu à peu des fonctions centrales de l’État dans tous les domaines, et donc aussi en ce qui concerne les questions militaires. On en est à espérer que tout ne tourne pas trop mal, mais ce n’est qu’un espoir.


Vous êtes personnellement très apprécié non seulement en Allemagne dans le camp des partisans de la paix, mais aussi du côté russe. Un signal fort en est que le président Poutine, il y a quelques semaines, s’est personnellement chargé de la traduction de votre déclaration à Saint-Pétersbourg. Ce signal, justement, qu’en pensez-vous ?

L’événement de Saint-Pétersbourg, c’est-à-dire la traduction en russe de mes remarques, par le président russe lui-même, a retenu l’attention mondiale et n’était absolument pas prévu. Suite à la question posée par un journaliste russe au président Poutine, se référant à une allocution que j’avais prononcée la veille, il était important pour moi de n’admettre aucune interprétation erronée de mes réflexions du jour précédent. J’ai donc pris la parole, et à ma grande surprise ce n’était pas mon brillant interprète de conférence qui a traduit, mais le président lui-même s’en est chargé. Auparavant, il avait discuté plus de deux heures et demie avec les 500 journalistes présents.

J’ai pu participer pendant trois jours à cette conférence de presse et les journalistes très engagés m’ont donné une image absolument sans fard de la Russie. Les membres de gouvernement présents à la conférence ont été confrontés à des questions critiques, d’une manière que je n’avais encore jamais expérimentée. Pourquoi devrais-je alors me comporter de façon haineuse envers ces gens et ce pays? Parce que l’on en a décidé ainsi à Washington ou ailleurs? Les Allemands doivent se faire leur opinion sur la question, s’ils veulent apprendre de l’histoire.




«Le fonctionnement démocratique de la nation est et demeure la clé»

L’expérience de l’histoire démontre que lorsque les tambours de guerre menacent, ce sont aussi la liberté, la démocratie et l’État de droit à l’intérieur du pays qui pâtissent. Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment va l’Allemagne ?

Les troubles actuels montrent avant tout une chose positive, malgré tout ce qu’il y a de déplorable. J’ai pu m’en rendre compte à Saint-Pétersbourg et je le vois en Ecosse. Les gens font confiance aux habitudes démocratiques. A Saint-Pétersbourg, le président Poutine et les membres de son gouvernement ont pris tout à fait au sérieux les journalistes russes, locaux et régionaux, comme je voudrais bien pouvoir en faire l’expérience ici. Le Parti national écossais a gagné les élections, mais pas seulement: il a été vainqueur parce qu’il a pris les gens au sérieux. A Saint-Pétersbourg, et auparavant à Moscou en novembre, j’ai fait l’expérience d’une démocratie de base selon le modèle suisse. Le fonctionnement démocratique de la nation est et demeure la clé, ce sont les signaux forts qu’envoient Edimbourg et Saint-Pétersbourg vers un monde de plus en plus embrouillé et égaré. L’Allemagne n’envoie pas les signaux qu’elle serait pourtant à même d’émettre.


A ce propos, que pensez-vous du résultat des élections présidentielles en Autriche ?

A présent, tout le monde se plaint à l’unisson du glissement très marqué vers la droite en Autriche et dans l’Union européenne. Tout cela cache cependant une question centrale: 

  • Qu’est-ce qui a réellement poussé les chrétiens-démocrates et les sociaux-démocrates en Autriche, et pas seulement là, à s’éloigner à mille lieues des citoyens et des électeurs jusqu’à ce que ceux-ci leur fassent défaut en si grand nombre qu’on ne puise même plus les évaluer ?
  • Qu’est-ce qui autorise les partis politiques établis à compenser leur propre insuffisance par des calomnies politiques dirigées vers les nouveaux venus ?


