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mercredi 15 juin 2016

A l'envers et contre tous : la loi Travail

Le raz de marée français d'un ras le bol populaire


Hier la contestation populaire de la réforme de la loi du Travail (loi El khomri) a connu un tournant décisif avec un très forte mobilisation dans 7 grandes villes de France. Plus de 1 million de personnes ont défilé pour demander le retrait de cette réforme qui est considérée comme une contre-révolution sociale. 

Plusieurs organisations syndicales se sont joint au mouvement initié par la CGT prouvant par là que la contestation n'est pas comme le dénigre le gouvernement un coup de force mené par quelques représentants de 3% des salariés français mais bien un mouvement national et consensuel.

Par rapport aux  8 manifestations précédentes, la participation a littéralement explosée, malgré l'état d'urgence, l'Euro 2016, la pluie, la diabolisation des manifestants par la propagande gouvernementale, le choix d'un jour de semaine etc...



Voici les statistiques des participations aux manifestations contre la loi El Khomri, où on peut observer, en dehors d'une augmentation de la contestation les chiffres des organisateurs habituellement majorés et ceux , systématiquement minorés, de la police réalisés un "grand écart" délirant... Il suffit de voir les photos des manifestants ou les transports mobilisés pour cet événement pour constater que le plus grand menteur du moment habite Place Beauvau, au Ministère de l'Intérieur...  





Des casseurs hyper médiatisés pour discréditer la manifestation

Comme d'habitude, la journée a été entachée  par des actes de violences et de vandalisme inadmissibles organisés en parallèle de la manifestatio par quelques groupes de "marginaux". Ces casseurs qui ont blessé une trentaine de policiers et occasionné des dégâts importants sont cependant très minoritaires si on considère que seules 58 interpellations ont été réalisées pour toute la journée. Cependant plus de 80% de la médiatisation de la journée est faite sur ces débordements, notamment les dégradations au niveau de l’hôpital Necker pour enfants...



Quelle aubaine pour le gouvernement qui sent la mâture du bateau déjà à la dérive craquer sous le vent de la colère !  Aussitôt amalgame et superlatifs fleurissent sur les Unes des chiens de garde du système à l'image de ce titre racoleur :  "Loi travail : l'hôpital Necker-Enfants malades de Paris attaqué à coups de masse" 

Débordé par la contestation, l'Etat appelle l'indignation à son secours !


Et toujours la répression policière passée sous silence !

En revanche, et malgré sa récente mise à l'index par l'ONU pour violences policières caractérisées, l'Etat français a décidé de continuer a appliquer des méthodes répressives de plus en plus violentes.. Si ces dernières étaient dirigées exclusivement contre les casseurs, j'avoue que je ne m'en plaindrai pas. Cependant, force est de constater que beaucoup de manifestants désarmés, font l'objet de gazages, matraquages et subissent des coups et blessures complètement injustifiés de la part de forces dites "de l'ordre" normalement en charge de la protection des citoyens y compris dans l'exercice légal du droit de grève et de manifestations déclarées et autorisées en préfecture !



Et comme la Russophobie semble devenue un véritable phénomène de mode officialisé par les dirigeants de nos "démocraties" occidentales, les policiers déployés dans les rues de Paris n'ont pas oublié de s'y soumettre avec zèle comme le montre cette vidéo d'un Producteur de Russia Today qui a été agressé par les robocops de la Raie publique...




Malgré cette nouvelle mobilisation le gouvernement Hollande dont la côte de popularité (14%) nous autorise à le nommer dictature, persiste et signe dans sa réforme liberticide. 

En France ce n'est pas d'un "Etat d'urgence" dont nous avons besoin, mais de toute urgence d'un Etat digne de ce nom et respectueux des citoyens qu'il est censé représenter et protéger !


Erwan Castel


Quelques articles sur le sujet :




lundi 6 juin 2016

"Du pain et des jeux"... et des matraques !



Le bras de fer qui oppose le gouvernement socialiste aux syndicats arrive à un point critique...

Celui de "l'Euro 2016", grand' messe footbalistique anesthésiant les consciences et culpabilisant celles et ceux qui lui préfèrent les libertés individuelles.

Car nous abordons ici le "saint du saint", la manifestation la plus sacrée de notre société du spectacle : le "ballon rond" !

"Panem et circenses" résumait ainsi le poète latin Juvénal lorsqu'il dénonçait le faux évergetisme du pouvoir décadent qui amusait et flattait le peuple pour détourner son attention et même s'attirer sa bienveillance. Aujourd'hui sous l'arnaque d'un discours sécuritaire populiste le stade a remplacé l'arène et les CRS les cohortes urbaines...

Il est donc probable que la loi El Khomri après avoir amalgamé ses opposants aux casseurs, surfé sur les inondations médiatiques, va maintenant pouvoir dribbler avec les lobotomisés du petit écran, en attendant que les derniers français résistants répondent à l'appel des plages ensoleillées...

Soupoudré par un petit attentat ici ou une alerte là permettant d'installer des guetteurs casqués à matraques aux créneaux de la pensée unique, nous devrions voir le calendrier des 2 prochains mois emmener tranquillement le troupeau français jusque dans l'enclos de sa servitude volontaire....

A moins que....
On a bien le droit de rêver et d'espérer !

Erwan Castel

Source, le lien ici : Le Veilleur


Loi travail : mensonges d'État 
et omerta médiatique sur les grèves en cours


 dimanche 05 juin 2016 

Le gouvernement aurait-il peur de ne pouvoir respecter les plans d'austérité imposés par Bruxelles, et ainsi révéler son impuissance à asservir les « sans dents » ? C'est ce que semblent révéler les choix éhontés de l'Élysée qui consistent aussi bien à vous mentir sur l'ampleur des grèves en cours, qu'à tenter de décrédibiliser les motivations de ce mouvement et des ouvriers qui y participent.

Comme cela est habituellement le cas en de telles circonstances, les médias officiels qui faisaient récemment leur « Une » des nombreux mouvements et manifestations combattants la loi El Khomri deviennent soudainement silencieux, saisissant l'opportunité inespérée des villes inondées et autres actualités footballistiques pour opérer leur diversion. Les actionnaires et propriétaires de ces médias étant des hommes d'affaires en faveur du patronat et proches des hautes sphères, il est bien évident qu'ils ont tout intérêt à voir ces grèves s'essouffler et disparaître.

