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samedi 23 juillet 2016

Une déclaration de guerre à la Russie

Une analyse juridique de la déclaration de l'OTAN à Varsovie 


Ce sommet de l'OTAN a été voulu, et s'est déroulé en application d'une stratégie russophobe étasunienne destinée à mobiliser les pays européens dans une croisade militaire anti-russe que la propagande politique et les représailles économiques préparent depuis plus de 2 ans.

Dès sa préparation, le ton est donné, et les responsables occidentaux prétextant de la crise ukrainienne et de l'aggravation du front dans le Donbass accuse sans appel la Russie de "vouloir  démanteler l’Europe et à diviser ses nations" 

Plus tard au moment du sommet de l'OTAN à Varsovie, si le premier jours des discours d'intentions diplomatiques font bonne figure, le masque tombe dès le lendemain avec notamment la réunion de la "Commission OTAN-Ukraine" qui est un véritable réquisitoire inquisitorial russophobe reprenant mot pour mot la propagande de guerre kiévienne accusant la Russie d'être à l'origine de la crise ukrainienne.

Enfin la déclaration finale de ce sommet de l'OTAN, dont le le fond et la forme ne font que confirmer la russophobie psychotique et obsessionnelle de Washington, constitue une véritable déclaration de guerre lancée contre Moscou !

Aujourd'hui, le coup d'état manqué en Turquie qui apparaît dans la stratégie étasunienne comme un chien dans un jeu de quilles, risque de jouer le rôle d'accélérateur dans l'offensive contre la Russie, et les récents événements des fronts syrien et ukrainien confirment que l'escalade militaire jouée jusqu'à aujourd'hui par procuration se rapproche surement d'une confrontation directe entre Washington et Moscou.

En effet, n'en déplaise aux crispés qui continuent à vouloir regarder Erdogan comme un pion étasunien au Moyen Orient jouant avec l'OTAN et Daesh pour le plus grand bien des intérêts anti-russes et anti-syriens de Washington, les vents de la géopolitique ont tourné ou plus exactement sont revenus pousser le bateau turc vers un cap à l'Est.

Pour les USA déjà mis à mal par la défaite de l'opposition en Syrie, l'enlisement économico-militaire du gouvernement ukrainien, le Brexit, la déconfiture de Clinton (l'amie de l'opposant turc Gülen) face au candidat Trump, etc... semblent aujourd'hui groggy par ce coup d'Etat en Turquie et surtout, au vu des réactions médiatiques, par son échec qui ne fait qu'accélérer son rapprochement avec la Russie !

La Maison Blanche est obligée désormais de naviguer à vue et surtout d'accélérer sa stratégie anti russe dans une fuite en avant car sinon elle va se désagréger totalement sans combattre...

Erwan Castel


Source de l'article le lien ici : Le Saker francophone

Communiqué du Sommet de l’OTAN à Varsovie : 
préparer le crime d’agression


Par Christopher Black – Le 18 juillet 2016 – Source New Oriental Review

J’ai été avocat de la défense la plus grande partie de ma vie professionnelle et je n’ai pas l’habitude de recueillir des preuves pour engager des poursuites, mais les circonstances m’ont incité à ouvrir un dossier pour le procureur de la Cour pénale internationale, ou peut-être un futur tribunal citoyen. Ce dossier contient la preuve que les dirigeants de l’OTAN sont coupables du plus grave crime contre l’humanité, le crime d’agression. Je voudrais partager avec vous quelques brèves notes intéressantes provenant de ce fichier, que je soumets à votre réflexion.

L’Article 8bis du Statut de Rome, le statut régissant la Cour pénale internationale, stipule :

Aux fins du présent Statut, on entend par « crime d’agression » la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution par une personne effectivement en mesure de contrôler ou de diriger l’action politique ou militaire d’un État, d’un acte d’agression qui, par sa nature, sa gravité et son ampleur, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies.

Le communiqué de l’OTAN publié à l’issue du congrès de Varsovie le 9 juillet est la preuve directe d’une telle planification et préparation et donc d’une conspiration par les dirigeants de l’OTAN pour commettre des actes d’agression contre la Russie. Cela ferait l’objet d’un acte d’accusation de la Cour pénale internationale contre les dirigeants de l’alliance militaire si la procureure de la CPI était effectivement indépendante, ce qu’elle n’est pas. Et bien sûr, si les articles relatifs aux crimes d’agression étaient en vigueur, ce qui ne se produira pas avant le 1er janvier 2017, le cas échéant, sous les articles du Statut de Rome.

Néanmoins, le problème technique de la juridiction qui empêche l’émission d’une inculpation contre les dirigeants de l’OTAN en ce moment, ne légitime pas la planification et la préparation d’actes d’agression contenus dans le communiqué de l’OTAN ni ne réduit le poids moral du crime d’agression défini dans le Statut et les principes de Nuremberg, parce que le crime d’agression est le crime de guerre suprême.

Selon leurs propres mots, imprimés en noir sur blanc dans leur communiqué du 9 juillet, les dirigeants de l’OTAN, chacun d’entre eux, et les états-majors entiers des forces armées de chacun des pays de l’OTAN, sont coupables du crime d’agression. Le fait qu’il n’y ait pas d’organe efficace devant lequel ils puissent être traduits en justice est sans rapport avec le fait du crime commis. Ils sont les ennemis de l’humanité et, inculpés ou non, ils sont des hors-la-loi internationaux qui doivent être identifiés en tant que tels et appelés à rendre des comptes à leurs propres peuples.

La preuve de leurs crimes est bien évidemment antérieure à ce communiqué et consiste en années d’actes commis par les puissances de l’OTAN depuis que l’Union soviétique s’est dissoute ainsi que le Pacte de Varsovie, en vertu de l’accord dit Acte fondateur OTAN–Russie de 1997, selon lequel l’OTAN ne s’étendrait dans aucun des pays formellement membres du Pacte de Varsovie ou de l’URSS, ni n’y installerait d’armes nucléaires. L’OTAN a continuellement brisé cet accord depuis lors et a commis, en tant qu’organisation ou par des groupes de ses États membres, des actes d’agression contre la Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Russie (pendant l’attaque de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud et en soutenant les groupes terroristes tchétchènes en Russie même), l’Ukraine et la Syrie, chaque acte d’agression étant appuyé par des campagnes de propagande massives pour tenter de justifier ces crimes en répandant cette propagande auprès des peuples qu’ils sont censés informer.