Cela semble être le dernier moyen d’action encore à la disposition des partis perdants. Les citoyens qui se plaignent des manquements et dénoncent les abus, se font dans le meilleur des cas traiter de «racailles», et dans le pire des cas, de «nazis». Les défaillances mêmes des partis perdants sont alors légitimées par des «campagnes contre la droite» contre ceux qui ne revendiquent que de voir régner l’ordre et d’être pris au sérieux en tant que citoyens.

On devrait considérer le sort des libéraux allemands qui, en tant que représentants du turbo-capitalisme anglo-saxon, ont été sanctionnés par leurs électeurs qui les ont expulsés du Bundestag. Cela peut aussi concerner les anciens partis populaires, s’ils n’en tirent aucune conclusion en conséquence – et indépendamment du résultat des élections – de Vienne. Pourtant, le parti national écossais en a fait la démonstration. Il va vers les gens sans dissimulation, les prend au sérieux, les écoute, avant que les toujours plus douteuses organisations non-gouvernementales n’y sévissent, et il a du succès. Les gens veulent un état démocratique, celui qui a été démoli par les anciens partis et a été tenu en discrédit.

Hofburg, le siège de la présidence de la République autrichienne.

Le «modèle autrichien» peut également se reproduire dans d’autres pays européens

Et quelles conséquences pour l’avenir ?

Il faut à présent consacrer en Autriche un nouveau président fédéral, et l’équité serait au moins de lui accorder les fameux cent jours de l’état de grâce. Si ce qu’il a déclaré sur la nécessaire réconciliation intérieure en Autriche est sérieux, il a suffisamment à faire rien qu’avec cela.

De l’extérieur, il est fortement conseillé à tout observateur politique d’examiner avec acuité la «lutte des cultures» et les impacts particuliers qu’elle a sur l’environnement du parti. Le «modèle autrichien» peut également se reproduire dans d’autres pays européens.

Toutes les informations accessibles à l’étranger mettent en évidence le fait qu’en Autriche, au premier tour, les anciens partis de la majorité, perdants, se sont rassemblés derrière le nouveau président fédéral afin de l’investir dans ses fonctions. La grande question restée en suspens, cependant, sera seulement de clarifier si à partir de là, l’ancien «bazar politique» va devoir se maintenir en subissant des aménagements ou si on va risquer un nouveau départ de zéro, en coalition autour du nouveau chancelier fédéral.

Il est évident que la vieille garde des partis politiques rassemblée derrière le nouveau président fédéral ne présente aucune homogénéité et qu’en l’occurrence, ces partis veulent seulement en donner l’impression.

Après ce tour de force exceptionnel,ils exigeront le rétablissement de leurs droits et avantages à l’égal des groupes politiques indépendants, ce qui se traduira alors par une séparation radicale d’avec les formations politiques se trouvant derrière le président fédéral van der Bellen. Cette union n’a pas supprimé les différences entre les partis en présence. Celles-ci ne feront que se renforcer.

Des affiches de Norbert Hofer (à gauche), candidat du FPÖ, et d'Alexander Van der Bellen, candidat des Verts (à droite), le 23 mai à Vienne.
Et c’est encore plus vrai quand on considère le camp d’Hofer. Ici, c’est le FPÖ qui est la formation politique montante, celle qui a de loin aspiré comme par magie le plus grand nombre d’électeurs venant des autres partis – quoique pas encore en nombre suffisant – sans toutefois absorber ces partis en tant que tels dans cette formation. A l’inverse de ce qui se passe dans le camp de van der Bellen, les égoïsmes personnels ne prendront pas le dessus et ne domineront pas les forces centrifuges. Avec ce résultat à l’élection présidentielle, le FPÖ se trouve en position victorieuse à la Hofburg tandis que les partisans du président fédéral nouvellement élu vont de nouveau viser leurs niches politiques respectives. Il est à prévoir qu’avec ces résultats électoraux, toutes – ou au moins la plupart – des grandes formations politiques autrichiennes soupèseront leurs chances dans la perspective d’une future alliance avec le FPÖ. Aujourd’hui, le nom du vainqueur c’est le Professeur van der Bellen, mais le gagnant, lui, s’appelle Strache.