Pour autant, aucun signe de marche arrière de la part du gouvernement, puisqu'au contraire, le Sénat durcit fortement la loi Travail, avec entre autre la fin des 35 heures et la possibilité d'augmenter le temps de travail des salariés sans rémunération en conséquence, ainsi que d'autres mesures médiévales du même acabit ! Il faut dire que la Commission européenne qui est à l'origine de cette loi, et qui entend bien nous en imposer de pires prochainement, augmente la pression sur la France. A ce propos, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré il y a peu que « Bruxelles est trop indulgente avec Paris »...

A coté de cela, les violences policières croissantes inquiètent de plus en plus (véhicules de police chargeant un cortège, manifestants et journalistes matraqués, élèves d'un collège blessés, etc.), alors qu'une justice totalitaire s'affirme en condamnant un jeune gréviste à 10 mois de prison dont 1 ferme pour avoir brûlé des pneus. Pas le moindre soucis par contre pour Emmanuel Macron qui tente d'escroquer le fisc de... 200.000 euros.

Sans surprise, Herr Wallz réclame la reprise du trafic « le plus vite possible », et pour cause puisque la coupe Euro de football est là, et que la saison estivale s'annonce mal avec des touristes réticents à affronter des manifestations et subir des pénuries et désagréments divers liés aux grèves. Vous vous dites peut être que tout va mieux puisque de nombreuses pompes à essence sont de nouveau alimentées, pourtant la production des raffineries est au minimum, et pour désamorcer la crise, il est très probable que ce sont les réserves stratégiques qui soient utilisées.

Selon l'état, ces réserves stratégiques permettraient au moins trois mois d'approvisionnement, mais il vous ment la aussi puisque ces stocks (13,7 millions de tonnes d'hydrocarbures) sont répartis de la manière suivante : 45% de gazole, 33% de brut, 9% de fuel domestique, 7% d'essence et 6% de carburéacteurs. Au vu des pourcentages, nous disposons donc d'environs 10 jours de supercarburants et de 15 jours en gazole et fioul domestique par zone, nous sommes loin des 115 jours annoncés !

Comme vous le voyez le mouvement tient bon, et pour reprendre une annonce de la CGT « il faut le maximum de pression pour gagner le retrait de la loi ». Tout n'est donc pas fini, et la façade se voulant rassurante de la part du gouvernement pourrait en fait dissimuler sa peur de voir la situation lui échapper, avec ce que cela implique. Comprenez bien qu'il est impératif pour l’État qu'il y ait un semblant de retour à la normale permettant au plus grand nombre de prendre leurs congés estivaux en totale insouciance.

La rentrée pourrait s'annoncer difficile si vous n'y prenez garde, alors continuez de soutenir les grévistes et partagez l'information autour de vous.

Le Veilleur


Total et Valls mentent, à la raffinerie de Donges, tout est à l’arrêt

Plus c’est gros, plus ça passe. C’était du moins l’intention de TOTAL et du gouvernement à la suite du « référendum » réalisé sur la raffinerie de Donges.

"Le résultat est sans ambiguïté puisque 94% des votants souhaitent reprendre l’activité"

a indiqué dans un communiqué largement repris par les médias la direction du groupe.

"Le problème pour TOTAL, c’est que s’il n’y avait que 6% des personnels pour la poursuite du mouvement, on ne comprend pas comment le site serait toujours à l’arrêt complet"

dit Christophe Hiou, secrétaire CGT du CE de la raffinerie.

"Le mensonge est trop gros. TOTAL a rameuté les cadres et les non-grévistes pour les faire voter. Et même sur cet échantillon-là, 6% n’était pas pour la reprise des activités ! En interne, d’ailleurs, la direction de TOTAL donne 70 à 80% de grévistes chez les équipes de quart, souligne Hiou. Du côté des personnels de production, notre dernière AG était à 200, et certains gars étaient de quart, parce qu’on continue à assurer la sécurité des installations. Le message était très clair : reconduction jusqu’au retrait."

Du côté du dépôt de carburant voisin, propriété du groupe Bolloré, il y a douze grévistes sur quatorze.

"Ils ne sont que deux à charger, donc la cadence est réduite. Pour ce qui est de la raffinerie, en revanche, tout est bloqué. Il n’y a ni expédition, ni chargement, ni déchargement (...) Le moral est bon et serein, mais ça ne peut pas non plus devenir une grève par procuration, prévient Hiou. Financièrement, cela fait des semaines qu’on est en grève et les gars commencent à tirer la langue. Il y a un moment où il va falloir qu’il y ait de vrais appels à reconduire, tous les jours, au niveau interprofessionnel. Pour les raffineurs, la date du 14, ça ne rime pas à grand-chose, s’il n’y a rien entre-temps. On ne va pas attendre que d’autres se décident après. Le gouvernement, d’ailleurs, est attentif à l’ensemble des mobilisations et les scrute à la loupe."

Un appel à une rencontre de l’ensemble des secteurs en lutte et en reconductible, depuis les raffineurs jusqu’aux cheminots, en passant par les travailleurs du nettoiement de plusieurs grandes villes, ceux de l’énergie et les havrais, pour que toutes et tous puissent faire entendre leur voix et porter aux directions syndicales l’exigence de la bagarre jusqu’au retrait de la loi Travail ?

"La réponse est dans la question, conclut Hiou. Quand on se met en grève, c’est jusqu’au bout. Nous c’est 24hsur 24 et sept jours sur sept"

Interview de Christophe Hiou, CGT TOTAL pour revolutionpermanente.fr

Pour la CGT Total, le mouvement tient bon, il faut le maximum de pression pour gagner le retrait de la loi

Malgré les manœuvres du gouvernement et de TOTAL, les plus grosses raffineries de l’Hexagone sont toujours à l’arrêt. « La mobilisation est toujours là », affirme Eric Sellini, coordinateur CGT du groupe TOTAL. De plus, c’est non seulement la « dynamique » du mouvement qui « tient bon », mais ce sera sûrement l’arrêt d’une nouvelle raffinerie, celle de Mède, mais aussi d’autres raffineries, par manque d’approvisionnements, qui va s’imposer de fait à la direction de TOTAL.


