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lundi 27 juin 2016

La main tendue de Vladimir


Source, le lien ici : Le Saker francophone

«...Si nous continuons à agir selon cette logique, celle de l’escalade des tensions, et à redoubler d'efforts pour s’effrayer les uns les autres, alors un jour adviendra une guerre froide. Notre logique est totalement différente. Elle est axée sur la coopération et la recherche de compromis…

L'Amérique est une grande puissance, peut-être aujourd'hui la seule superpuissance. Nous acceptons cela. Nous voulons travailler avec les États-Unis et nous y sommes prêts.» – 

Vladimir Poutine.

Le 20 juin 2016 – East west accord.

Le journaliste de CNN, Fareed Zakaria :

– Président Poutine, permettez-moi de vous poser une question très simple. Depuis 2014, vous subissez les sanctions de l’Union européenne et des États-Unis contre la Russie. L’OTAN a annoncé cette semaine qu’elle allait installer des forces armées dans les États qui bordent la Russie. La Russie procède à son propre renforcement militaire. Nous installons-nous dans guerre froide de faible intensité entre l’Occident et la Russie ?

Vladimir Poutine : – Je ne veux pas croire que nous nous dirigions vers une autre guerre froide, et je suis sûr que personne ne le veut. De notre côté, certainement pas. Il n’y en a pas besoin. La logique maîtresse du développement des relations internationales veut que, aussi dramatiques qu’elles puissent paraître, ce ne soit pas une logique de confrontation mondiale. Mais quelle est la racine du problème ?


Je vais vous le dire. Mais nous allons d’abord devoir remonter le temps. Après l’effondrement de l’Union soviétique, nous espérions la prospérité générale et la confiance internationale. Malheureusement, la Russie a dû faire face à de nombreux défis qui sont, en termes modernes, la politique économique, sociale et intérieure. Nous sommes contre le séparatisme, le radicalisme, l’agression par le terrorisme international, parce que, sans aucun doute, nous nous battions contre des militants d’al-Qaïda dans le Caucase, c’est un fait évident, et il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet. Mais au lieu d’avoir l’appui de nos partenaires dans notre lutte contre ces problèmes, nous sommes malheureusement tombés sur quelque chose de totalement différent : le soutien aux séparatistes. On nous a dit  : «Nous n’avons pas de relations avec vos séparatistes au plus haut niveau politique, seulement au niveau technologique.»

Très bien, nous apprécions cela. Mais nous avons vu aussi un soutien au niveau du renseignement, un soutien financier et un soutien administratif.

Plus tard, après avoir réglé ces problèmes, nous avons traversé de graves difficultés, nous avons affronté autre chose. L’Union soviétique a disparu ; le Pacte de Varsovie a cessé d’exister. Pourtant, pour une raison quelconque, l’OTAN a continué à étendre son infrastructure vers les frontières de la Russie. Cela a commencé bien avant hier. Le Monténégro est devenu membre [de l’OTAN]. Mais qui menaçait le Monténégro ? Vous voyez, notre point de vue est totalement ignoré.

Un autre problème, tout aussi important, peut-être même le problème le plus important, est le retrait unilatéral [de la part des États-Unis] du traité ABM. Le traité ABM a été établi entre l’Union soviétique et les États-Unis pour une bonne raison. Deux régions ont été autorisées à rester en place – Moscou et le site des silos ICBM américains.

Ce traité a été conçu pour établir un équilibre stratégique dans le monde. Cependant, ils ont quitté unilatéralement le traité, en disant d’une manière amicale : «Ce n’est pas dirigé contre vous. Vous souhaitez développer des armes offensives, et nous nous assurons qu’elles ne nous visent pas.»

Vous savez pourquoi ils ont dit cela ? C’est simple : personne ne s’attendait à ce que la Russie du début des années 2000, quand elle était occupée avec ses problèmes intérieurs, déchirée par des conflits internes, des problèmes politiques et économiques, torturée par des terroristes, puisse restaurer son secteur de la défense. De toute évidence, personne ne soupçonnait que nous étions en mesure de maintenir nos arsenaux, et encore moins de produire de nouvelles armes stratégiques. Ils pensaient qu’ils allaient renforcer leurs forces de défense antimissile de manière unilatérale, tandis que nos arsenaux diminueraient.

Tout cela a été fait sous le prétexte de la lutte contre la menace nucléaire iranienne. Qu’est devenue la menace nucléaire iranienne maintenant ? Il n’y en a pas, mais le projet se poursuit quand même. C’est ainsi que cela se déroule, étape par étape, l’une après l’autre, et ainsi de suite.

Ensuite, ils ont commencé à soutenir toutes sortes de révolutions de couleur, y compris le soi-disant Printemps arabe. Ils l’ont ardemment appuyé. Combien de choses positives avons nous entendues sur ce qui se passait là bas ? Où cela nous a-t-il-menés ? Au chaos.

Je ne cherche pas à jeter le blâme maintenant. Je veux simplement dire que si cette politique d’actions unilatérales continue et si des mesures sur la scène internationale, qui sont très sensibles à la communauté internationale, ne sont pas coordonnées, alors de telles conséquences sont inévitables. Au contraire, si nous nous écoutons les uns les autres et cherchons l’équilibre des intérêts de chacun, cela ne se produira pas. Oui, c’est un processus difficile, le processus de parvenir à un accord, mais c’est la seule voie vers des solutions acceptables.

Je crois que si nous veillons à une telle coopération, il n’y aura pas de raisons de parler de guerre froide. En plus, depuis le Printemps arabe, ils se sont encore approchés de nos frontières. Pourquoi ont-ils soutenu le coup d’État en Ukraine ? J’en ai souvent parlé. La situation politique interne de ce pays est compliquée et l’opposition, qui est au pouvoir maintenant, y aurait très probablement accédé démocratiquement, par des élections. Tout simplement. Nous aurions travaillé avec eux, comme nous avons travaillé avec le gouvernement qui était au pouvoir avant le président Ianoukovitch.