«A Bruxelles, on chante la messe lentement»

Qu’est ce que cela signifie pour Bruxelles, l’UE et l’OTAN ?

L’Écosse, la France, la Pologne et tant d’autres montrent bien que même sans les pitoyables combines britanniques, à Bruxelles, «on chante la messe lentement».

Pendant que les «mandarins» européens, Juncker et Schulz, prônent l’obligation des nations européennes en faveur d’un empire bruxellois téléguidé de l’étranger, les citoyens déterminent la valeur de leur propre pays par leur responsabilité en tant que citoyen et leur propre valeur réaffirmée.

Les «valeurs européennes» ont, elles aussi, subi entretemps une dévaluation, tout comme l’a fait l’OTAN en tant que «communauté de valeurs transatlantiques».

Pourtant Jean-Claude Juncker, l’ancien ministre-président du Luxembourg, est parfaitement au courant de la façon dont en matière de législation fiscale, on a en Europe octroyé une véritable «licence de pillage» totalement en faveur des grands consortiums américains, et que tout ce système est maintenu par l’OTAN. Et vous voulez qu’aujourd’hui, on continue à voir l’OTAN comme une «communauté pour la paix ?

Au cours de l’histoire moderne, on n’a encore jamais vu une alliance défensive, ce qu’a autrefois été l’OTAN, se réorienter ainsi sans vergogne en position de formation d’attaque globale envers les peuples et les Parlements.

Monsieur Wimmer, merci pour cette interview.    •

(Interview réalisé par Karl Müller)


QUE SE PASSE-T-IL EN UKRAINE ORIENTALE ?

hd. Fin juillet 2016, un réexamen des sanctions de l’UE envers la Russie est à l’ordre du jour. En fait, personne sur le continent n’aime cette mesure causant de graves dommages à la Russie mais aussi aux États situés dans l’UE même. Celle-ci a maintes fois souligné que la levée des sanctions contre la Russie dépend de la mise en vigueur complète de l’«Accord de Minsk II». En effet, l’UE émet des doutes quant à la réelle contribution de la Russie à cet accord. Mais, en réalité, le gouvernement de l’Ukraine a davantage de propres conditions à remplir.

A l’heure actuelle, le ministre allemand des Affaires étrangères Steinmeier a proposé d’éliminer successivement les sanctions contre la Russie, si d’autres progrès deviennent perceptibles dans le processus de Minsk II. Cela a provoqué de vives protestations du ministre des Affaires étrangères ukrainien Pavlo Klimkine. Selon la «Frankfurer Allgemeine Zeitung» le 2 juin, il aurait caractérisé «d’improductive» l’idée «de diminuer successivement les sanctions».

En outre, Klimkine aurait «démontré que Kiev se tenait à l’Accord de Minsk, mais que la Russie ne faisait rien pour sa réalisation. Ces derniers jours, il y a eu mainte fois des violations du cessez-le-feu. 17 soldats de l’armée ukrainienne ont été tués; 20 autres seraient blessés. Il y aurait de forts tirs avec des armes lourdes que la Russie aurait depuis longtemps dû retirer selon l’Accord de Minsk.»

Suite à cela, il est intéressant de lire, ce que déclare le côté russe. Leur représentant permanent auprès de l’OSCE Alexandre Loukachevitch a tenu un discours le 26 mai à Vienne à la réunion du Conseil permanent de l’OSCE sur la situation en Ukraine et la nécessité de remplir les Accord de Minsk.*

Dans cette allocution, il déclare par exemple: «Ces derniers temps nous avons constaté de nombreux prétextes sous lesquels Kiev a saboté le progrès dans la mise en œuvre des points politiques des Accords.