Le gouvernement et TOTAL à la manœuvre pour briser la grève !

Quoiqu’en disent le gouvernement et TOTAL, toujours au moins 20% des stations-service sont en pénurie d’essence. Pourtant, Hollande et ses forces de police ont fait des pieds et des mains pour « débloquer » les dépôts pétroliers, comme à Fos-sur-Mer, où l’on a vu des moyens policiers impressionnants prenant d’assaut les piquets de grèves, où militants, salariés et étudiants, prêtaient main forte aux raffineurs pour maximiser l’effet de l’arrêt stratégique des raffineries. Pourtant malgré toutes ces tentatives de briser la grève,

"ce qu’on sait, de source sûre, c’est que TOTAL a de gros problèmes d’approvisionnement"

explique Eric Sellini. Ainsi malgré le déblocage de la majorité des dépôts, excepté l’un d’eux où les salariés sont en grève, l’arrêt prolongé des raffineries est clairement en train de taper dans le dur.

"A mon sens, pas de blocage particulier à cette heure, sauf un dépôt où les salariés sont en grève. Les dépôts pétroliers ont des stocks très faibles"

affirme Eric Sellini. Ainsi, malgré le discours officiel, les stratégies de TOTAL pour tenter de réapprovisionner ses stations-services sont clairement mises à mal :

"Pour continuer à faire croire que tout va bien, on sait aujourd’hui que Total utilise des stratégies inimaginables, pour produire par tous les moyens, cela au détriment même de la sécurité des salariés"

, continue-t-il.

A Donges, malgré les manœuvres de TOTAL, presque 200 salariés reconduisent la grève !

Après que le gouvernement ait fait pression pour faire travailler des non-grévistes sur le dépôt de la CIM, la direction de TOTAL, elle, tente de manœuvrer les grévistes pour leur faire reprendre le travail. A Donges, à l’arrêt depuis 15 jours et deuxième site le plus important du groupe en France après la raffinerie de Normandie, TOTAL a tenté un coup de bluff. La direction du site a organisé mercredi et jeudi une consultation de l’ensemble des salariés pour imposer de force « une reprise de l’activité ». « Malgré le vote pour une reprise de l’activité, il y a toujours une minorité qui peut entraver le redémarrage », a précisé un porte-parole du groupe TOTAL.

Mais cette propagande, bien aidée par les médias dominants, visant à décrédibiliser les grévistes, que soutient d’ailleurs la majorité de la population, est loin d’avoir réussi. En réponse, 95% des salariés grévistes sur les 200 ont voté vendredi après-midi en faveur de la reconduction de la grève illimitée de la raffinerie Total de Donges.

"En dehors de Grandpuits, toutes les raffineries tiennent bon, et ont reconduit la grève : à Donges pour une semaine, à la raffinerie de Normandie pour 3 ou 4 jours. A la raffinerie de Mède la reconduction se fait toutes les huit heures. A Feyzin, il n’y a pas encore eu d’Assemblée Générale. Celle-ci se tiendra lundi ou mardi. La mobilisation est toujours là !"

, affirme Eric Sellini.

« Le vote à Grandpuits n’aurait jamais dû avoir lieu »

A Grandpuits, la direction du site a cependant réussi à manœuvrer. Selon Eric Sellini,

"le vote à Grandpuits n’aurait jamais dû avoir lieu. Les organisations syndicales ont été impressionnées par la direction et ont fait participer les non-grévistes à l’Assemblée Générale, alors même qu’il y a une majorité de grévistes dans les ouvriers de l’exploitation"

Pourtant, malgré les manœuvres de la direction, le site de Grandpuits pourrait bien ne pas reprendre, en effet, la raffinerie pourrait bien manquer de matière première à raffiner.

"La CIM, essentielle pour l’alimentation des raffineries, est en grève jusqu’à lundi, ce qui va vite poser des problèmes côté Seine et notamment à Grandpuits où, même si la grève s’est arrêtée, il n’y aura pas de pétrole brut."

explique Eric Sellini. Ce sera aussi potentiellement le cas de la raffinerie d’Esso à port Gérôme près de Rouen.

"Si la raffinerie de Grandpuits ne reprenait pas, il n’y aurait plus d’essence en région parisienne, pas plus que du gasoil."

précise Eric Sellini, qui conclut

"On n’est clairement pas dans une situation aussi calme que veulent le faire croire le gouvernement et le pétrolier"

A la Mède, la direction impose de fait le non arrêt des unités au détriment de la sécurité !


A la Mède, la raffinerie de Total est en grève, mais n’est pas à l’arrêt et tourne au ralenti.

"Ça continue de produire, mais aucun produit ne sort de la raffinerie"

affirme Eric Sellini. Cette décision des salariés grévistes de la Mède de ne pas arrêter les unités visaient à

"préserver l’outil de travail qui se trouve dans un état déplorable par manque d’investissements massifs, et est utilisé par plus de 30% d’intérimaires (premier poste sur un site Seveso, situation précaire, formations écourtées...)"

explique Frédéric Ambrosio de la CGT dans un communiqué. C’est dans « une vision responsable » de maintien de l’outil de production que « les salariés en lutte, avec la CGT » ont décidé de bloquer la production de la raffinerie en empêchant la sortie de tout produit fini.

Pourtant les bacs qui permettent de stocker le produit raffiné vont bientôt être pleins, « et la raffinerie va devoir s’arrêter », explique Eric Sellini. Or, afin d’arrêter complètement les unités, il est nécessaire de faire sortir des produits des bacs. Ainsi pour éviter d’endommager l’outil de production qui se trouve dans un état déplorable, les salariés et la CGT ont proposé à la direction une alternative :

"soit envoyer les produits finis vers des dépôts de stockage non commerciaux, soit charger un bateau non destiné au marché français"

ce que refuse catégoriquement la direction du site, ce qui prouve une fois de plus, le mépris non seulement envers les salariés mais aussi envers l’outil de production.