Mais non, il a fallu qu’ils fassent un coup d’État, avec les pertes que cela entraîne, l’effusion de sang, une guerre civile, et l’effroi de la population russophone du sud-est et de la Crimée. Tout cela, pour quoi faire ? Et après, nous avons dû tout simplement prendre des mesures pour protéger certains groupes sociaux. Mais ils ont commencé à aggraver la situation, la tension a monté. À mon avis, c’est fait, entre autres, pour justifier l’existence du bloc de l’Atlantique Nord. Ils ont besoin d’un adversaire extérieur, un ennemi extérieur, sinon pourquoi cette organisation serait elle nécessaire ? Il n’y a plus de Pacte de Varsovie, plus d’Union soviétique, alors, contre qui est-elle dirigée ?

Si nous continuons à agir selon cette logique, celle de l’escalade [des tensions], et à redoubler d’efforts pour nous effrayer les uns les autres, alors un jour adviendra une guerre froide. Notre logique est totalement différente. Elle est axée sur la coopération et la recherche de compromis. (Applaudissements.)


– Alors laissez-moi vous demander, Monsieur le Président, quel est le moyen d’en sortir ? Parce que j’ai lu l’interview que vous avez donnée à Die Welt, le journal allemand, dans laquelle vous avez déclaré que le principal problème est que les Accords de Minsk n’ont pas été mis en œuvre par le gouvernement en Ukraine, par Kiev, les réformes constitutionnelles. De l’autre côté, ils disent que dans l’Est de l’Ukraine, la violence n’a pas baissé, que les séparatistes ne se restreignent pas non plus, et qu’ils pensent que la Russie devrait les aider. Donc, puisqu’aucune des deux parties ne semble vouloir reculer, est-ce que les sanctions devront tout simplement continuer, est-ce que cette guerre froide de faible intensité devra aussi continuer ? Quel est le moyen d’en sortir ?

– Et tout cela concerne des gens, peu importe comment vous les appelez. Cela concerne des gens qui essaient de protéger leurs droits et intérêts légaux, qui craignent la répression si ces intérêts ne sont pas respectés au niveau politique.

Si nous examinons les accords de Minsk, il n’y a que quelques clauses, et nous avons tous discuté de ces clauses toute la nuit. Quelle était la pomme de discorde ? Quelle clause est d’une importance primordiale ? Nous avons convenu, en fin de compte, que les solutions politiques qui assurent la sécurité des personnes vivant dans Donbass étaient la priorité.

Quelles sont ces solutions politiques ? Elles sont définies en détail dans les accords. Des amendements constitutionnels devaient être adoptés d’ici la fin de 2015. Mais où sont-ils ? On ne les voit nulle part. La loi sur le statut spécial pour ces territoires, que nous appelons républiques non reconnues, aurait dû être mise en pratique. La loi a été adoptée par le parlement du pays, mais n’est pas encore entrée en vigueur. Il aurait fallu une loi d’amnistie. Elle a été adopté par le parlement ukrainien, mais n’a jamais été signée par le président, elle n’est donc pas appliquée.

De quel genre d’élections parlons-nous ? Quel genre de processus électoral peut être organisé lors d’une opération anti-terroriste ? Quel pays fait cela ? Nous n’en parlerons pas ici, mais quel pays organise une campagne électorale alors qu’une opération anti-terroriste se déroule sur son territoire ?

Elles [les élections] doivent être annulées et notre travail doit se concentrer sur la restauration économique et humanitaire. Rien n’est fait, rien du tout. La violence sur les lignes de front n’est qu’une excuse pour que ces problèmes continuent. Ce qui se passe en réalité, est que les deux parties s’accusent mutuellement d’ouvrir le feu. Pourquoi pensez-vous que ce soient les séparatistes qui tirent en premier ? Si vous leur demandez, ils disent  : «Ce sont les forces du gouvernement ukrainien, l’armée ukrainienne qui a commencé.»

Un côté ouvre le feu, l’autre côté répond – c’est ce que signifie un échange de tirs. Pensez-vous que cela doit être une raison suffisante pour retarder les réformes politiques ? Au contraire, les réformes politiques qui constitueront le fondement d’un règlement final sur la sécurité sont la priorité urgente.

Certaines choses doivent être faites en parallèle. Je suis d’accord avec M. Porochenko sur le fait que la mission de l’OSCE doit être renforcée au point d’autoriser des observateurs de l’OSCE à porter des armes. D’autres choses peuvent être faites pour améliorer la sécurité. Mais nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à ne pas implémenter des décisions politiques clé, en invoquant le manque de sécurité dans la région. Voilà. (Applaudissements.)


– Il y a tellement de domaines à couvrir avec vous, Monsieur le Président, alors laissez-moi aller au Moyen-Orient, où la Russie a procédé à une intervention musclée pour soutenir le régime Assad. Le président Assad dit maintenant que son but est de reprendre chaque mètre carré de son territoire. Croyez-vous que la solution en Syrie, est que le régime Assad reprenne et gouverne chaque mètre carré en Syrie ?

– Je pense que le problème de la Syrie, bien sûr, concerne surtout la lutte anti-terroriste, mais il n’y a pas que cela. Il va sans dire que le conflit syrien est enraciné dans des contradictions au sein de la société syrienne, et le président Bachar al-Assad le comprend très bien. La tâche n’est pas seulement d’étendre le contrôle sur différents territoires, même si c’est très important. La tâche est d’assurer la confiance de la société tout entière et la confiance entre les différentes parties de cette société, et d’établir sur cette base un gouvernement moderne et efficace, qui sera approuvé par l’ensemble de la population du pays. Et les négociations politiques sont la seule voie à cet égard. Nous l’avons souligné plus d’une fois. Le président al-Assad a également parlé à ce sujet – il est d’accord avec ce processus.