Ces mêmes puissances ont commis et commettent d’autres actes d’agression contre la République populaire démocratique de Corée, l’Iran et la Chine, et augmentent continuellement leur planification et leur préparation pour agresser ces pays. Ces plans sont aussi étalés dans le communiqué de l’OTAN, mais la plus grave menace pour l’humanité est la menace existentielle immédiate contre la Russie, contre laquelle la partie principale de ce communiqué est dirigée.

Le communiqué de l’OTAN est de fait une déclaration de guerre à la Russie. Il n’y a pas d’autre manière de l’interpréter.

Il y a plusieurs mois, j’ai déclaré que nous pouvions considérer l’accumulation des forces de l’OTAN en Europe de l’Est, le coup d’État de l’OTAN qui a renversé le gouvernement de Ianoukovitch en Ukraine, la tentative de s’emparer de la base navale russe à Sébastopol, les attaques immédiates contre les civils ukrainiens dans les provinces orientales qui refusaient d’accepter le coup d’État de l’OTAN, la propagande constante contre la Russie en tant qu’agresseur et la guerre économique menée contre la Russie sous couvert de sanctions est l’équivalent d’une seconde Opération Barbarossa, le nom donné à l’invasion de l’Union soviétique par le Troisième Reich en 1941. J’hésitais à le décrire ainsi, mais les faits étaient là et d’autres ont reconnu maintenant que l’analogie est correcte. Et exactement comme les dirigeants du Troisième Reich ont été finalement tenus pour responsables de leurs crimes à Nuremberg, les dirigeants du nouveau Reich que les Américains et leurs États vassaux projettent d’imposer au reste d’entre nous devraient l’être aussi.

Au paragraphe 5 du communiqué et après, ils commettent la première partie de leur crime en définissant de prétendus actes agressifs de la Russie, dans lesquels, dans tous les cas, ils sont les véritables agresseurs.

Au paragraphe 15, ils déclarent, après quelques sornettes à propos du partenariat entre l’OTAN et la Russie :

« Nous regrettons que malgré des appels répétés des Alliés et de la communauté internationale depuis 2014 pour que la Russie change de cap, les conditions à cette relations n’existent pas actuellement. La nature des relations de l’Alliance avec la Russie et les aspirations à un partenariat seront subordonnées à un changement clair et constructif des actions de la Russie, qui doit démontrer son respect du droit international et de ses obligations et responsabilités internationales. Jusque là, nous ne pouvons pas revenir au business as usual. »

Ce qu’ils veulent dire en parlant du changement de cap de la Russie est, bien sûr, qu’elle fasse ce qu’ils ordonnent, et le « respect du droit international » ne signifie rien d’autre que de se plier aux diktats de l’OTAN. Le monde a vu ce qui est arrivé à la Yougoslavie quand le président Milosevic a eu le courage de lui dire d’aller se faire voir, alors que Madelaine Albright lui présentait sa longue liste de revendications, y compris l’occupation de la Yougoslavie par les forces de l’OTAN et le démantèlement du socialisme, suivi par le choix d’obéir ou d’être bombardé. Le gouvernement yougoslave avait le droit et, en plus,  le courage, de la défier, et donc les dirigeants de l’OTAN ont activé les casseurs de jambes, les exécuteurs et les assassins qui servent dans leurs armées et ont commencé la destruction massive d’un membre fondateur du Mouvement des non-alignés.

Nous l’avons vu à nouveau en Afghanistan, envahi sous le prétexte juridique qu’il hébergeait un supposé criminel, Ben Laden, qui n’a jamais été accusé de crime [accusé, si. Reconnu coupable, jamais. NdT] et qui travaillait sous le commandement de l’armée étasunienne au Kosovo en 1998-1999, luttant contre le gouvernement yougoslave.

Nous l’avons vu avec l’Irak, sommé de remettre des armes qu’il n’a jamais eues, puis attaqué avec choc et effroi, une démonstration de puissance militaire conçue non seulement pour l’Irak mais pour le monde entier : voilà ce que nous vous ferons si vous ne jouez pas le jeu.

Nous l’avons vu avec le président Aristide à Haïti en 2004, lorsque des soldats américains et canadiens l’ont arrêté en pointant les fusils sur lui et l’ont exilé, l’enchaînant en Afrique, pendant que le monde regardait ailleurs. Nous l’avons vu en 2010, lorsque le président Laurent Gbagbo a été arrêté par les Français et jeté dans les marécages de la Cour pénale internationale. Nous l’avons vu en 2011, lorsque l’OTAN a détruit la Libye socialiste et nous voyons aujourd’hui comment ils tentent la même chose contre la Syrie et l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord, la Chine et, le plus important, contre la Russie.

Le paragraphe 15 n’est rien d’autre qu’un diktat, « obéis-nous ou nous ne pourrons pas retourner au statu quo » ce qui signifie, en fin de compte, la guerre.

Suit alors une longue série de paragraphes pleins de mensonges et de distorsions sur des événements tous imputés à la Russie. Ils savent que ce sont des mensonges et des distorsions, bien sûr, mais le principe est que ces communiqués sont générés à Washington comme outils de propagande destinés à être cités encore et encore dans les médias occidentaux et mentionnés par leurs diplomates et leurs politiciens dans tous les discours.

Au paragraphe 15 et ensuite, ils se réfèrent à leurs plans pour leur nouvelle Opération Barbarossa, l’accumulation des forces de l’OTAN en Europe de l’Est. Ils l’appellent le Plan de préparation à l’action. En d’autres termes, tous ces paragraphes exposent leurs plans pour préparer leur capacité logistique et stratégique dans le but d’attaquer la Russie. Qu’ils aient l’intention de le faire est maintenant clair, avec le placement de systèmes anti-missiles en Pologne et en Roumanie et bientôt sur le flanc sud-est de la Russie en Corée, des missiles destinés à garantir le succès d’une première frappe atomique sur la Russie par les forces nucléaires de l’OTAN. Les systèmes anti-missiles sont conçus pour intercepter tous les missiles de représailles lancés par les survivants en Russie. Mais, comme le président Poutine l’a relevé, ils peuvent aussi être utilisés directement de manière offensive.