La raffinerie de la Mède bientôt à l’arrêt ?

Pourtant,

"En début de semaine prochaine, soit il n’y aura plus de place, soit il n’y aura plus de brut à distiller. Les approvisionnements en pétrole brut sont stoppés"

explique Eric Sellini. Face à la direction qui refuse toute solution,

"les salariés en lutte avec la CGT n’excluent pas dorénavant d’arrêter les unités », explique Ambrosio. « De fait, la direction les expose à un arrêt des unités sans préparation, créant un danger grave pour le personnel ainsi que pour les riverains"

ajoute-t-il. Ainsi la direction de TOTAL tente le tout pour le tout pour briser la grève, faisant fi de la sécurité des salariés, ou encore de l’outil de production. Pourtant, quelle que soit l’issue, l’arrêt total des unités se profile, d’autant que

"la société qui s’occupe du déchargement des bateaux pétroliers, de la livraison du produit brut, du chargement des produits, est en grève illimitée. Sans approvisionnement, la raffinerie n’aura plus de brut"

explique Eric Sellini. En effet, la CGT de Fluxel, opérateur privé qui gère les terminaux pétroliers du Grand port maritime de Marseille (GPMM), à Fos-sur-Mer et Lavera (Bouches-du-Rhône), est toujours en grève illimitée contre la loi travail.


« Les grévistes iront jusqu’au bout ! »

Quelles que soient les manœuvres du gouvernement, qui n’hésite pas à utiliser l’arme répressive pour briser la grève des raffineurs, ceux-ci tiennent bon. Et ce, d’autant que le gouvernement a beaucoup puisé dans ses réserves stratégiques pour faire mine de « rétablir » l’approvisionnement. Le gouvernement tente à tout prix de circonscrire le mouvement de grève, comme cela s’illustre notamment à la raffinerie Exxon Mobil de Notre-Dame-de-Gravenchon, où la police a pour mission de garder les accès en permanence pour éviter que des militants contre la loi travail tractent ou essaient de convaincre leurs collègues non-grévistes. Il est clair que, malgré son discours de façade, le gouvernement est aux abois.

La direction de Total, elle aussi manœuvre, sans pour autant réussir à briser la dynamique de la grève, qui rentre aujourd’hui dans une phase décisive. Ainsi, « le mouvement tient bon, toujours la même dynamique : exercer le maximum de pression pour imposer le retrait de la loi ». C’est aussi la détermination des grévistes qui est plus que d’actualité. Eric Sellini affirme que

"les salariés en grève sont plus déterminés que jamais. Compte tenu de toutes les cabales de la direction de Total, du référendum avec des non-grévistes, de l’imposition des non-grévistes pour faire redémarrer l’outil de production, on va jusqu’au bout ! Les grévistes iront jusqu’au bout !"

Par Damien Bernard pour revolutionpermanente.fr

Par Le-veilleur - 
Article libre de reproduction à condition de laisser le lien pointant vers cette page.

vendredi 3 juin 2016

Quand Macron se fait "tailler un costard" !

Le mépris du prince

Le 28 mai, Emmanuel Macron, le Ministre de l'Economie, se rend à Lunel sur un piquet de grève ou rapidement le ton monte dans un dialogue de sourds que le pédant ministre "socialiste" abrège par une remarque insultante et méprisante sur la tenue d'un ouvrier gréviste...


La réponse de la bergère au berger...

Source : France TV info

"Ton costard, on va te l'arracher" : 
une professeure s'adresse à Emmanuel Macron 

Sa vidéo est devenue virale. Hélène, professeure de 29 ans, a publié samedi 28 mai un message adressé à Emmanuel Macron sur le groupe "Faisons les Poches aux 500 Familles", qu'elle tient avec un conseiller principal d'éducation, d'après Rue89. "Alors Macron, on va te dire quelque chose, on aimerait bien que tu fermes ta gueule, lance-t-elle. Parce que sinon on va faire comme chez les syndicalistes de chez Air France. Et ton costard ? On va te l’arracher. Et ton mouvement politique ce ne sera pas 'En marche' mais 'Je cours' !" 

La jeune femme réagit en fait à l'échange tendu entre des militants de la CGT et le ministre de l'Economie : "Il paraît que si on ne peut pas se payer des costard, c’est parce qu’on ne bosse pas. Mais Macron, tes costards c’est des Lagonda. Ça coûte 1 200 euros pièce. Tu sais que 1 200 euros, c’est le salaire d’une caissière en un mois ?" interroge la professeure.

Cinq jours après sa diffusion, la vidéo a été vue plus de 1,7 million de fois. Elle a également été partagée 65 400 fois. "Waouhhh ! Bien envoyé", félicite un internaute. "Ça fait du bien", dit un autre. Dans les 1 500 commentaires, les "bravos" s'accumulent. Depuis sa publication, Hélène est également interpellée par ses élèves dans les couloirs, comme le raconte Rue89, félicitant leur professeure.


jeudi 2 juin 2016

Provocation décidée ou dérapage paniqué ?

Publié initialement sur Facebook le 2 juin 2016


Défendre par principe les forces de l'ordre d'un État de droit est selon moi un devoir citoyen mais cela ne veut pas dire pour autant accepter que celles ci usent de procédures disproportionnées et dangereuses qui dépassent largement le cadre de la légitime défense.

Les violences observées d'un côté ou de l'autre des manifestations révèlent souvent un manque de professionnalisme et surtout de maîtrise de soi de la part de policiers normalement spécialisés, équipés, encadrés et formés à ces types de missions de maintien de l'ordre, où la discipline et la retenue sont les garants de la sécurisation recherchée.

Donc, soit il y a un malaise opératoire et psychologique dans les rangs de notre police, soit elle obéit à des consignes visant à provoquer une escalade de la violence pour justifier une radicalisation d'une politique répressive...

Quoi qu'il en soit, les actes de violences policières injustifiées observées depuis des semaines sont beaucoup trop nombreux pour être classés au rang de "bavures" anecdotiques regrettables, et réclament une critique globale.