Qu’est-ce qui doit être fait aujourd’hui ? Il est nécessaire de supporter plus activement le processus de formation de la nouvelle constitution et de mener, sur cette base, les futures élections, à la fois présidentielle et parlementaire. Lorsque le président al-Assad était à Moscou, nous en avons parlé avec lui et il est entièrement d’accord avec cela. En outre, il est extrêmement important de procéder à des élections sous contrôle international strict, avec la participation de l’Organisation des Nations Unies. Hier, nous avons discuté de cette question en détail avec M. de Mistura et le Secrétaire général de l’ONU. Ils sont tous d’accord avec cela, mais nous avons besoin d’action. Nous espérons vivement que nos partenaires, principalement les États-Unis, vont travailler avec leurs alliés qui soutiennent l’opposition et les encourager à une coopération constructive avec les autorités syriennes.

Qu’entendons-nous par là ? En général, quand je demande à mes collègues : «Pourquoi faites-vous ça ?», Ils répondent  : «Pour affirmer les principes de la démocratie. Le régime du président al-Assad n’est pas démocratique et le triomphe de la démocratie doit être assuré.» Très bien. «La démocratie est-elle partout ?» «Non, pas encore, mais la démocratie doit exister en Syrie.» «OK. Et comment fabriquez-vous une société démocratique ? Est-il possible d’y parvenir par la force des armes ou tout simplement par la force ?» «Non, cela ne peut se faire qu’avec l’aide des institutions et des procédures démocratiques.» Et quelles sont-elles ? Il n’y a pas de façon plus démocratique de former un gouvernement que des élections sur la base du droit fondamental : une Constitution formulée de façon claire, qui est transparente et acceptée par la majorité écrasante de la société. Définir la Constitution et organiser des élections sur cette base. Qu’y a-t-il de mauvais à cela, surtout si elles sont faites sous contrôle international ?

Parfois, nous entendons que certains pays de la région ne comprennent pas complètement ce qu’est la démocratie. Est-ce que nous voulons remplacer un régime non démocratique avec un autre non démocratique ? Et si nous voulons vraiment promouvoir le principe de la démocratie, alors nous devons le faire par des moyens démocratiques. Mais compte tenu du fait que ce processus est compliqué et que les résultats ne viendront pas demain ni après-demain, il faudra du temps, alors nous avons besoin de faire quelque chose dès aujourd’hui. Je suis d’accord avec les propositions de nos partenaires, principalement nos partenaires américains, qui suggèrent (je ne sais pas, peut-être que je suis en train de trop en dire, bien que, d’autre part, cette proposition des États-Unis soit connue dans la région, et les négociateurs des deux parties – le gouvernement et l’opposition – sont familiers avec elle et je la considère absolument acceptable), d’envisager la possibilité d’installer des représentants de l’opposition dans les structures de pouvoir existantes, comme par exemple le gouvernement. Il est nécessaire de penser aux pouvoirs que ce gouvernement exercera.

Cependant, il est important de ne pas aller trop loin. Il est nécessaire de procéder à partir des réalités actuelles et de s’abstenir de déclarer des objectifs irréalistes, donc irréalisables. Beaucoup de nos partenaires disent qu’Assad devrait partir. Aujourd’hui, ils disent d’accord, nous allons restructurer les institutions de telle ou telle façon, mais en termes pratiques, cela se traduira également par son départ. Mais cela aussi est irréaliste. Par conséquent, il est nécessaire d’agir avec prudence, étape par étape, de gagner progressivement la confiance de toutes les parties prenant part au conflit.

Si cela se produit, et je pense que cela se produira de toutes façons, et le plus tôt sera le mieux, il sera possible d’aller plus loin et de parler d’élections ultérieures et de règlement final. Le point principal est de prévenir l’effondrement du pays. Mais si les choses continuent d’aller comme aujourd’hui, l’effondrement deviendra inévitable. Et ceci est le pire des cas, parce que nous ne pouvons pas prétendre qu’après l’effondrement du pays, des formations quasi-étatiques puissent coexister dans la paix et l’harmonie. Non, ce sera un facteur de déstabilisation pour la région et le reste du monde.


– Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous demander de nous parler d’une autre démocratie, qui vit un tout autre genre de drame. Vous avez fait des commentaires sur le candidat républicain américain, Donald Trump. Vous avez dit qu’il était brillant, remarquable, talentueux. Ces commentaires ont été rapportés dans le monde entier. Je me demandais, ce qui vous a amené à cette opinion, et l’avez-vous encore ?

– Vous êtes bien connu dans votre pays, vous, personnellement. Non seulement en tant qu’hôte d’une grande société de télévision, mais aussi en tant qu’intellectuel. Alors pourquoi déformez-vous tout ? Le journaliste en vous obtient le meilleur de l’analyste. Écoutez ce que j’ai vraiment dit. J’ai dit, en passant, que Trump est une personnalité vivante. N’est ce pas exact ? Si. Je ne lui ai attribué aucune autre caractéristique. Cependant, ce que je constate vraiment et ce que je salue certainement – et je ne vois rien de mal à ce sujet, au contraire – c’est que M. Trump a déclaré qu’il est prêt à une restauration à grande échelle des relations russo-américaines. Quel est le problème avec ça ? Nous nous félicitons de cela ! Pas vous ?

Nous n’intervenons pas dans la politique intérieure des autres pays, en particulier les États-Unis. Cependant, nous travaillerons avec le président que le peuple des États-Unis élira, quel qu’il soit. Bien que je ne pense pas, par ailleurs, que… Bon, ils sermonnent tout le monde sur la façon de vivre et sur la démocratie. Maintenant, pensez-vous vraiment que les élections présidentielles là-bas soient si démocratiques ? Regardez, par deux fois dans l’histoire des États-Unis, un président a été élu par une majorité d’électeurs, mais ces électeurs étaient soutenus par un plus petit nombre d’électeurs. Est-ce cela, la démocratie ? Et quand (nous avons parfois des débats avec nos collègues, nous n’accusons personne de quoi que ce soit, nous avons simplement des débats), on nous dit : «Ne vous mêlez pas de nos affaires. Mêlez vous de vos propres affaires. C’est comme cela que nous faisons», nous nous voyons répondre : «Eh bien alors, dans ce cas, ne vous mêlez pas non plus de nos affaires. Pourquoi le faites-vous ? Mettez d’abord votre propre maison en ordre».