Ils soulignent ensuite que les armes nucléaires sont une partie importante de leur stratégie, et déclarent dans le paragraphe 53 :

« La position de l’OTAN en matière de dissuasion nucléaire repose aussi, en partie, sur les armes nucléaires déployées en avant par les États-Unis en Europe et sur les capacités et l’infrastructure fournies par les Alliés concernés. » La crainte est qu’avec les récents exercices en Pologne et dans l’Arctique − dans lesquels l’usage de frappes aériennes pour lancer des armes nucléaires telles que des missiles de croisière nucléaires pointés sur la Russie − a joué un rôle important − les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN projettent et préparent une attaque nucléaire sur la Russie. C’est la seule conclusion possible, puisqu’il est clair que la Russie n’a aucune intention d’attaquer aucun pays en Europe de l’Est ou ailleurs. Donc l’excuse donnée que la présence d’armes nucléaires en Europe est une dissuasion contre l’agression russe est clairement un mensonge et, par conséquent, leur présence ne peut avoir qu’un seul but : être utilisées pour une attaque.

La preuve est devant nous, le dossier est complet. Il est posé sur un bureau, il prend la poussière, il n’est d’aucune utilité pour personne, excepté le tribunal de l’opinion publique, et qu’est-ce que ça vaut, ces jours ci ? Mais peut-être que quelqu’un, là-bas, le prendra, le mettra au point et le donnera à un tribunal, peut-être quelqu’un du peuple, pour le peuple, mis en place par le peuple, pour juger ceux qui projettent de détruire le peuple, qui peut agir rapidement avant que le crime d’agression final soit commis contre la Russie ; contre nous tous.

Christopher Black 

Christopher Black est un juriste pénaliste international basé à Toronto, il est membre du Barreau du Haut-Canada et il est connu pour un grand nombre de cas très médiatisés portant sur les droits humains et les crimes de guerre, en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Catherine pour le Saker francophone


dimanche 10 juillet 2016

Un fuite en avant vers la guerre

L'OTAN à l'assaut de la Russie... 
et au secours de l'Union Européenne

L'Ukraine, et bien que non intégrée à l'OTAN est l'invitée privilégiée et symbolique de ce sommet avec son Président Piotr Porochenko et son égérie psychopathe Nadia Savchenko, tous deux incarnant une russophobie fanatique qui gangrène une Europe occidentale conditionnée par la propagande de guerre étasunienne.

Le Président Obama avait annoncé que la guerre froide réveillée depuis la crise ukrainienne serait le thème principal de ce sommet de l'OTAN qui se déroule à Varsovie depuis le 8 juillet 2016, mais qui est abordé également par des vents contraires appelés Daesh, Brexit, crise économique, migratoire qui fragilisent les remparts de la "basse cour" du château étasunien construit en Europe après la fin de la guerre.

Washington, par la voix du secrétaire Général de l'organisation, pour sauver ses comptoirs coloniaux européens, propose que l'OTAN soit le ciment de cette union européenne dont les murs se lézardent. : « l’Otan est plus importante que jamais en tant que base de la coopération entre les alliés européens et entre l’Europe et l’Amérique du Nord » a ainsi déclaré devant les 2.500 participants des 54 pays invités à ce sommet symbolique.

L'Organisation militaire étasunienne se propose donc de devenir le principal bloc politique, économique et militaire, soumettant la majorité des pays européens à la stratégie de Washington, grâce à la désignation dogmatique de la Russie comme l'ennemi commun. On voit bien par exemple que l'abandon du projet gazier "South stream" et les "sanctions économiques" contre la Russie imposées par Washington, sont bien plus des actions qui correspondent à une préemption économique étasunienne sur une Europe affaiblie qu'à des réactions proportionnelles à la crise ukrainienne.

Commentant le Brexit, Jens Stoltenberg a d'ailleurs insisté sur le fait que le Royaume Uni, même en dehors de l'Union Européenne, resterait une pièce maîtresse et fidèle de l'OTAN

La stratégie offensive atlantiste dirigée contre la zone d'influence de la Russie depuis la chute de l'URSS, est donc autant un habillage destiné à cacher l'asservissement des pays occidentaux au mondialisme politico-économique étasunien qu'une une réalité de l'hégémonie militaire de Washington qui veut faire avorter le projet eurasiste et son union avec la Chine.


"La Guerre froide commence aujourd'hui !"

C'est par ce titre "Сегодня начинается холодная война" que le quotidien moscovite Nezavissimaïa Gazeta présentait ce sommet de l'OTAN de Varsovie, soulignant la contradiction entre d'une part les paroles d'un Jens Soltenberg assurant qu'il n'est pas question de confrontation avec Moscou, et d'autre part la réalité des faits qui sont :
  • le déploiement des missiles stratégiques en Pologne et Roumanie, 
  • la création de nouvelles unités de combat sur les frontières russes, 
  • l'arrivée d'un contingent canadien, 
  • le renforcement des forces navales en Mer noire et mer Baltique, 
  • l'extension de l'alliance au Montenegro, 
  • l'augmentation de 3 milliards du budget militaire etc... 

Autant d'actions concrètes confirmant une remilitarisation de l'Europe sous commandement étasunien et dont les canons sont ouvertement tournés vers l'Est, auxquelles il faudrait rajouter la guerre dans le Donbass qui est ouvertement une guerre dirigée par les pantins étasuniens installés à Kiev contre la zone d'influence russe !


Soltenberg, en généralissime de l'OTAN, sur les frontières russes lors d'exercices dans les pays baltes en 2016

Le chien fou ukrainien, enragé et affamé...

La délégation ukrainienne et venue en force à ce sommet tel un chien frétillant de la queue devant sa gamelle vide. Washington via l'OTAN joue ici avec Porochenko comme un veneur excitant son chien de chasse par la faim et les promesses, espérant de ce dernier une fidélité servile et zélée sans toutefois endosser une quelconque coresponsabilité des morsures infligées par ce chien fou qui doit rester un fusible consommable...

Ainsi, tout en lui gardant les portes de l'OTAN fermées, Washington accorde à l'Ukraine un "paquet d'assistance militaire globale" dont tout le monde sait qu'il va être utilisé principalement pour renforcer l'effort de guerre engagé depuis plus de 2 ans par Kiev, dans le Donbass.