En effet le comportement général (et les résultats) du soldat ou du policier ne sont souvent que le reflet de celui des officiers qui les forment et les commandent et ainsi de suite jusqu'au sommet de l'appareil d'État...

Donc, la démission du gouvernement me semble aujourd'hui nécessaire et surtout urgente autant pour un besoin vital de salubrité politique que de sécurité publique...

Erwan Castel


Le lien , ici : Politis

Rennes : 
la police charge en voiture des manifestants, et les blesse


L'escalade des moyens employés par les forces de l'ordre pour venir à bout des opposants à la loi Travail, vient de franchir un nouveau seuil dans la capitale bretonne.

La violence policière a franchi un nouveau seuil, cet après-midi à Rennes. Il est en effet totalement inédit que les forces de l'ordre chargent des manifestants à l'aide de véhicules de police.

Alors que la manifestation « officielle » contre la loi travail s'était terminée sans incident notable devant la préfecture en début d'après-midi, plusieurs centaines de manifestants ont continué à défiler en se dirigeant vers la rocade de Rennes. Après un jeu du chat et de la souris dans le quartier Villejean à l'ouest de Rennes, environ 300 manifestants ont investi la N12, sur une portion permettant d'accéder à la rocade.

C'est à ce moment qu'une charge a eu lieu, peu avant 15h00 : environ cinq camionnettes de la police ont roulé en direction des manifestants, sans ralentir, pour les disperser. Les policiers ont ouvert les vitres des véhicules pour vaporiser au passage de grandes quantités de gaz lacrymogène et de bombe au poivre sur les manifestants. Les véhicules ne se sont arrêtés qu'après avoir traversé la foule.

Puis plusieurs dizaines de membres des forces de l'ordre ont alors pourchassé les manifestants pour achever la dispersion, à grand renfort de coups de matraque.

Rien ne justifie l'emploi de tels moyens contre des manifestants, si ce n'est la volonté de faire des blessés. Était-ce le but ?

Rien ne peut expliquer un tel déchaînement de violence, si ce n'est le mépris et la haine des opposants au projet de loi Travail. Un mépris et une haine distillés imprudemment par les principaux responsables du gouvernement, attisés par Pierre Gattaz et des éditocrates irresponsables – le dernier numéro du Point, avec sa Une et l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert en constitue l'une des pires expressions.

A l'évidence, cette charge inédite marque une nouvelle étape dans l'escalade de la violence, qui avait déjà atteint la semaine dernière un seuil d'alerte avec la terrible blessure infligée par une grenade de désencerclement à Romain D., 28 ans, toujours dans le coma.

À lire >> Loi travail : La répression policière s’accentue

Il est plus que temps que le ministre de l'Intérieur et le Premier ministre condamnent ses débordements, dont chacun sent qu'ils peuvent demain blesser mortellement. De fait, la charge des policiers de Rennes a laissé plusieurs manifestants au tapis.

Selon les informations obtenues auprès des étudiants opposés à la loi travail, cinq d'entre eux ont été pris en charge aux urgences pour des coups de matraque, et un cinquième va rester en observation pour la nuit. Bousculé lors de la charge de la police, peut-être par un coup de bouclier, il a expliqué à l'AFP s'être alors blessé à l’œil en tombant dans un fossé.

Plusieurs journalistes ont aussi reçu des coups de matraque, a constaté l'AFP. « Je me suis pris un coup de matraque sur la tête. Heureusement que j'avais un casque sinon je serais à l'hôpital. Sur mon casque est bien écrit "Presse", donc c'était tout à fait délibéré », a notamment témoigné Vincent Feuray, photographe indépendant, qui a assisté ensuite à des coups portés sur d'autres confrères vidéastes. Le Club de la presse de Rennes et de Bretagne a condamné « fermement ces atteintes à la liberté d'exercer son métier, et rappelle solennellement que les journalistes ne sont pas des cibles ».

PAR MICHEL SOUDAIS ET AFP

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mardi 31 mai 2016

Copé ou la morgue hautaine incarnée !


Lorsqu'on écoute ce type on pense d'abord à un sketch humoristique grinçant, mais rapidement on a envie de gerber devant une telle suffisance arrogante et méprisante...

Comment les français peuvent-ils accepter d'être offensés de la sorte et en public ?

Entre un Macron qui se moquait la semaine dernière du tee shirt d'un gréviste en lui proposant de travailler pour se payer un costard, et Copé qui prend à son tour les français pour des cons on voit bien comme le disait Coluche que "la gauche et le droite sont les 2 fesse d'un même cul d'où ne sortira que de la merde !"

La roue de l'Histoire nous a amené aujourd'hui à un carrefour où nous devons choisir entre la soumission ou la rébellion....

Pour ma part j'ai déjà choisi...

Erwan Castel


lundi 30 mai 2016

Méthodes policières : brutales ou policées

« De toutes les manifestations du pouvoir, 
celle qui impressionne le plus les hommes, 
c’est la retenue ». 
Thucydide

Source, le lien ici : La vie des idées


Un splendide isolement
Les politiques françaises du maintien de l’ordre

par Olivier Fillieule & Fabien Jobard , le 24 mai 

Tandis qu’en France, la police tenue pour coupable d’acharnement appelle à un rassemblement contre la « haine anti-flics », en Allemagne, en Suède, en Suisse, l’interaction entre police et manifestants se distingue par la maîtrise et le dialogue. La police française résiste aux nouveaux modèles de maintien de l’ordre, articulés autour de la notion de désescalade. O. Fillieule et F. Jobard expliquent les raisons de ce retranchement doctrinal.


Quelques jours après la tenue d’une manifestation à Paris contre la « haine anti-flics » appelée par diverses organisations syndicales de police, il nous a semblé que le décalage comparatif pourrait éclairer la compréhension de ce que l’on appelle en France le « maintien de l’ordre », c’est-à-dire la gestion des foules (protestataires, sportives ou festives) par les forces de police et de gendarmerie [1].