Mais, pour insister, ce ne sont pas nos affaires même si, à ce que j’en sais, les procureurs eux-mêmes chassent les observateurs internationaux loin des bureaux de vote lors des campagnes électorales. Les procureurs américains menacent de les emprisonner. Cependant, ce sont leurs propres problèmes. Voici comment ils font les choses et ils aiment que ce soit comme ça. L’Amérique est une grande puissance, peut-être aujourd’hui la seule superpuissance. Nous acceptons cela. Nous voulons travailler avec les États-Unis et nous y sommes prêts. Peu importe la façon dont ces élections se tiendront, elles finiront par avoir lieu. Il y aura un [nouveau] chef de l’État avec des pouvoirs étendus. Il existe des processus politiques et économiques internes complexes à l’œuvre aux États-Unis. Le monde a besoin d’un pays puissant comme les États-Unis, et nous en avons également besoin. Mais nous n’avons pas besoin qu’ils interfèrent de façon continue dans nos affaires, nous disent comment vivre, et empêcher l’Europe de construire une relation avec nous.

De quelle manière les sanctions que vous avez mentionnées affectent-elles les États-Unis ? En aucune manière. Ils n’en ont rien à faire de ces sanctions, parce que les conséquences de nos actions en réponse n’ont aucune incidence sur eux. Elles se répercutent sur l’Europe, mais pas sur les États-Unis. Zéro effet. Cependant, les Américains disent à leurs partenaires  : «Soyez patients». Pourquoi devraient-ils l’être ? Je ne comprends pas. Laissez-les faire ce qu’ils veulent.

Matteo [Renzi], pourquoi devraient-ils être patients ? Maintenant Matteo va vous expliquer pourquoi ils devraient être patients. C’est un brillant orateur, nous allons le voir. Ses remarques ont été excellentes. Je dis cela sincèrement, honnêtement. L’Italie peut être fière de son Premier ministre, vraiment. Tout simplement magnifique.

Nous ne faisons l’éloge d’aucun candidat à la présidentielle américaine. Ce ne sont pas nos affaires. Comme disent les Allemands : ce n’est pas notre bière. Parce que, quand ils auront fait leur choix, nous allons travailler avec un président qui a reçu le soutien du peuple américain, dans l’espoir que ce sera une personne qui cherche à développer des relations avec notre pays et aide à construire un monde plus sûr.


– Juste pour être clair, Monsieur le Président, le mot brillant était dans la traduction Interfax, je me rends compte que les autres traductions pourraient dire lumineux, mais j’ai utilisé la traduction officielle d’Interfax. Mais permettez-moi de vous poser des questions sur une autre personne avec laquelle vous avez beaucoup traité. M. Trump, vous ne l’avez jamais rencontré. Hillary Clinton était secrétaire d’État. Dans vos très longues questions et réponses avec le peuple russe, vous avez fait une blague, quand quelqu’un vous a posé une question à son sujet – vous avez dit, je pense que c’est une expression russe, le mari et la femme sont le même diable. Et ce que cela signifie, dans la version anglaise, qu’ils sont les deux côtés de la même médaille. Qu’est-ce que vous entendez par là, et que pensez-vous d’elle en tant que secrétaire d’État ? Vous avez beaucoup négocié avec elle.

– Je n’ai pas travaillé avec elle, c’est Lavrov qui l’a fait. Demandez-lui. Il est assis ici.

Je n’étais pas ministre des Affaires étrangères, c’est Sergeï Lavrov qui l’était. Il va bientôt rattraper [l’ancien ministre soviétique des Affaires étrangères, Andrei] Gromyko. (S’adressant à Sergeï Lavrov.) Depuis combien de temps es-tu à ce poste ?

J’ai travaillé avec Bill Clinton, mais pour un temps très court, et nous avons eu une très bonne relation. Je peux même dire que je lui suis reconnaissant pour certains moments, alors que je venais d’entrer juste sur la grande scène politique. A plusieurs reprises, il a montré des signes d’attention, de respect pour moi personnellement, ainsi que pour la Russie. Je m’en souviens et lui en suis reconnaissant.

A propos de Mme Clinton. Peut-être qu’elle a son propre point de vue sur le développement des relations russo-américaines. Vous savez, il y a quelque chose sur laquelle je voudrais attirer [votre] attention, qui n’a rien à voir avec les relations russo-américaines ou avec la politique nationale. Elle est plutôt liée à ma stratégie personnelle.

Dans mon expérience, j’ai souvent observé comment sont les gens, avant qu’ils ne prennent un nouveau travail et ce qu’ils deviennent par la suite. Souvent, vous ne les reconnaissez plus, car une fois qu’ils atteignent un certain niveau de responsabilité, ils commencent à parler et à penser différemment, ils ont même un aspect physique différent. Nous agissons suivant l’hypothèse que le sens de la responsabilité du chef d’État américain, la tête du pays dont beaucoup dans le monde dépend aujourd’hui, que ce sens de la responsabilité encouragera le président nouvellement élu à coopérer avec la Russie et, je voudrais le répéter, à construire un monde plus sûr.


– Président Poutine, permettez-moi enfin de vous poser une question au sujet des reportages sur les athlètes russes. Il y a maintenant deux grandes enquêtes, qui ont montré que les athlètes russes se sont engagés dans un dopage à grande échelle et qu’il y a eu fraude systématique et trucage des échantillons de test et de laboratoire. Et je me demandais quelle est votre réaction à ces rapports.