Quel est l'intérêt pour les occidentaux de jouer ainsi avec l'Ukraine, si ce n'est de se garder un "idiot utile" aux portes de la Russie et qui, sans le tatouage de l'OTAN à l'oreille, pourra violer les droits internationaux (ce qu'il fait actuellement dans le Donbass) et réaliser des provocations stratégiques sans que Washington puisse être officiellement responsabiliser. Et si le vent tourne, comme les barbus de Daesh, les ukropithèques du Maïdan pourront être abattus sans vergogne comme un chien devenu inutile et que son maître accuse d'avoir la rage...

Le dossier ukrainien et sa plaie ouverte du Donbass sera plus particulièrement évoqué le 13 juillet , lors d'une "réunion à chaud", programmée à Bruxelles seulement 4 jours après le sommet de Varsovie et dont le sujet central sera de trouver une solution pour que soient (enfin) appliqués les accords signés à Minsk en février 2015.

En attendant l'armée ukrainienne s'est engagée dans un retour virulent de campagnes de bombardements impunies contre la population du Donbass...


Quant autres partenaires européens ils hurlent avec la meute comme ce gouvernement britannique vivant ces dernières semaines européistes et qui déclare envoyer 500 soldats en Estonie et 150 autres en Pologne pour, « non seulement confirmer notre ferme soutien à l’Otan, nous allons le prouver en déployant des troupes au sol » Quant au toutou français, suiviste idiot, voulant péter plus haut que son cul, il annonce quant à lui l'envoi ... d'une compagnie au sein de cette force internationale de 4000 hommes déployées dans les pays baltes !  "no comment"...


Une "paix chaude" plutôt qu'une "guerre froide"

"Comparaison n'est pas raison", et même s'il est évident qu'il existence un filiation entre la guerre froide des années 50 à 80, la situation actuelle est différente, car : 
  • il existe des zones où la confrontation Est-Ouest, utilisant la recette des guerres asymétriques, s'est développée en conflits armées ouvertes comme en Yougoslavie, Géorgie, Syrie ou en Ukraine par exemple qui avec les autres conflits larvés (Transnistrie, l'Ossétie, Haut-Karabagh etc...) sont autant de poudrières à mèche courte.
  • d'autre part même si le potentiel militaire de la Russie est suffisant pour lui assurer une défense victorieuse de son territoire, le rapport de forces entre Moscou et Washington n'est plus aujourd'hui celui qui avait gelé autrefois la confrontation dans un "équilibre de la terreur" 
  • Ensuite sur le plan territorial, la Russie ne dispose plus aujourd'hui de la profondeur stratégique que lui offraient auparavant ses satellites soviétiques.. Les forces balistiques de l'OTAN, n'étant qu'à quelques minutes de son sanctuaire, Moscou est désormais acculée contre ses frontières vitales.
Si on rajoute le fait qu'une guerre a toujours été le meilleur moyen de maintenir une cohésion de vassaux et de redresser un effondrement économique, on peut craindre que la guerre tente à plus d'un titre une ploutocratie mondialiste qui chercherait une cure de jouvence dans un bain de sang !

Ces éléments font que le risque d'embrasement n'a jamais été aussi fort et que car l'escalade éventuelle serait alors très rapide dans le temps comme dans les moyens militaires engagés...

Rapport de forces  OTAN - Russie




L'OTAN, une menace pour la Paix et la souveraineté...

Par son évolution depuis les années 1990, l'OTAN qui, comme le faisait remarquer Philippe de Villiers, n'a plus de "raison sociale" depuis la dissolution du Pacte de Varsovie a montré son vrai visage qui est celui d'une organisation militaire, véritable bras armé d'un Hégémon étasunien qui l'utilise à la fois pour allumer le feu dans les pays non alignés au Nouvel Ordre Mondial et soumettre les pays qui lui sont vassalisés par une destruction organisationnelle de leur souveraineté militaire.

Commentant ce sommet de l'OTAN, le dernier Président soviétique Mikaël Gorbatchev, qui avait été l'artisan de la fin de l'URSS, a déclaré : «Toute la rhétorique employée à Varsovie trahit un désir de faire la guerre à la Russie. Les Etats membres de l'Alliance Atlantique ne parlent que de défense, mais ils se préparent en fait pour des opérations offensives» 

 «L'OTAN a entamé les préparatifs pour faire de la Guerre froide une guerre chaude»

La stratégie pyromane étasunienne est aujourd'hui terminée parce qu'elle ne trompe plus personne, et qu'elle est arrivée aux portes de Moscou, il lui faut maintenant se retirer ou engager la guerre totale. Le Président Poutine en ne tombant pas dans le piège ukrainien et tout en protégeant fermement ses intérêts a su mettre en échec la guerre de préemption lancée du  Maïdan en 2014. 

La balle est aujourd'hui dans le camp des occidentaux, et les prochaines évolutions de la crise ukrainienne vont nous montrer rapidement dans quelle direction la Maison Blanche veut nous diriger...

Probablement aussi important que serait un Brexit répété au niveau des autres pays de l'UE, un "NATOEXIT" est en revanche et certainement l'action la plus urgente à réaliser en Europe...

Erwan Castel

Les autres articles sur le sommet de l'OTAN de Varsovie :
- Sur la situation dans le Donbass, le lien ici : Un sommet de l'OTAN sur un volcan
- Sur la Commission OTAN-Ukraine, le lien ici :  A gerber

__________

Quelles alternatives à l'OTAN ?

À la veille du sommet de l’OTAN prévu à Varsovie les 8 et 9 juillet 2016, la gauche unitaire européenne (GUE/NGL) a décidé d’organiser une conférence intitulée « There is an alternative », pour évoquer l’épineuse question : doit-on en finir avec l’OTAN ? 



Le risque de plus en plus réel 
d'une 3ème guerre mondiale



Sources de l'article :

- Site Investig'action le lien : ICI





Autres articles sur le sujet 

- Initiative communiste le lien : ICI

vendredi 24 juin 2016

Le cri d'alarme de Vladimir Poutine

La menace d'une nouvelle guerre mondiale est bien réelle


Ce 21 juin 2016, le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, lors d'une rencontre les représentants de divers médias internationaux, a demandé aux journalistes d'ouvrir les yeux et de rendre compte véritablement de la réalité d'une menace de guerre nucléaire imminente.