  • Premièrement, c’est l’exacerbation de la tension le long de la ligne de contact. La progression systématique des positions avancées en occupant le territoire démilitarisé est une action flagrante et préméditée visant à accroître la tension.»
  • Ou: «Nous constatons également un accroissement successif des armements dans la zone de sécurité et le déroulement d’exercices selon un scénario d’assaut.»
  • Ou: «Pratiquement tous les jours, on constate dans la ‹zone de sécurité› du matériel ukrainien en violation des Accords de Minsk.»


On pourrait sans doute prolonger cette série de citations.

Chez nous en Occident les médias de courant dominant ne rapportent pas de tels discours.
On se demande donc: qui a raison, le ministre ukrainien des Affaires étrangères ou le représentant permanent de la Russie auprès de l’OSCE ?

Mais on peut aussi se demander: qui est intéressé à entretenir ce conflit entre l’UE et la Russie. Ce n’est certes pas dans l’intérêt de la Russie. Et probablement pas non plus dans l’intérêt de l’UE.

*    www.mid.ru/fr/web/guest/maps/ua/-/asset_publisher/ktn0ZLTvbbS3/content/id/2293032



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dimanche 17 avril 2016

OTAN en emporte la tempête

Bon seulement l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord, n'a pas disparu comme initialement prévu au moment de la dissolution du Pacte de Varsovie, mais elle s'est renforcé et surtout a opté pour une politique résolument agressive vis à vis de la Russie et interventionniste dans des pays tiers...

L'Europe sous cette pression grandissante est en train de se fragmenter à nouveau en 2 blocs Est/Ouest...

Willy Wimmer, né en 1943 est un homme politique allemand qui analyse cette évolution géopolitque et dénonce la radicalisation des relations entre l'Union Européenne et la Russie via l'OTAN qui est sous commandement étasunien. De 1976 à 2009, il a été député, directement élu de la CDU au Bundestag allemand. De 1988 à 1992, il a été secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Défense, de 1995 à 2000 vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE.

Voici ici un premier entretien de Willy Wimmer accordé à "Horizons et débats" 

Source, le lien ici : Polémia

La direction prise par l’OTAN nous mène au désastre 
et cela avec l’entière aide du gouvernement allemand


Willy Wimmer

6 FÉVRIER 2016 | POLÉMIA

Interview de Willy Wimmer (*) par Horizons et débats

♦ « Moscou estime, à juste titre, que c’est elle qui doit décider de sa politique nationale et refuse de se soumettre à un dictat américain. C’est le fondement même de la dispute et la crise ukrainienne a démontré les efforts américains pour s’approcher militairement le plus près possible de la Russie ».


Horizons et débats: Le gouvernement de la Fédération russe a changé, au début de cette nouvelle année, sa doctrine de sécurité. Devons-nous dorénavant nous sentir menacés par la Russie ou ce changement vient-il de la menace dirigée contre la Russie ?

Willy Wimmer: Il serait bon de lire attentivement les textes des doctrines nationales de sécurité, quelle qu’en soit l’origine. Les Etats qui peuvent se le permettre publient ces textes ouvertement qu’il s’agisse des Etats-Unis, de l’Inde, de la Chine ou bien, actuellement, de la Russie. Sur la base de notre expérience, nous pouvons déceler à partir de quoi ces textes ont été publiés et quels moyens ils utilisent pour appliquer les objectifs précisés dans ces doctrines. Ainsi, les autres Etats peuvent déterminer si les moyens engagés et mis à disposition peuvent permettre d’atteindre les objectifs déterminés dans la doctrine. Ceci est également valable pour la doctrine de sécurité nationale de la Russie.