– Je ne comprends pas, de quel genre de programme il s’agit, qui permet de manipuler les échantillons qui ont été prélevés pour des tests ? Si des échantillons sont recueillis, ils doivent immédiatement être transférés à des organisations internationales pour le stockage et on n’a plus rien à voir avec eux. Les échantillons sont prélevés et emmenés quelque part, à Lausanne ou ailleurs, je ne sais pas où, mais ils ne sont pas sur le territoire russe. Ils peuvent être ouverts, vérifiés, et c’est ce que les spécialistes font maintenant.

Le dopage n’est pas qu’un problème russe. C’est un problème qui concerne l’ensemble du monde sportif. Si quelqu’un essaie de politiser quelque chose dans ce domaine, je pense que c’est une grosse erreur, parce que tout comme la culture, par exemple, le sport ne doit pas être politisé. Ce sont des ponts qui rassemblent les gens, les nations et les États, les rapprochent. C’est la bonne façon de l’aborder, et non pas en essayant de forger une certaine stratégie anti-russe, ou anti-quoi que ce soit, sur cette base.

Quant aux autorités russes, je peux vous assurer que nous sommes catégoriquement contre tout dopage, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, en tant qu’ancien athlète amateur, je peux vous dire, et je pense que la grande majorité des gens seront d’accord avec ceci : si nous savons qu’il y a dopage, il n’est plus intéressant de regarder l’événement ; des millions de fans perdent l’intérêt pour le sport.

Deuxièmement, non moins important, et peut-être même le plus important, il y a la santé des athlètes eux-mêmes. Vous ne pouvez pas justifier tout ce qui nuit à la santé. C’est la raison pour laquelle nous avons combattu et nous continuerons à lutter contre le dopage dans le sport au niveau national.

En outre, pour autant que je sache, le bureau du procureur général et la commission d’enquête ont observé de près tous les faits rapportés dans les médias, entre autres. Simplement, cela ne doit pas être transformé en une campagne, notamment une campagne dénigrant le sport, y compris le sport russe.

Ensuite, le troisième point que je voudrais soulever. Il est un concept juridique qui dit que la responsabilité ne peut être qu’individuelle. La responsabilité collective ne peut pas être imposée à tous les athlètes ou aux athlètes d’une fédération de certains sports, si certains individus ont été pris en flagrant délit de dopage. Une équipe entière ne peut pas être tenue pour responsable des individus qui ont commis cette infraction. Je crois que c’est une approche tout à fait naturelle, correcte.

Cependant, le dopage n’est pas le seul problème aujourd’hui. Il y a beaucoup de problèmes dans le sport. L’Euro 2016 est en cours. Je crois que moins d’attention est accordée au football qu’aux bagarres entre les fans. C’est très triste et je le regrette, mais là aussi, nous devons toujours procéder selon certains critères généraux. Pour rappel, la responsabilité pour faute doit être individualisée, autant que possible, et l’approche à l’égard des auteurs devrait être la même.

L’Euro 2016 a commencé par une affaire très médiatisée  : un combat entre les fans russes et britanniques. C’est absolument scandaleux. Certes, je ne sais pas comment 200 fans russes ont pu tabasser plusieurs milliers de Britanniques. Je ne comprends pas. Mais dans tous les cas, les organismes d’application de la loi devraient adopter la même approche envers tous les auteurs.

C’est la façon dont nous avons organisé ce travail et nous continuerons à lutter contre le dopage et à faire respecter la discipline parmi les fans. Nous allons travailler avec ces associations de supporters. J’espère vivement qu’il y a beaucoup de gens intelligents et sensibles parmi les fans, qui aiment vraiment le sport et qui comprennent que les infractions ne soutiennent pas leur équipe, mais, au contraire, lui causent des dommages, à l’équipe et au sport. Cependant, beaucoup reste encore à faire ici, y compris en collaboration avec nos collègues [étrangers].

Je tiens à souligner qu’il n’y a absolument aucun soutien et qu’il ne doit y avoir absolument aucun soutien pour les infractions dans le sport, en particulier le dopage, au niveau de l’État. Nous avons travaillé et nous continuerons à travailler avec toutes les organisations internationales dans ce domaine.


– Eh bien, nous avons eu une discussion très large, et il y a eu des points de désaccord, puis des points d’accord profond, comme sur la qualité des femmes qualifiées Kazakh à gouverner le monde. Président Poutine, je me demandais si vous aviez quelques dernières pensées à nous faire connaître et puis nous terminerons cette session.

– Tout d’abord, je voudrais remercier tous ceux qui sont venus à Saint-Petersbourg.

Je tiens à remercier notre modérateur. Je pense que nous avons eu une discussion très animée. Nous sommes d’accord sur certains points et en désaccord sur d’autres, mais il y a plus de choses qui nous unissent – c’est absolument évident.

Notre ami italien m’a fait un peu peur vers la fin, en disant qu’à moins qu’elle ne change, l’Europe n’existera plus. Cela semble inquiétant, mais pour être honnête, je ne pense pas que ce soit le cas – après tout, l’Europe est l’Europe. Les fondations de son économie ne nous donnent pas de raison de croire que l’Europe viendra à une fin, à aucun moment, quels que soient les processus internes qui s’y déroulent. Elle est notre principal partenaire commercial et économique. Il est clair que les dirigeants européens veulent acquérir une certaine dynamique, tout comme nous en Russie, voulons certainement la même chose. Dans mon discours, j’ai décrit comment nous allons y parvenir.

Vous savez, il est symptomatique qu’aujourd’hui, nous ayons ici le dirigeant d’un pays européen (et un pays qui se développe assez rapidement) – l’Italie, et le dirigeant du Kazakhstan – notre partenaire le plus proche et un allié avec lequel nous sommes en train de construire un partenariat d’intégration. Aujourd’hui, nous sommes réunis tous ensemble. Cette situation est symptomatique, parce que nous devons concentrer notre attention sur la réunion de nos forces pour le bien du développement, si nous voulons y arriver.