La désescalade à l’allemande

Qu’en est-il ailleurs de la violence contestataire et de l’hostilité aux policiers ? Voyons le week-end du 1er mai en Allemagne. Depuis le milieu des années 1980, le Premier Mai est l’occasion déclarée par divers groupes anarchistes, autonomes et anti-fascistes, d’une confrontation violente avec la police (projectiles, cocktails molotov, tirs de mortier, fusées diverses interdites en Allemagne mais achetées en République tchèque ou en Pologne) [2]. Cette année, un important dispositif était déployé dans les lieux habituels de confrontation, mais l’imposant cortège policier, et une politique habile de « désescalade » (nous y reviendrons), ont tenu les hostilités à un niveau très bas. Dans le même temps cependant se tenait à Stuttgart le congrès du parti de droite radicale Alternative für Deutschland (AfD). Dans la ville, « 800 à 900 autonomes gauchistes violents » (expression de la police locale), protégés dans un cortège de 4000 manifestants, s’en sont pris à la police tandis que 1500 autres ont tenté par la violence d’empêcher les membres de la AfD de rejoindre le lieu du congrès. 500 protestataires ont été interpellés, et des arrêts de travail ont été constatés chez 3 policiers. Pendant ce temps, à Zwickau, en Saxe, haut lieu des manifestations Pegida, le ministre SPD de la Justice, Heiko Maas, s’est vu obligé de tenir son allocution publique sous protection policière, des troupes d’extrême droite s’étant déplacées de toute la région pour empêcher le meeting. À Schwerin, dans le nord de l’ex-RDA, une manifestation du parti d’extrême droite NPD (son interdiction est en cours d’examen par le Tribunal constitutionnel de Karlsruhe) a donné lieu à des affrontements avec les militants de gauche, et la police avait pour mission de séparer les deux cortèges hostiles l’un à l’autre. Même situation à Bochum, dans la Ruhr. A Plauen, à la frontière tchèque, des militants d’extrême droite défilant en piétinant des drapeaux de l’Union européenne ont jeté projectiles et explosifs sur la police, qui a balayé le cortège au canon à eau.


Manifestation du PKK en 2008 à Berlin
En gilets jaunes et verts, les policiers chargés de la communication. Les policiers de maintien de l’ordre serrent le cortège et procèdent à une interpellation en son sein, avec déploiement des policiers de communication.
Photo : Jérémie Gauthier

Comme on le voit, les polices allemandes ne chôment pas. Elles affrontent des violences de gauche et des violences de droite ; des violences dont elles sont l’objet et des belligérant.e.s qu’elles séparent ; elles protègent des ministres et des foules ; elles emploient la force et elles interpellent. Mais le point crucial qui les distingue des polices françaises est ceci : force reste à la loi ; force reste dans la loi. Pas de manifestant.e.s menotté.e.s et frappé.e.s par un policier. Pas de manifestant.e.s à terre et frappé.e.s. Pas de manifestant.e.s injurié.e.s. Pas de jets indiscriminés de gaz lacrymogène dans une foule composite engouffrée dans le métro, au prétexte que s’y seraient glissé.e.s des autonomes ou des casseur.e.s. Pas de matraquage dans le dos de passant.e.s. Pas de perte de contrôle. Pas de gazage dans les entrées ou les enceintes du métro. Au final, pas de polémique.

Cette maîtrise de la force, nous l’avons suggéré, est le produit d’une quinzaine d’années de politique dite de « désescalade » (Deeskalation) [3]. En Allemagne, la « désescalade » est entre autres le produit de la décision « Bockdorf » du Tribunal constitutionnel (1985), qui avait introduit une « obligation de communication et de coopération » des forces de l’ordre avec les protestataires. La notion est, en elle-même, issue du travail social, où elle désigne toutes les tactiques et techniques de réduction de la conflictualité dans la confrontation avec des personnes hostiles. Du travail social, elle a été importée par la police et est devenue une ligne directrice de tout un ensemble d’institutions policières allemandes, au delà des seules configurations manifestantes, comme le montre la sociologie des relations quotidiennes dans les quartiers difficiles [4].


Un nouveau modèle européen de maintien de l’ordre

Or loin d’être propre à l’Allemagne, cette politique a sinon nourri, du moins participé à un nouveau modèle de maintien de l’ordre en Europe, que l’on retrouve désormais dans le système des officiers de dialogue en Suède, l’event police au Danemark, les peace units en Hollande, les Liaison Officers en Angleterre, les Special Police Tactics (SPT) en Suède ou encore le modèle dit des trois D (dialoguer, désamorcer, défendre) en Suisse romande [5].

Ce nouveau modèle repose sur quatre grands principes : 
1/ une conception des logiques de la foule, alternative à celle promue par Gustave Le Bon [6], toujours au cœur de la philosophie française du maintien de l’ordre ; 
2/ la facilitation et l’accompagnement des manifestations de rue ; 
3/ le développement de la communication à tous les stades d’une opération de maintien de l’ordre ; 
4/ la différenciation et le ciblage des interventions de rétablissement de l’ordre.

Détaillons-en rapidement les attendus.

La nouvelle psychologie des foules, inspirée par des psychologues sociaux, au premier rang desquels Stephen Reicher et Otto Adang [7], s’appuie sur une idée simple, inspirée d’une démarche d’observation expérimentale et participative. Toute présence réelle ou psychologique hostile au groupe minore l’individualité des membres du groupe, qui tendent alors à former un bloc uniforme, tendu vers la réduction ou l’éloignement du danger perçu. Les membres du groupe expriment leur appartenance en affichant les traits et les normes les plus distinctifs de leur groupe face aux membres de l’autre groupe. Lorsque cette présence s’estompe, leurs relations s’inscrivent davantage dans un contexte interindividuel où ils peuvent affirmer des caractéristiques qui les différencient des membres de leur(s) groupe(s) : l’homogénéité et la solidarisation au sein du groupe se désagrègent.