Nous devons impérativement observer les réflexions engagées par les responsables de Moscou en vue de la publication de ce nouveau texte. Est-ce que leur façon de voir le monde correspond à nos observations ou bien y a-t-il des différences notoires? Il semble bien, après étude de cette doctrine, qu’il n’y a pas de différences profondes dans la façon d’observer le monde. L’attente de la Fédération de Russie à la fin de la guerre froide, en conformité avec la Charte de Paris de novembre 1990, de construire une maison commune d’Europe, se heurta aux Etats-Unis qui n’en voulaient pas et se mirent à détruire systématiquement les instruments prévus pour une cohabitation pacifique dans les relations des Etats. Nous le savions tous et les Russes n’étaient pas aveugles. La Russie ne devait en aucun cas en faire partie et on la maintint à distance. Tout un chacun a pu constater au cours des dernières vingt-cinq années que les Etats Unis voulaient être la force dominatrice et voyaient dans la Fédération russe un obstacle à ce rôle, du fait de la coopération pacifique prévue, alors même que la Fédération de Russie n’avait donné aucune raison aux Américains de se méfier, ni sur le moment ni plus tard. Cela rappelle l’ancienne expression romaine selon laquelle il fallait détruire Carthage parce que c’était Carthage.

Moscou estime, à juste titre, que c’est elle qui doit décider de sa politique nationale et refuse de se soumettre à un dictat américain. C’est le fondement même de la dispute et la crise ukrainienne a démontré les efforts américains pour s’approcher militairement le plus près possible de la Russie.

Cette façon de procéder qui débuta en 1992 par le développement de l’OTAN en Europe de l’Est aboutit à une question inquiétante. Il s’agit de savoir quand on arrivera à un «point de non retour» dans cette pression sur Moscou. Alors que les troupes américaines et de ses vassaux ne se trouvent qu’à cinq cents kilomètres de Moscou, il est inutile de se demander, au vu du potentiel militaire des deux blocs, si un affrontement militaire conventionnel ne devait durer que 24 heures et quelles seraient les conséquences dramatiques pour les vassaux européens des Américains. Les capacités militaires russes ont progressé fortement au cours des dernières années. Si nous devions en subir les conséquences, du fait de notre propre engagement, nous serions menacés dans notre existence. La conséquence logique serait d’en revenir à la Charte de Paris.

Il semble bien que cela soit un obstacle pour les Etats-Unis provenant de leur situation insulaire. Ils s’efforcent avec acharnement à mettre leurs grands pieds sur le continent eurasiatique afin de dominer les autres Etats.

Le monde a commémoré, il y a deux ans, l’éclatement de la Première Guerre mondiale, il y a donc cent ans. L’attentat de Sarajevo n’a pas été le seul évènement déclencheur. Pendant des années, on a préparé un climat politique global dans lequel il suffisait d’un rien pour enflammer le ciel. Pour cela quelques Bosniaques ont suffi. Depuis l’attaque contre Belgrade en 1999, les Etats-Unis ont tout mis en œuvre pour préparer le monde à la grande guerre. La question est juste de savoir, si l’on utilisera à nouveau un jeune homme et quand on le mettra en route.



Comment peut-on expliquer tout cela ? D’une part, concernant la Syrie et l’EI, on arrive enfin à des décisions unanimes du Conseil de sécurité des Nations Unies, donc des décisions communes des Etats-Unis et de la Russie, mais par ailleurs les tensions entre les Etats-Unis et la Russie s’aggravent.

La puissance de la Russie s’est renforcée au cours des dernières années, de telle façon que le pays a pu revenir sur la scène internationale tout en respectant les règles du droit international, et donc de la Charte des Nations Unies, et les Etats-Unis ne purent rien entreprendre pour s’y opposer. Ce fait a redonné au monde, en Syrie, une nouvelle chance de résoudre cette guerre épouvantable par des négociations. Il semble bien que ce soit la raison qui a poussé des cercles belliqueux américains et d’autres pays à utiliser l’acte turc d’abattre un avion russe pour entraver les efforts entrepris, ou encore la tuerie bestiale en Arabie saoudite renforçant l’opposition entre l’Iran et l’Arabie saoudite afin de saboter totalement les efforts de négociations entrepris par la Russie pour en terminer avec la guerre civile syrienne. Les Etats-Unis voulaient imposer leurs objectifs en Syrie et l’intervention russe, suivie de négociations, se présentait comme un grand obstacle. Personne ne parle de l’intervention d’Israël dans la guerre de Syrie alors même qu’elle est très grave.