Pour sa part, la Russie fera tout pour suivre précisément cette route, se développer activement intérieurement tout en restant ouvert à la coopération avec tous nos partenaires.

Un grand merci à vous tous et bonne chance.

Vladimir Poutine.

vendredi 24 juin 2016

Le cri d'alarme de Vladimir Poutine

La menace d'une nouvelle guerre mondiale est bien réelle


Ce 21 juin 2016, le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, lors d'une rencontre les représentants de divers médias internationaux, a demandé aux journalistes d'ouvrir les yeux et de rendre compte véritablement de la réalité d'une menace de guerre nucléaire imminente.

"Réveillez-vous !"

Le ton du Président russe est quelque peu inhabituel, car il a quasiment supplié les responsables des grands médias d'ouvrir les yeux sur les conséquences catastrophiques de la politique de réarmement de l'Europe entreprise par les USA et l'OTAN. «Mais arrêtez de mentir, dites la vérité à vos peuples sur le danger imminent qui nous menace tous !» a lancé Vladimir Poutine en faisant appel à l'éthique du métier de journaliste.

Et le Président de la Fédération de Russie de rappeler dans le détails  à ses interlocuteurs la nature des menaces subies par les peuples de Russie, suite à la stratégie d'extension militaire de l'OTAN et à la gestion belliciste des crises ukrainiennes et syriennes notamment par l'administration étasunienne.

Après avoir balayé la fausse menace d'une menace iranienne, leitmotiv de la propagande de guerre menée par Washington, le Président Russe a abordé le dossier de la sécurité en Europe. 

«Je ne sais plus quoi faire pour vous convaincre» a martelé Vladimir Poutine rappelant avec soin la menace que constitue l'installation récente des systèmes de missiles stratégiques étasuniens de type Aegis à portée de tir des centres névralgiques de la Russie...

«Leur système est désormais opérationnel et leurs missiles ont une portée de 500 km, dit-il. Les missiles de nouvelle génération atteindront bientôt une portée de 1000 km, puis davantage encore et, à partir de ce moment-là, ils menaceront directement la Russie et son potentiel de dissuasion nucléaire.»

En effet, la menace iranienne tant décriée par l'administration étasunienne n'est en fait qu'un prétexte pour installer les bases de missiles officiellement "défensives" en Europe de l'Est, face à la Russie (voir la carte ci dessous). 

Cette nouvelle crise des missiles, qui intervient 54 ans après celle de Cuba, semble arriver à un point de rupture entre Washington et Moscou, avec notamment, sur fond de crise ukrainienne, l'installation de lanceurs terrestres Aegis ("Aegis Ashore") en Roumanie  sur la base aérienne de Deveselu le 12 mai dernier. Le déploiement de ce qui qui est annoncé un "bouclier anti-missiles" mais dont même Lockheed Martin, le constructeur de ces lanceurs verticaux Mk41 reconnait sa capacité offensive 

De plus, cette base de missiles déployée en Roumanie par les USA n'est qu'un élément d'une ceinture stratégique plus vaste, déployée en Turquie (déjà opérationnelle) et prochainement en Pologne et complémentaire des systèmes d'armes embarqués à bord des navires et sous marins de l'OTAN qui occupent de plus en plus les mers Noire et Baltique et de façon quasi permanente.

Cette nouvelle menace stratégique dirigée la Russie n'est pas seulement une réanimation de la Guerre froide mais une violation flagrante des traités de paix signés précédemment entre l'Est et l'Ouest comme le Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires(1987) qui avait permis le retrait des missiles Perching et SS20 du théâtre européen.

Inauguration de la base de missiles US sur la base aérienne de Deveselu le 12 mai dernier
«Comment pouvez-vous ne pas comprendre que le monde est en train d’être poussé dans une direction irréversible» a signalé à ce sujet le Président Poutine,car il est de sa responsabilité et son devoir de répondre à cette menace en déployant à son tour des systèmes de défense russe adéquats, et c'est l'escalade...

Le problème est la faible profondeur stratégique dont dispose la Russie sur son flanc occidental, Moscou et Saint Petersbourg par exemple ne sont qu'à quelques centaines de kilomètres des frontières avec l'OTAN. Aussi, le déploiement de missiles stratégiques par Washington en Europe de l'Est revient pour Moscou à vivre avec un revolver sur la tempe !

A l'heure où la Grande Bretagne fait sécession de sa tutelle étasunienne en Europe, le Président Poutine invite les pays européens à se libérer de la camisole de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord qui les entraîne par un homme-lige militaire dans un piège où leur sera imposé une confrontation avec une Russie qui peut être poussée à réaliser la première frappe préventive, sous peine de disparaître. 

En effet l'OTAN, cette Organisation militaire étasunienne en Europe, dans laquelle sont piégés 22 des 28 pays européens  mène depuis la fin de l'URSS une stratégie agressive en direction de la Russie trahissant la promesse prononcée en 1989 de ne pas s'étendre vers l'Est...


Aujourd'hui, après que l'extension territoriale de l'OTAN, avec la crise ukrainienne, soit arrivée en butée sur les frontières occidentales de la Russie, Washington relance ses ambitions vers le Sud dans l'alliance et renforce son dispositif armé autour de la Russie. 

Ainsi Washington,en plus du déploiement de ses missiles, a t-il annoncé en février sa volonté de quadrupler en 2017 les dépenses destinées à renforcer les  forces américaines en Europe puis en mai dernier de lancer au coeur de la zone d'influence russe, l'intégration du Montenegro dans l'OTAN...