L’appel à manifester introduit d’emblée un changement de la définition identitaire : il renforce des aspects spécifiques de l’identité sociale, en lien avec les groupes manifestants et les revendications défendues. Le déroulement de la manifestation dépend ensuite des rapports intergroupes dans lesquels sont pris les participant.e.s. Lorsque les signes, drapeaux ou slogans sont organisés autour d’un point de vue homogène et clairement opposé à un adversaire, la cohésion du groupe et l’identification de ses membres se renforcent et invitent à des actions déterminées vers les espaces occupés par l’adversaire. C’est dans de telles situations que l’on observe le développement d’émeutes et d’affrontements, notamment face à la police, dont la présence accentue la cohésion de la manifestation. À l’inverse, dès que l’homogénéité se lézarde par l’apparition de sigles qui signalent des points de vue différents, les manifestants sont amenés à redéfinir leur identité en s’inscrivant dans tels ou tels groupes militants présents. À l’extrême, lorsqu’une manifestation prend la forme d’un agrégat d’entités hétérogènes, l’action collective se dissout à mesure que la déambulation des participant.e.s se résume à des relations interindividuelles au sein de petites unités disloquées.


Manif du 1er Mai 2016
Screenshot : Street Politics

Dans ce modèle, il est possible de comprendre comment certains cortèges a priori paisibles peuvent se transformer en action collective violente, alors que des manifestations supposées agressives se déroulent sans heurts. Ici, l’usage indiscriminé de la force par la police durant un événement protestataire est susceptible d’avoir un impact négatif sur les dynamiques de la foule, dont la cohésion se renforce à l’encontre d’un adversaire tout désigné : la police. Pour les auteurs dont nous parlons, il est donc nécessaire d’éviter tout recours indiscriminé à la force, pour éviter toute radicalisation de la foule : que ceux qui manifestent sans intention malveillante se trouvent solidaires de ceux dont l’intention était d’en découdre. Pour cela il faut trouver le moyen de véhiculer une perception de la légitimité de l’action policière auprès du plus grand nombre (et non pas seulement les organisateur.trice.s déclaré.e.s) par une stratégie de facilitation des comportements pacifiques de la foule (information, orientation, liaison permanente) ; un profil tactique encourageant le dialogue et la communication avec les manifestant.e.s, avant, pendant et après l’événement ; l’évitement de toute action répressive indiscriminée et la mise en place d’une stratégie incrémentale et ciblée de recours à la force.

Le maintien de l’ordre « à la française » : l’arrière-garde

Ces changements relativement profonds des doctrines d’emploi et des stratégies de maintien de l’ordre n’ont sans doute pas échappé aux polices françaises spécialisées dans le maintien de l’ordre. En atteste par exemple le rapport de la commission de l’Assemblée nationale formée après les événements de Sivens qui en mentionne certains éléments [8]. Mais sans que cela débouche sur un bouleversement des doctrines d’emploi, attestant d’une insularité inquiétante des forces de maintien de l’ordre françaises. Certaines techniques hexagonales sont communes aux autres polices européennes, comme l’accompagnement du cortège sur ses flancs, le tronçonnement du cortège (les « nasses » vues ces dernières semaines) ou d’autres encore. La gendarmerie a développé les ULI (Unités légères d’intervention) dans les années 1990, qui permettent les interpellations ciblées ; les CRS ont développé les SPI (Sections protection-intervention) et les SAM (Section d’appui et de manœuvre) aux mêmes fins [9]. Mais ces techniques se sont développées sans leur double nécessaire : la communication.

Prenons l’exemple de l’interpellation ciblée dans le cortège. Le recours aux binômes policiers pour « prélever » dans une foule un individu réputé violent a été pensé, en Allemagne, en Suisse romande ou encore à Bruxelles depuis la fin des années 1990, dans le cadre d’une stratégie de désescalade : il s’agit d’empêcher les plus radicaux de nuire, tout en effectuant une interpellation rapide et propre qui ne débouche pas sur la solidarisation de la foule avec les interpellé.e.s. En France, par contraste, la technique est employée aux fins de multiplier les interpellations et les défèrements (le procureur de la République dispose désormais de bureaux mobiles aux abords des sites de manifestation). La judiciarisation accrue du maintien de l’ordre s’inscrit dans la dynamique moderne de répression judiciaire comme indicateur de l’efficacité politique, la « politique du chiffre » tant décriée. Les forces de police se multiplient en autant d’occasions de confrontations en corps à corps, avec les dérapages que cela entraîne, toujours susceptibles de produire l’effet que l’on cherche précisément à éviter ailleurs en Europe : le retournement de la foule et sa solidarisation avec les éléments les plus radicaux. Par ailleurs, ces interventions contribuent à brouiller les frontières entre police urbaine (dans le cadre du délit flagrant) et police des foules, la première étant appelée à seconder la dernière, avec ses moyens dolosifs propres – les flash-balls, notamment, dont les forces de maintien de l’ordre ne sont justement pas équipées tant ils rompent avec la recherche d’équipements d’évitement et de mise à distance des protestataires. Les manifestations de ces dernières semaines en ont à nouveau donné de tragiques illustrations, notamment à Rennes. Pour autant, preuve de la force de conviction de certaines sections de la Police nationale, le politique ne se résout pas à l’interdiction de ces armes dans les opérations de maintien de l’ordre [10].

Mais ce qui tranche le plus avec les pratiques aujourd’hui développées ou recherchées chez nos voisins, c’est le volet communication sur l’action qui renvoie à ce qui est communiqué mais aussi au comment l’on communique et en direction de qui. C’est sans doute en Allemagne que le système des Anti-Konflikt Team (TActical Communication, TaCom System) est le plus avancé [11]. Ceux-ci sont employés à la fois dans les manifestations politiques d’envergure et dans les rencontres de football. C’est après les grandes manifestations violentes de la fin des années 1990 à Berlin et en Hesse que les modalités de la communication via des équipes policières destinées au dialogue sont renforcées, avec notamment comme objectif de faire en sorte que les mouvements de la police soient interprétés correctement par les manifestant.e.s, que les manifestant.e.s pacifiques partagent le point de vue de la police sur ce qu’il convient de faire, que les participant.e.s enfin soient convaincu.e.s que les actions préconisées – ou interdites – par la police le sont de manière légitime. Dans cette optique un élément matériel important est l’usage de véhicules dotés de haut-parleurs (les TLU, Tactical loudspeaker units, utilisés pour la première fois dans une manifestation d’extrême droite en Hesse et utilisés depuis avec succès) ou encore la disposition d’écrans LED géants pour informer la foule, notamment lors des phases critiques de dispersion. Par contraste, la manière dont en France on informe les manifestant.e.s d’un ordre de dispersion est depuis longtemps incompréhensible et inadaptée. Ce que d’ailleurs les rapports des commissions d’enquête parlementaires constituées après les manifestations de novembre-décembre 1986 soulignaient déjà clairement. Que depuis trente ans l’autorité civile ne se soit jamais préoccupée de réformer sérieusement cet aspect du droit de la manifestation est un mystère aux conséquences bien dommageables.