"Réveillez-vous !"

Le ton du Président russe est quelque peu inhabituel, car il a quasiment supplié les responsables des grands médias d'ouvrir les yeux sur les conséquences catastrophiques de la politique de réarmement de l'Europe entreprise par les USA et l'OTAN. «Mais arrêtez de mentir, dites la vérité à vos peuples sur le danger imminent qui nous menace tous !» a lancé Vladimir Poutine en faisant appel à l'éthique du métier de journaliste.

Et le Président de la Fédération de Russie de rappeler dans le détails  à ses interlocuteurs la nature des menaces subies par les peuples de Russie, suite à la stratégie d'extension militaire de l'OTAN et à la gestion belliciste des crises ukrainiennes et syriennes notamment par l'administration étasunienne.

Après avoir balayé la fausse menace d'une menace iranienne, leitmotiv de la propagande de guerre menée par Washington, le Président Russe a abordé le dossier de la sécurité en Europe. 

«Je ne sais plus quoi faire pour vous convaincre» a martelé Vladimir Poutine rappelant avec soin la menace que constitue l'installation récente des systèmes de missiles stratégiques étasuniens de type Aegis à portée de tir des centres névralgiques de la Russie...

«Leur système est désormais opérationnel et leurs missiles ont une portée de 500 km, dit-il. Les missiles de nouvelle génération atteindront bientôt une portée de 1000 km, puis davantage encore et, à partir de ce moment-là, ils menaceront directement la Russie et son potentiel de dissuasion nucléaire.»

En effet, la menace iranienne tant décriée par l'administration étasunienne n'est en fait qu'un prétexte pour installer les bases de missiles officiellement "défensives" en Europe de l'Est, face à la Russie (voir la carte ci dessous). 

Cette nouvelle crise des missiles, qui intervient 54 ans après celle de Cuba, semble arriver à un point de rupture entre Washington et Moscou, avec notamment, sur fond de crise ukrainienne, l'installation de lanceurs terrestres Aegis ("Aegis Ashore") en Roumanie  sur la base aérienne de Deveselu le 12 mai dernier. Le déploiement de ce qui qui est annoncé un "bouclier anti-missiles" mais dont même Lockheed Martin, le constructeur de ces lanceurs verticaux Mk41 reconnait sa capacité offensive 

De plus, cette base de missiles déployée en Roumanie par les USA n'est qu'un élément d'une ceinture stratégique plus vaste, déployée en Turquie (déjà opérationnelle) et prochainement en Pologne et complémentaire des systèmes d'armes embarqués à bord des navires et sous marins de l'OTAN qui occupent de plus en plus les mers Noire et Baltique et de façon quasi permanente.

Cette nouvelle menace stratégique dirigée la Russie n'est pas seulement une réanimation de la Guerre froide mais une violation flagrante des traités de paix signés précédemment entre l'Est et l'Ouest comme le Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires(1987) qui avait permis le retrait des missiles Perching et SS20 du théâtre européen.

Inauguration de la base de missiles US sur la base aérienne de Deveselu le 12 mai dernier
«Comment pouvez-vous ne pas comprendre que le monde est en train d’être poussé dans une direction irréversible» a signalé à ce sujet le Président Poutine,car il est de sa responsabilité et son devoir de répondre à cette menace en déployant à son tour des systèmes de défense russe adéquats, et c'est l'escalade...

Le problème est la faible profondeur stratégique dont dispose la Russie sur son flanc occidental, Moscou et Saint Petersbourg par exemple ne sont qu'à quelques centaines de kilomètres des frontières avec l'OTAN. Aussi, le déploiement de missiles stratégiques par Washington en Europe de l'Est revient pour Moscou à vivre avec un revolver sur la tempe !

A l'heure où la Grande Bretagne fait sécession de sa tutelle étasunienne en Europe, le Président Poutine invite les pays européens à se libérer de la camisole de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord qui les entraîne par un homme-lige militaire dans un piège où leur sera imposé une confrontation avec une Russie qui peut être poussée à réaliser la première frappe préventive, sous peine de disparaître. 

En effet l'OTAN, cette Organisation militaire étasunienne en Europe, dans laquelle sont piégés 22 des 28 pays européens  mène depuis la fin de l'URSS une stratégie agressive en direction de la Russie trahissant la promesse prononcée en 1989 de ne pas s'étendre vers l'Est...


Aujourd'hui, après que l'extension territoriale de l'OTAN, avec la crise ukrainienne, soit arrivée en butée sur les frontières occidentales de la Russie, Washington relance ses ambitions vers le Sud dans l'alliance et renforce son dispositif armé autour de la Russie. 

Ainsi Washington,en plus du déploiement de ses missiles, a t-il annoncé en février sa volonté de quadrupler en 2017 les dépenses destinées à renforcer les  forces américaines en Europe puis en mai dernier de lancer au coeur de la zone d'influence russe, l'intégration du Montenegro dans l'OTAN...

N'en déplaise aux optimistes qui refusent d'imaginer une apocalypse en Europe, la menace est aujourd'hui bien réelle surtout qu'elle est otage d'une dynamique mortifère jouant sur "l'effet domino" et qui peut d'autant plus conduire rapidement les peuples d'Europe dans une impasse nucléaire que son initiateur étasunien peut espérer garder son sanctuaire en dehors du futur champ de bataille...

Il est donc plus qu'urgent et prioritaire que les européens enchaînés à la folie des néo-conservateurs et faucons de guerre étasuniens se libèrent de leur logique mortifère, pour renouer le dialogue avec Moscou et construire une véritable Europe dont la destinée leur appartient... 

Erwan Castel 


Voir aussi l'article précédent consacré aux missiles Aégis en Europe de l'Est, le lien ici : 



Sources de l'article 

- Réseau International, le lien ici : Danger de guerre : l'appel désespéré de Poutine
- Russia Insader, le lien ici : In The Cross-Hairs, at Trigger Point

lundi 20 juin 2016

Une guerre nucléaire est-elle plausible ?