Le conflit qui vient d’éclater entre l’Arabie saoudite et l’Iran est donc voulu pour s’opposer à tout progrès en Syrie et dans la guerre contre l’EI.

A mon avis c’est la très sérieuse tentative d’empêcher toute négociation parce qu’on ne veut pas abandonner la règle anglo-saxonne de toujours vouloir garder la supériorité. N’oublions pas que la Syrie n’est qu’un élément entre l’Afghanistan et le Maroc. Les Etats-Unis sont à la tête d’une série d’Etats voulant changer le monde au sud de l’Europe. Mais cela, on veut l’accomplir seul. La Russie représente donc un très sérieux obstacle, difficile à contourner ou à éliminer, avec sa volonté de favoriser la négociation.


En Allemagne on dénigre systématiquement la politique de la Fédération de Russie, cela depuis pas mal de temps. Est-ce le cas aussi dans le reste de l’Europe ?

Heureusement non. Il suffit de jeter son regard sur Paris ou sur Rome pour obtenir une réponse à cette question. En regardant l’Allemagne, on constate que les investissements dans les réseaux transatlantiques, englobant la politique et la presse, ont servi essentiellement à ceux qui ont mis en place ces réseaux. Cela correspond parfaitement au caractère de Berlin. Cette ville est, politiquement, aux mains de ces réseaux qui jouissent en politique allemande de plus d’influence que les chefs des gouvernements des Länder et même que le corps électoral. Nous avons pu nous en rendre compte en nous posant la question de savoir qui décide du pouvoir suprême en Allemagne. A Moscou et à Tel Aviv, on a décidé de mettre au jour les influences externes sur la politique nationale ou alors de les interdire. A Berlin, cela fait des années que ces phénomènes contribuent à aliéner la capitale allemande du pays et du corps électoral. Ce phénomène d’aliénation est si grave qu’on peut craindre des conséquences irréversibles pour l’Allemagne.


On estime généralement, et avec raison, que l’Europe, et donc l’Allemagne, a tout intérêt à mener de bonnes relations avec la Fédération de Russie. Pourquoi refuse-t-on à prendre en compte cet intérêt et préfère-t-on suivre les instructions d’autres pays ?

Lors de Minsk II le président français et la chancelière allemande ont, avant le déclenchement d’une grande guerre européenne, pour le moins tracé une ligne temporaire à ne pas dépasser. Cela illustre également le peu d’espace de manœuvre restant à la politique allemande. Il ne s’agit pas de nostalgie quand je m’en rapporte à Helmut Kohl et aux chances de la politique allemande de contribuer à la paix dans le monde. C’est inscrit dans la Constitution. Il se trouve que nous envoyons à nouveau des avions de combats en Syrie, violant ainsi le droit international, et illustrant que nous sommes qu’un appendice de la politique d’autres Etats. Après la guerre en violation du droit international contre la Yougoslavie, à laquelle l’Allemagne avait participé, même Gerhard Schröder avait une position plus claire face à la guerre contre l’Irak.


Les autres pays du monde, comment voient-ils cette nouvelle guerre froide ? Le «reste» du monde, quel rôle joue-t-il dans ce conflit ?

Il n’y a personne au monde qui, en toute lucidité, veuille participer à ce défi américain. Le saint Père dénonce constamment le fait qu’on se trouve, dans différentes parties du monde, dans une troisième guerre mondiale. Il est plus lucide que le synode allemand des archevêques catholiques ou même les évêques protestants allemands qui acclament le président fédéral allemand, leur ancien confrère ne se lassant pas d’évoquer la guerre. Pourquoi me demander ce qu’on en pense aux quatre coins du monde. Le regard sur mon propre pays et ses élites responsables me procure déjà un immense malaise.