N'en déplaise aux optimistes qui refusent d'imaginer une apocalypse en Europe, la menace est aujourd'hui bien réelle surtout qu'elle est otage d'une dynamique mortifère jouant sur "l'effet domino" et qui peut d'autant plus conduire rapidement les peuples d'Europe dans une impasse nucléaire que son initiateur étasunien peut espérer garder son sanctuaire en dehors du futur champ de bataille...

Il est donc plus qu'urgent et prioritaire que les européens enchaînés à la folie des néo-conservateurs et faucons de guerre étasuniens se libèrent de leur logique mortifère, pour renouer le dialogue avec Moscou et construire une véritable Europe dont la destinée leur appartient... 

Erwan Castel 


Voir aussi l'article précédent consacré aux missiles Aégis en Europe de l'Est, le lien ici : 



Sources de l'article 

- Réseau International, le lien ici : Danger de guerre : l'appel désespéré de Poutine
- Russia Insader, le lien ici : In The Cross-Hairs, at Trigger Point

jeudi 26 mai 2016

Quand le bouclier devient glaive !

De la mythologie grecque à la mystification étasunienne

Aégis, le bouclier de Zeus qui plus tard, orné de la Gorgone arme le bras d'Athéna, la déesse de la guerre
Pétris d'un héritage symbolique où les armes des héros du Passé, rejoignent par leurs noms les grands mythes fondateurs du Monde, les militaires aiment toujours choisir une sémantique évocatrice pour désigner leurs opérations ou leurs armes modernes. Les soldats américains, par naïveté ou arrogance, respectent cette tradition universelle et laissent ainsi parfois des indices qui ne trompent pas et dévoilent au delà des discours hypocrites de la langue de bois diplomatique du Département d'état, la réalité de leurs intentions hégémoniques. 

Ainsi de ces grandes manœuvres de l'OTAN menées début juin 2016, officiellement destinées a tester une réaction défensive des pays européens mais qui de fait a porté dans une mouvement offensif son nom évocateur d' "Anakonda" jusqu'aux portes e la Russie. Ce nom "Anakonda" (en polonais), n'est pas le caprice d'un général herpétophile mais bien l'expression zoomorphique tout autant que guerrière de la stratégie de l'enserrement de l'Empire du milieu ("contaitment") si chère aux thalossacraties anglo-américaines depuis la fin du XVIIIème siècle.

Il en est de même des systèmes d'armes élaborés par l'industrie militaire étasunienne comme par exemple, et pour rester dans le cadre géostratégique de l'Intermarum Est européen, le système de combat "Aégis", présenté comme un ensemble défensif de "radars et différents armements tel que des missiles anti-navire et missiles anti-aérien". Or, le nom de baptême,"Aégis", de ce système de combat est emprunté à la mythologie grecque qui nous révèle que cette arme merveilleuse de Zeus et Athéna, représentée souvent sous la forme d'un bouclier défensif, s'avère dans les faits une arme offensive des plus redoutables.

Ornée de la tête hideuse de la Gorgone ou de Pallas, selon les versions du mythe, l'égide (Aégis) est une arme qu'elle soit servie par Zeus, Athéna ou Appolon qui "déclenche le tonnerre et les éclairs, semant ainsi la terreur parmi les mortels" et préside même à la destruction de Troie.


En 1969, face à la menace des missiles anti navires, le marine de guerre étasunienne va développer l'ASMS (Advanced Surface Missile System) "Aégis" et qui va connaitre par la suite des améliorations et des variantes multiples. Ce système d'armes embarqué à bord de croiseurs et destroyers de plusieurs flottes occidentales (USA, Japon, Espagne, Corée du Sud, Australie, Norvège) n'était connu que des experts militaires jusqu'à l'éclatement de la crise ukrainienne.

Ce système d'armes embarqué est composé :
  • D'un radar tridimensionnel d'acquisition et de poursuite AN/SPY-1D
  • De lanceurs verticaux MK41 du constructeur Lockheed Martin
  • Des missiles intercepteurs SM-3 développés par la société américaine Raytheon,

Dernières versions du missiles SM3 capables d'emporter des charges conventionnelles et nucléaires


Une version terrestre de ce système baptisée ("Aégis Ashore") a été conçue récemment. Plus stable et précise, cette version sera prochainement doté de la dernière version du missile SM3 Block IIA aux performances améliorées :
  • Portée opérationnelle : 2 500 km
  • Plafond : 1 500 km
  • Vitesse : 4,5 km/s (Mach 15,25)

Une présentation du système d'arme Aegis embarqué


Une nouvelle crise des missiles entre Washington et Moscou

"Le système anti-missiles des Etats-Unis est une menace 
pour la Russie et pour le monde" Vladimir Poutine
Le chef de l'Etat russe, lors de son allocution annuelle 
à la Douma, le 4 décembre 2014 a évoqué le système américain 
antimissile et les menaces qu'il représente pour la Russie. 

Provoqué par le coup d'état du Maïdan et les sécessions consécutives de la Crimée et du Donbass, le nouveau bras de fer qui oppose Moscou à Washington dans cette région stratégique de l'Intermarum (entre Mer Baltique et Mer Noire) a pris depuis quelques semaines la dimension d'une nouvelle "crise des missiles", 55 ans après celle de Cuba Quand Nikita Kroutchev avait lancé le déploiement à Cuba de missiles soviétiques au large des côtes américaines en réponse à ceux déployés par Washington en Turquie.

Cette nouvelle crispation de dimension nucléaire est cette fois du côté de Moscou, car non seulement l'OTAN a étendu son territoire vers l'Est jusqu'aux frontières de la Russie (en violation de la promesse donnée par Reagan en 1989) mais Washington y installe maintenant des systèmes d'armes stratégiques dont la portée des radars et des missiles couvre de nombreux centres vitaux de la Fédération. 