Pendant la crise de Cuba (1961), Nikita Khrouchtchev et John Kennedy dans un bras de fer nucléaire...
Dans un précédent article je partageais ici une analyse de Paul Craig concernant l''option nucléaire de plus en plus évoquée par les néoconservateurs étasuniens en cas de confrontation militaire avec la Russie.

Dans cette hypothèse, qu'en est -il exactement du rapport de force des 2 belligérants potentiels dans le domaine nucléaire ?

Dans l'échange "Thèse- Antithèse", l'ingénieur et analyste des systèmes Alexis Toulet, plus optimiste et qui veut démontrer ici que "équilibre de la Terreur" est toujours opérationnel...

Il oublie cependant un paramètre qui peut bousculer tous les engagements, promesses et risques paralysants : celui que la guerre et quel qu'en soit le prix soit l'unique et dernière chance pour la ploutocratie internationale de sauver son système moribond... 

Erwan Castel

Source, le lien ici : Le nœud gordien

Guerre nucléaire, la menace inexistante

Par Alexis Toulet – Le 16 juin 2016 – Source noeud-gordien.fr


Avec l’opposition entre Bloc atlantique et Russie au sujet de la crise ukrainienne, les manœuvres de pays de l’OTAN en Pologne, les projets de déploiement d’unités blindées OTAN dans les pays baltes et de défenses antimissile en Roumanie et en Pologne, les survols agressifs de navires américains par des chasseurs russes, non seulement les relations OTAN – Russie prennent progressivement la forme d’une Guerre Froide 2.0, mais de nombreux responsables et commentateurs s’inquiètent du risque d’affrontements escaladés jusqu’à l’emploi d’armes nucléaires.

Et en Russie comme en OTAN, on lance des déclarations ambiguës voire affirmatives et menaçantes – oui, si ceux d’en face continuent comme ça, on finira par en venir aux mains, puis au nucléaire !

Risque réel ou hystérie ?

Le président russe Vladimir Poutine l’a affirmé, lorsque des soldats russes ont pris le contrôle du parlement de Crimée à Simferopol et forcé l’organisation d’un référendum d’autodétermination, la Russie se tenait prête à riposteren cas d’intervention armée de l’OTAN en Crimée , y compris «en mettant en alerte le dispositif nucléaire».

Face aux déploiements prévus d’éléments de défense antimissile dans plusieurs pays d’Europe centrale et du nord, la Russie a explicitement averti Danemark, Norvège et Pologne qu’en cas de guerre, ces éléments présents sur leurs territoires pourraient devenir des cibles de frappes nucléaires.

L’ancien chef suprême adjoint de l’OTAN en Europe, le général britannique Sir Richard Shirreff, avertit que sauf à déployer des troupes dans les Pays Baltes, l’OTAN risquerait la guerre avec la Russie «d’ici un an», et que «ce serait une guerre nucléaire».


Les médias ne sont pas en reste, notamment en Russie où le présentateur vedette Dmitri Kisselev rappelait en mars 2014 sur la chaîne Rossiya 1 que la Russie pouvait réduire les États-Unis «en cendres radioactives». Qu’il se soit trompé de photo et ait proféré sa menace devant l’image d’un essai nucléaire… français à Mururoa rajoute à la bouffonnerie, mais ne diminue pas d’un iota l’agressivité du propos.

"En cendres radioactives" - TV russe, mars 2014, Dmitri Kisselev devant une photo prise à Mururoa
Ajoutons ce fait moins médiatisé mais qui attira beaucoup d’attention dans les milieux spécialisés et n’a certainement pas été oublié en Russie, la parution en 2006 de l’étude des chercheurs américains Keir A. Lieber and Daryl G. Press The End of MAD? The Nuclear Dimension of US Primacy (PDF en anglais) c’est-à-dire La fin de l’équilibre de la terreur? La dimension nucléaire de la primauté américaine. La thèse des deux auteurs étant que la dégradation des capacités nucléaires russes et surtout l’augmentation de la précision des missiles américains donnaient la possibilité aux États-Unis de détruire tout l’arsenal russe en une seule frappe surprise, laissant Moscou à leur merci, privé de tout moyen de riposte.

Keir Lieber et Daryl Press -
Washington pourrait attaquer impunément ?
Avec tous ces bruits belliqueux, l’inquiétude est bien compréhensible. C’est ainsi qu’un groupe de blogueurs d’origine russe vivant aux États-Unis, notamment Dmitry Orlov et Andrei Raevsky, publiaient au début de juin Un avertissement russe, exprimant leur vive inquiétude :

Nous, soussignés, sommes des Russes vivant et travaillant aux États-Unis. Nous avons suivi avec une inquiétude croissante les politiques actuelles des États-Unis et de l’OTAN qui nous ont placés sur une trajectoire de collision extrêmement dangereuse avec la Fédération de Russie, ainsi qu’avec la Chine.

Et continuant par de sévères mises en garde :

En cas d’attaque, la Russie ne reculera pas ; elle se vengera, et anéantira complètement les États-Unis. (…) les Russes n’ont plus de place laissée à la retraite. Ils ne vont pas attaquer ni, non plus, reculer ou se rendre. (…) si la Russie est attaquée, ou simplement menacée d’attaque, elle ne reculera pas, et (les dirigeants russes) lâcheront un barrage nucléaire duquel les États-Unis ne se remettront jamais.

Va-t-on en venir aux mains ? Les dirigeants américains ont-ils, comme le craignent Orlov et Raevsky, des tendances suicidaires ? Le président russe prépare-t-il une guerre d’agression dans les pays baltes et en Pologne ?

En réalité, le risque de guerre nucléaire entre États-Unis et Russie est aussi bas aujourd’hui qu’il y a cinq, dix ou vingt ans, ceci pour des raisons très concrètes, dont voici les principales :

  • La défense antimissile américaine ne peut annuler la dissuasion russe
  • La thèse de la primauté nucléaire américaine ne tient pas
  • Le risque d’invasion russe dans les pays baltes est inexistant
  • Le peuple américain refuserait un projet d’attaque américaine sur le territoire russe
  • Un éventuel affrontement armé américano-russe en Syrie ou ailleurs n’aurait aucune chance d’être nucléaire

Ce qui doit déboucher sur :

Conclusion – Du danger des distractions…


1. La défense antimissile américaine ne peut annuler la dissuasion russe

Point liminaire mais essentiel : le déploiement de missiles antimissiles en Europe centrale ne menace en rien la dissuasion nucléaire stratégique russe.