Les conflits, tels que cette nouvelle guerre froide ne naissent pas d’une loi naturelle mais découlent de décisions politiques. En comprendre les causes nécessite une rétrospective. Un pays tel que l’Allemagne aurait-il eu une réelle possibilité de s’y opposer par des moyens diplomatiques ? Cette possibilité perdure-t-elle toujours ?

C’est absolument nécessaire d’un point de vue étatique. Il ne s’agit pas d’une réflexion d’ordre académique, car l’OTAN mène une stratégie de guerre, régionalement et globalement. L’OTAN nous tue avec sa stratégie et cela avec l’aide active du gouvernement allemand. Il suffit d’écouter les propos de nos généraux allemands à l’encontre de la Russie. Cela vous donne le vertige. Alors que doit-on en penser à Smolensk ou Moscou ?

Je n’ai pas connaissance que le gouvernement ait pris des mesures envers ces Messieurs qui attisent les tentions.


Pourquoi la classe politique allemande a-t-elle occulté des conférences telle que celle tenue par George Friedman à Chicago en février de l’année passée ?1 N’était-elle pas au courant ? Ou était-elle à ce point impliquée dans les réseaux que le silence s’imposait ? Entretemps, des centaines de milliers d’Allemands prennent très au sérieux ce qu’on peut lire au-delà des grands médias. Pourquoi la classe politique entière persiste-t-elle à s’y désintéresser ? Pourquoi êtes-vous l’une des rares exceptions en Allemagne ? Il fut un temps où vous apparteniez vous-même à la «classe politique».

 Vu d’une manière réaliste, l’Allemagne est à nouveau partagée. Nous avons ceux qui s’informent autrement que par le «mainstream» et forment leur opinion auprès des médias alternatifs et puis ceux qui sont prêts à résilier leurs abonnements aux journaux alignés. Jamais, il n’y a eu autant de graves plaintes concernant les programmes des chaînes télévisuelles qui ne font que battre le tambour de la guerre. Propulsés d’une guerre à une autre, beaucoup de gens réalisent qu’il ne s’agit plus d’empêcher une censure de la presse – voir l’affaire du Spiegel – mais d’en finir avec la censure exercée par la presse. Personnellement, j’ai pu faire une expérience assez invraisemblable. Lorsque je me suis prononcé ouvertement contre la guerre en Yougoslavie, j’étais vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE, à l’époque une institution hautement importante dans les questions de paix en Europe. Ne croyez pas que j’aie été invité une seule fois à des tables rondes au niveau national par les médias. Lorsque Gregor Gysi s’est prononcé de façon semblable, on l’a invité mais uniquement pour pouvoir mieux le discréditer. Telle est mon expérience au niveau national et telle est la situation également aujourd’hui.


En 2015, plus d’un million d’hommes et de femmes d’Afrique, du Moyen-Orient et des Balkans ont atterri en Allemagne. Cette migration n’est pas terminée. Le sujet fait la Une de tous les journaux. Le fait est que l’Occident a créé les situations amenant une grande partie de ces gens à se réfugier en Allemagne. Mais le discours officiel concernant le combat de ces causes n’est guère crédible. Quelles seront les conséquences politiques de cette politique allemande de migration selon vous ? Les événements de Cologne et d’ailleurs sont-ils un présage ? A quoi les Allemands doivent-ils s’attendre ?

Cette question, il faut la poser à Madame la Chancelière encore en fonction et à la CDU en tant que parti qui l’a soutenue à fond dans la question de la migration lors de leur Université d’hiver à Karlsruhe en décembre 2015. Personne, ni en Allemagne ni en Europe ne sait ce qui a incité la chancelière à accepter une migration de cette ampleur. Et les organes constitutionnels concernés en premier lieu ne veulent pas le savoir non plus. Mme Merkel a complètement bouleversé l’Allemagne et l’Europe de l’UE et les divise les deux. Il n’y a aucun signe qu’on veuille revenir à une politique responsable envers son propre pays et son propre peuple et loyale envers les habitants des autres pays. C’était différent à la fin de la guerre froide, époque à laquelle nous voulions nous lier plus étroitement par la CSCE et la Communauté européenne avec les Etats situés entre le Maroc et la Syrie, par exemple, et les rendre plus performants (2). Cependant, les Etats-Unis et Israël avaient une autre vision des choses et le résultat est visible aujourd’hui.