L'extension de l'OTAN, cette organisation "défensive" occidentale 

Ainsi le 12 mai 2016 a été inauguré sur la base aérienne de Deveselu, en Roumanie le premier site de missiles "Aégis Ashore Missile Defense System" d'un coût de 800 millions de dollars et qui était déjà opérationnel depuis décembre 2015. Un deuxième site identique, est en construction à Redzikowo en Pologne. Ces bases s'inscrivent dans un programme de développement d'un réseau Aégis plus vaste comprenant déjà une station radar en Turquie, en Italie, un poste de commandement en Allemagne et des navires lanceurs présents régulièrement dans les mers Baltique, Noire, Adriatique et Méditerranée (notamment sur la base navale de Rota en Espagne). Les USA ont prévu de disposer d'ici 2020 d'une centaine de navires (Croiseurs et destroyers) équipés du système de combat Aegis

Jusqu'à cette année le déploiement du "bouclier Aégis" était officiellement dirigé contre une menace iranienne ce qui aux yeux de nombreux experts et analystes n'est pas crédible, et lorsque le projet de sites de missiles Aégis, dans leur version terrestre, a été annoncé personne n'a été dupe qu'ils seraient dirigés vers Moscou et non vers Téhéran. 
D'ailleurs, le 13 mai 2016, au lendemain de l'inauguration e la base "Aegis ashore" de Roumanie, le Président Obama à Washington a lui même justifié la relance du programme Ballistic Missile Defence Système in Europe (BMDE) afin de faire face à « la présence croissante et la posture militaire agressive de la Russie dans la région baltique/nordique ». 
Observons qu'en disant cela le Président des USA a désavoué son vice-secrétaire américain à la Défense Robert Work qui la veille niait en Roumanie que le système visait à protéger l'Europe de toute menace russe.


Inauguration du "Aégis Ashore Missile Defense System" de la base de Deveselu, le 12 mai 2016 
Une menace inacceptable pour Moscou

Le déploiement de ces missiles stratégiques sur les marches de la Fédération de Russie est considéré par Moscou comme une atteinte directe à la sécurité de son territoire car, outre le fait qu'il est une violation du Traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (INF) signé par les USA et l'URSS en 1987 et qui éliminait les missiles à moyenne portée (500-5500 km) du théâtre européen, il menace directement le coeur de la Russie.

En effet 2 aspects sont à considérer concernant le système de combat Aégis :
  • Il annihile le principe même de dissuasion nucléaire qui repose sur un équilibre des efficacités des systèmes d'attaques et de défenses de chacun. Or l'intrusion dans le territoire russe de la couverture radar du réseau Aégis risque de neutraliser une riposte russe à une éventuelle frappe initiale étasunienne.
  • Ensuite ces lanceurs déclarés aujourd'hui défensifs sont techniquement opérationnels pour des missions d'attaques et cela de l'aveu même de leur constructeur Lockheed Martin qui décrit son lanceur vertical MK 41 en précisant qu'il est en mesure de lancer « des missiles pour toutes les missions offensives: anti-aériennes, anti-navire, anti-sous-marins et d'attaque contre des objectifs terrestres (...) Chaque tube de lancement est adaptable à n'importe quel missile, y compris ceux de plus grande taille pour la défense contre les missiles balistiques et ceux pour l'attaque nucléaire à longue portée ».
De plus si on rajoute à cela qu'aujourd'hui les missiles sont de plus en plus rapides (vitesses supérieures à Mach 15) et que les bases de lancement étasuniennes n'ont jamais été aussi proches des frontières russes, on comprendra pourquoi Moscou voit d'un mauvais œil ce déploiement stratégique et le considère tout simplement comme inacceptable !


La nouvelle ligne de fracture Est-Ouest, sur laquelle se déploient les missiles Aégis est correspond à cet axe géostratégique européen appelé Intermarum, entre Baltique et Mer Noire, aux portes mêmes de la Russie et  avec l'Ukraine en pivot central.

La réponse de l'armée russe 

Moscou bien sûr renforce à son tour les boucliers de défense stratégique disposés autour de ces centres névralgiques et les systèmes d'armes hypersoniques capable de contrer le rideau des missiles étasuniens. Mais l'armée russe a également, considérant que le principal problème posé par le système Aégis est sa couverture radar, développé des systèmes de contre mesure électroniques capables de rendre aveugles les systèmes d'armes étasuniens et notamment de neutraliser le système de combat Aegis.

C'est ainsi que le 10 avril 2014, alors que le destroyer ultra moderne USS Donald Cook armé de missiles Aégis et Tomahawk arrivait en Mer Noire sur fond de crise ukrainienne, un bombardier tactique russe Su-24, en le survolant a complètement neutralisé ses systèmes électroniques de détection, de tir et même de navigation, avant de simuler une douzaine d'attaques du fleuron de la marine de guerre étasunienne !

Suite à cet incident Washington a émis une protestation auprès de Moscou sans pouvoir cacher le choc provoqué par la neutralisation de tout son système de combat le plus performant...

Panique à bord du super destroyer Donald Cook, encalminé par les contre mesure électroniques d'un seul avion russe

En résumé...

Cette nouvelle crise des missiles provoqué par la poussée agressive de l'OTAN vers les frontières de Russie et le coup d'état organisé par Washington en Ukraine démontre la perfidie occidentale de vouloir cacher une stratégie belliciste dangereuse sous les masques hypocrites et cyniques et de "révolutions démocratiques" ou de "stratégies défensives"... 

Heureusement que la Russie, même menacée directement au coeur de son sanctuaire sait rester calme et confiante et, à la fois gardienne et protégée par un territoire et une histoire millénaires inviolés, elle répond avec fermeté et même humour tout en déviant les pièges et les provocations occidentales. 

Erwan Castel

Vladimir Poutine, répondant à un journaliste au sujet des 
missiles "défensifs" étasuniens installés en Europe de l'Est.


La présentation initiale du réseau de défense Aégis et son faux prétexte iranien

Lire aussi, l'article sur l'alerte lancée par le Président russe le 21 juin 2016, le lien ici : 


Source de l'article :

- Breaking Defense


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