Il y a à cela plusieurs raisons, citons seulement la principale : la terre est ronde.

L’essentiel des missiles balistiques sol-sol russes sont basés au-delà de l’Oural. Une riposte nucléaire russe sur les États-Unis prendrait le plus court chemin, le seul que des missiles balistiques peuvent emprunter, et ce chemin passe par-dessus les pôles. Il ne s’approche pas de l’Europe centrale, et les missiles antimissiles que l’Amérique se prépare à baser là n’y pourraient strictement rien.

Bases russes de missiles balistiques intercontinentaux
Pour aller aux États-Unis ? C’est vers le Nord, pas vers l’Ouest !

Quant aux rares antimissiles longue portée que l’Amérique a basés sur son territoire, non seulement leurs performances contre des missiles dotés de leurres sont fortement sujettes à caution, mais étant si peu nombreux ils ne pourraient dans le meilleur des cas intercepter que quelques-unes des centaines d’ogives nucléaires que compterait une riposte massive.

Le même raisonnement s’applique aux missiles balistiques mer-sol, les SNLE russes étant basés dans l’Arctique, voire pour certains dans le Pacifique.

Pourquoi le gouvernement russe accorde-t-il alors une telle importance en paroles aux futurs antimissiles d’Europe centrale ? Il faudrait leur poser la question. Voici trois hypothèses – qui ne s’excluent nullement – à prendre en considération :

  • Ces défenses pourraient compliquer l’attaque par les Russes du second échelon d’une éventuelle invasion terrestre OTAN de la Russie
  • L’objectif est d’affirmer le principe comme quoi l’OTAN devrait respecter les traités et ne pas déployer d’unités militaires permanentes dans les pays de l’ancien Pacte de Varsovie
  • Il s’agit d’un discours à visée politique interne, visant à renforcer le soutien de la population russe à son gouvernement



2. La thèse de la primauté nucléaire américaine ne tient pas

L’étude de 2006 soutenant que l’équilibre de la terreur serait dépassé et les États-Unis auraient la possibilité de désarmer la Russie par une frappe nucléaire massive surprise appelle les remarques suivantes :

  • Elle a été réalisée par deux personnages dont aucun n’était militaire et aucun n’était ingénieur – Keir A. Lieber et Daryl G. Press sont tous deux diplômés de sciences politiques. Pour prendre une comparaison dans un contexte français, il faut imaginer que le ministère des Affaires Etrangères essaie d’apprendre leur métier à l’état-major des Armées ainsi qu’à la Direction générale de l’armement. Disons-le tout net : ils n’avaient pas les compétences nécessaires, et déjà à l’époque plusieurs avaient émis de forts doutes sur leur thèse.

  • Même ces auteurs avaient remarqué que leurs conclusions seraient ruinées si deux hypothèses fortes n’étaient pas vérifiées, soit l’absence de patrouille permanente par un SNLE russe, et l’absence de déploiement sur le terrain de missiles sol-sol mobiles russes

La Russie a retrouvé au plus tard en 2014, avec l’entrée en service du troisième bâtiment de type Boreï, la capacité d’effectuer des patrouilles permanentes de SNLE qu’elle avait perdue depuis plus d’une décennie, et elle a depuis 2006 multiplié les balistiques sol-sol mobiles, dont elle possédait 81 en janvier 2016, et dont une partie est très certainement déployée sur le terrain.

Bref, s’il s’agissait de mettre à jour l’étude de 2006, même ses auteurs devraient s’apercevoir que leurs élucubrations de l’époque ne tiennent pas.

Le Vladimir Monomaque, troisième SNLE du dernier type Boreï

3. Le risque d’invasion russe dans les pays baltes est inexistant

On cite la menace russe d’invasion des pays baltes, point de départ d’une éventuelle guerre à grande échelle entre Russie et pays de l’OTAN, guerre dont il est ensuite fortement suggéré qu’elle déboucherait sur des tirs nucléaires.

On cite cette menace surtout, soit dit en passant, si l’on est analyste à la RAND Corporation, le fameux think tank américain, et que l’on a un contrat à remplir…

C’est ainsi que la RAND publiait en début d’année les conclusions d’un wargame – une simulation – montrant que la Russie pourrait prendre Estonie et Lettonie en moins de trois jours, sans que leurs alliés de l’OTAN ne puissent s’y opposer, et conseillant d’installer dans la région jusqu’à «sept brigades, dont trois lourdes blindées, avec tout leur support aérien et autre» pour parer à ce risque. Voir Reinforcing deterrence on NATO’s eastern flank (PDF, en anglais)

Or cette menace est inexistante, pour des raisons politiques évidentes :

  • La Russie n’y a aucun intérêt – pas de base navale russe dont les droits pourraient être mis en question par un gouvernement hostile, comme Sébastopol en Crimée en 2014, non plus que de réserves de pétrole à placer sous contrôle comme en Irak en 2003. Rien que des populations fort méfiantes envers elle, et des minorités russophones dispersées, majoritaires nulle part, et d’ailleurs préférant l’accès à l’Union européenne dont elles jouissent aux bénéfices hypothétiques d’une inclusion dans la Fédération de Russie.
  • Quand bien même les Russes éliraient comme successeur de Vladimir Poutine un pensionnaire d’asile d’aliénés qui imaginerait d’occuper les Baltes, il ne pourrait qu’être arrêté par la garantie de sécurité que l’ensemble des pays de l’OTAN leur ont accordée.

Il faut ici éviter le piège tendu par les analystes de la RAND prétendant qu’il serait impossible de défendre ces pays. C’est bien entendu parfaitement possible. Simplement, cette défense ne pouvant arrêter une offensive initiale russe car réagissant trop lentement pour raison géographique se concentrerait sur la reconquête et la libération de ces pays.

L’opération serait certes sanglante, mais la Russie n’aurait aucune chance de parvenir à l’empêcher. La puissance militaire russe a été sous-estimée dans le passé, ce n’est pas une raison pour la surestimer maintenant.