Vu la situation explosive mondiale et la situation allemande non moins explosive, que conseilleriez-vous à vos concitoyens allemands ? Que peut faire le citoyen pour redécouvrir une lueur d’espoir? Ou alors, à quoi faut-il s’attendre ?

Lors des prochaines élections régionales, les citoyens pourront décider s’il y aura à l’avenir à Berlin un gouvernement garantissant l’Etat de droit constitutionnel allemand ou pas. Cependant, il faut aussi prendre en compte que l’Allemagne peut actuellement déjà prendre la voie vers l’agonie. Comme on l’a vu ci-dessus, vous pouvez en déduire vous-même ce que cela veut dire pour l’Allemagne et l’Europe. En Suisse, dans chaque maison, on vérifie soigneusement si les installations de protection civile sont opérationnelles. Qu’avons-nous fait depuis 1990? S’ils doivent choisir entre Mme Merkel et l’Allemagne, les citoyens allemands devraient choisir l’Allemagne.

Monsieur Wimmer, nous vous remercions pour cette interview.
(Propos recueillis par Karl Müller)

(*) Willy Wimmer est né en 1943. De 1976 à 2009, il a été député, directement élu de la CDU au Bundestag allemand. De 1988 à 1992, il a été secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Défense, de 1995 à 2000 vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OSCE. Avec Wolfgang Effenberger, il est coauteur de l’ouvrage Wiederkehr der Hasardeure. Schattenstrategen, Kriegstreiber, stille Profiteure 1914 und heute. A travers ses analyses engagées et ses prises de position pour le retour au droit et contre la politique de guerre, Willy Wimmer trouve un grand public, aussi au-delà de tout l’espace germanophone.


Notes :

(1) George Friedman, fondateur et président du service américain de renseignements, Stratfor (Strategic Forecasting, Inc), que le magazine Barron’s qualifie de «CIA de l’ombre» («Schatten-CIA»), le 4 février 2015, suite à l’invitation du Chicago Council on Global Affairs, a fait une conférence où il traitait les objectifs stratégiques des Etats-Unis et où il parlait aussi de la politique des Etats-Unis face à la Russie et l’Allemagne. Il dit, entre autre: «L’intérêt principal de la politique extérieure des Etats-Unis, au cours du siècle passé, lors de la grande guerre et de la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide était les rapports entre l’Allemagne et la Russie […]. Depuis un siècle, pour les Etats-Unis, c’est l’objectif principal d’empêcher cette combinaison unique entre le capital allemand, la technologie allemande et les matières premières russes et la main d’œuvre russe.» On peut réécouter la conférence entière de Friedman sur: www.youtube.com/watch?v=QeLu_yyz3tc

(2) Depuis le début des années 90, il y a eu des tentatives entreprises par la CSCE de lier la Méditerranée dans un cadre de coopération et de sécurité et d’inaugurer, avec les Etats d’Afrique du Nord et de la Méditerranée du Moyen-Orient, une conférence pour la sécurité et la coopération dans l’espace méditerranéen.

La tentative a échoué. (cf. Jens Bortloff. Die Organisation für Sicherheit und Zusammenarbeit in Europa. Eine völkerrechtliche Bestandsaufnahme, 1996, p. 94s. ou Annette Jünemann. Europas Mittelmeerpolitik im regionalen und globalen Wandel: Interessen : und Ziel­konflikte; in: Zippel, Wulfdiether (Ed.). Die Mittelmeerpolitik der EU, 1999, p. 29–64.)

Source : Horizons et débat