Rappelons tout de même, pour prendre un exemple de comparaison, que suite à une interruption presque totale des achats de nouveaux avions de combat entre 1992 et 2008, l’armée de l’air russe dispose de moins de chasseurs modernes de moins de 25 ans d’âge que la seule armée de l’air française. Soit une centaine de Su-30 et Su-35 ainsi qu’environ 70 Su-34 à fin 2015 pour la Voïenno-vozdouchnye sily Rossiï, à comparer avec une centaine de Rafale et une centaine de Mirage 2000 produits dans les années 1990 pour l’Armée de l’air. Certes, la VVS compte aussi de nombreux appareils beaucoup plus vieux, qui peuvent encore être utiles contre des djihadistes, par exemple en Syrie, mais ils seraient rapidement abattus par un adversaire doté d’une défense aérienne moderne. Certes on modernise à tour de bras en Russie, mais même le résultat final de cette modernisation une fois achevée sera très loin d’être suffisant pour arrêter une offensive européenne décidée visant à libérer les pays baltes – sans même parler de l’armée américaine.


4. Le peuple américain refuserait un projet d’attaque américaine sur le territoire russe

Faut-il alors imaginer que ce soit l’OTAN, ou les États-Unis, qui lancent une offensive sur les terres russes, ou du moins attaquent les forces russes déployées à l’étranger ? La chose n’est théoriquement pas impossible, et quels que soient leurs déboires lorsqu’ils essaient d’occuper dans la durée un pays récalcitrant comme l’Irak ou l’Afghanistan, les États-Unis restent de très loin la première puissance militaire mondiale.

Il faut quand même se rendre compte des difficultés politiques.

Rappelons qu’en 2002-2003, le souvenir des attentats du 11 septembre 2001 était encore frais dans la conscience de la population américaine, et une propagande massive tentait de convaincre que Saddam Hussein avait eu quelque chose à y voir, ou encore qu’il avait des armes de destruction massives. Il a fallu des mois et des mois au gouvernement américain pour emporter l’assentiment de la majorité des Américains pour attaquer une puissance militaire de troisième ou quatrième ordre, l’Irak.

Et aujourd’hui que 9/11 est beaucoup plus lointain, alors que même la pire propagande ne parviendrait pas à établir un lien entre Russie et djihadisme, alors que les États-Unis ont connu bien des déconvenues militaires écœurant à l’avance une bonne partie de la population à l’idée de nouvelles aventures militaires, l’appareil de propagande américain parviendrait à obtenir l’assentiment de la population pour attaquer une puissance militaire de premier ordre, la Russie ?

Il faut quand même être sérieux : même pour les communicants les plus doués, c’est Mission impossible.


Américains pour la guerre en Ukraine
En mars 2014, seuls 8% des Américains étaient prêts à envisager une intervention militaire en Ukraine


5. Un éventuel affrontement armé américano-russe en Syrie ou ailleurs n’aurait aucune chance d’être nucléaire

Enfin, même dans ce cas qui reste improbable – même si le faucon Hillary Clinton était élue présidente – d’une guerre américano-russe dans un pays tiers loin de l’une comme de l’autre, par exemple en Syrie autour de zones d’interdiction de survol que les États-Unis imposeraient à l’allié syrien de Moscou, au risque bien compris de déclencher une guerre avec la Russie – idée que certains défendent aux États-Unis – cette guerre pour grave qu’elle soit n’aurait aucune chance de dériver vers un emploi du nucléaire.

Cela ne signifie pas bien entendu qu’une telle guerre ne serait pas sanglante – elle le serait – ni qu’elle n’aurait pas de conséquences – au contraire, son impact de long terme pourrait être profond. Simplement, cette guerre ne serait en aucun cas nucléaire.

Rappelons que la doctrine militaire russe – version de décembre 2014 – affirme que le nucléaire sera utilisé si la survie de la nation est en jeu – et seulement dans ce cas (PDF, en russe)

La Russie se réserve le droit de se servir de son arme nucléaire en riposte à une attaque à l’arme nucléaire ou à une autre arme de destruction massive, réalisée contre elle et/ou ses alliés, ainsi qu’en cas d’une agression massive à l’arme conventionnelle mettant en danger l’existence même de l’État.

Passer au nucléaire uniquement parce qu’une intervention extérieure a échoué, ce n’est tout simplement pas la politique russe. Et les États-Unis non plus n’envisagent pas d’utiliser le nucléaire pour des raisons aussi futiles, surtout pas contre un pays qui en disposerait. Suite à leurs échecs en Irak, en Afghanistan et avant cela au Vietnam, nul à Washington n’a d’ailleurs ne serait-ce qu’évoqué la possibilité d’une vengeance nucléaire.

Il faut se souvenir que des guerres directes entre puissances nucléaires ont déjà eu lieu, en 1969 à la frontière soviéto-chinoise notamment, ainsi qu’en 1999 à la frontière indo-pakistanaise. Dans chaque cas, le protagoniste vaincu et humilié -–Chine et Pakistan, respectivement – s’est bien gardé d’escalader la guerre, surtout pas en utilisant des armes nucléaires. C’est justement que leur effet de terreur réprimait les envies les plus vives de continuer à en découdre.

On pourrait encore rappeler la guerre du Kippour en 1973, où certes seul l’un des protagonistes disposait d’armes nucléaires – Israël – mais où ce sont tous les autres qui l’ont attaqué et par surprise. Et Israël s’est bien défendu sans utiliser l’arme atomique.


Conclusion – Du danger des distractions…

Les fausses alertes d’un risque de dérive vers une guerre nucléaire sont-elles alors inoffensives ? Peut-on les négliger ?

Non, elles sont dangereuses indirectement – parce qu’elles sont de puissantes distractions.

Or la vérité est que l’humanité court des dangers bien réels et beaucoup plus sérieux ceux-là, liés au risque d’effondrement financier entraînant un effondrement industriel, au plafonnement des extractions d’énergie fossile en attendant leur décroissance, au réchauffement séculaire en cours et aux autres détériorations écologiques qui risquent de finir par réduire la population humaine de force. Et tout ce qui détourne l’attention de ces risques-là, et de ce qu’il faudrait faire pour y parer, ou du moins limiter conséquences et dégâts autant que faire se peut, est perte de temps.

Il est d’autant plus important de dégonfler les baudruches des risques qui ne se posent pas, et une guerre nucléaire est de ceux-là.

Alexis Toulet