Manifestation sur la Grèce en 2015 à Berlin
Au cours d’une manifestation d’hostilité à la politique de Merkel et Schäuble en Grèce, les policiers viennent d’arracher une banderole portant "L’Allemagne est un joli morceau de merde" et d’interpeller une dizaine de protestataires. A quelques mètres, les policiers chargés de la communication se déploient et expliquent.
Photo : Fabien Jobard

Reste à s’interroger sur les raisons pour lesquelles le maintien de l’ordre à la française se trouve rangé sur le bas-côté de la circulation européenne des idées et des doctrines policières. Il y a d’abord la certitude, largement entretenue par policiers et gendarmes, que le maintien de l’ordre « à la française » est d’excellence et qu’il est prisé dans le monde entier [12]. Cela fut peut-être vrai par le passé, mais ce n’est plus le cas. S’il en fallait donner un indicateur, il suffirait de montrer à quel point dans de nombreux pays les forces de police se tournent désormais vers d’autres modèles mais aussi d’autres équipements que ce que la France a à offrir, avec les effets économiques que l’on imagine aisément. Cette difficulté à se remettre en question s’adosse en second lieu à un discours sur les spécificités de la situation française avec l’idée que les casseurs sont d’une détermination jamais vue auparavant et que l’on bascule dans un cycle inédit de violence (l’expression n’est pas littérale, mais elle est déclinée sous diverses formes et en toute occasion depuis les manifestations CIP de 1994). Que ce soit Poitiers, Strasbourg, Rennes, les manifestations anti-CPE, les divers cortèges étudiants ou lycéens… la police française, même la police parisienne qui a conservé son appareil de renseignement, semble seulement découvrir sur les lieux mêmes la présence de protestataires armés et violents. Au lieu de s’inquiéter de pareille déclaration d’incurie, le politique se contente de reprendre à son compte les déclarations des principaux syndicats de police, selon lesquels la violence de l’adversaire exonère le dispositif de maintien de l’ordre. Car le retranchement doctrinal de la police française est redoublé de l’isolement dans lequel la laisse le politique : se laissant convaincre des arguments policiers sur la « violence extrême » des adversaires [13], les ministres de l’Intérieur par cette seule posture s’empêchent tout examen au fond de l’action policière [14].

Enfin, il faut souligner que les nouveaux modèles de maintien de l’ordre articulés autour de la notion de désescalade ne peuvent se développer et produire pleinement leurs effets que pour autant qu’en amont s’améliorent le recrutement et les modalités de formation initiale et continue des fonctionnaires de police. En France, l’ethos professionnel des forces de maintien de l’ordre, de la haute hiérarchie aux hommes du rang, devrait subir un certain nombre d’inflexions pour que les stratégies de désescalade prennent tout leur effet, seule garantie d’une restauration progressive de la confiance retrouvée de la population dans sa police. Il faudrait ici pour être précis faire le détail de tout ce qui dans l’image publique de la police, plutôt dégradée au regard de ce que l’on constate dans les autres pays européens [15], oriente les vocations, aussi bien que tout ce qui, dans les mécanismes de recrutement puis la formation initiale ou continue, éloigne le fonctionnaire de police d’une conception du métier comme mission de service public au service de toute la population [16].

Que des syndicats de police aient refusé d’être entendus par la commission parlementaire de 2015 sur le maintien de l’ordre, ce que le syndicat de commissaire SCPN estime être une « injustice de plus voire une insulte faite à l’engagement et au professionnalisme de la police », témoigne de l’inquiétante étanchéité de l’institution policière. Il ne reste, dans un tel contexte, qu’à voir des syndicats policiers (souvent les mêmes) appeler, quelques mois à peine après que les policiers furent acclamés par la foule après les attentats de Paris, à des manifestations contre « la haine anti-flic » et contre « l’acharnement irresponsable à vouloir faire croire que les policiers sont des brutes sauvages qui frappent aveuglément sur la jeunesse » [17]. Par contraste, tout un ensemble d’arènes internationales offrent aux polices européennes et extra-européennes la possibilité d’inscrire les doctrines de maintien de l’ordre dans la satisfaction de l’impératif de pacification des cortèges, tels que le United Nations Interregional Crime and Justice Research Institute, qui coordonne les National Research Programs on Security during Major Events initiés en 2004 en réaction aux événements de Gênes [18] et de Göteborg [19], et surtout le programme européen Godiac, Good Practice for Dialogue and Communication as Strategic Principles for Policing Political Manifestations in Europe, qui réunit policiers de 12 pays et chercheurs en sciences sociales autour, notamment, de la nouvelle psychologie des foules que nous avons exposée. La France y tient encore une place mineure, n’ayant par exemple pas participé au programme GODIAC ; ces forums permettent pourtant aux polices d’échanger sur des pratiques contestataires qui, elles aussi, se diffusent et s’harmonisent, comme le montrent le mouvement des places [20], d’Occupy aux Indignados en passant par Nuit Debout.

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NOTES :

[1] Ce texte développe une tribune publiée dans Le Monde les 7-8 mai 2016.

[2] Ces images d’archives pourront convaincre du sérieux des confrontations : http://www.umbruch-bildarchiv.de/bildarchiv/ereignis/010501berlin.html. youtube regorge de vidéos des affrontements avec les polices allemandes, notamment lors des « Premier Mai révolutionnaires », les « Chaos Tagen » de Hanovre et les mouvements de squat de la fin des années 1970 au début des années 2000…

[3] Sur les appréciations par les militant.e.s (de gauche) des évolutions du maintien de l’ordre en Allemagne, voir la table ronde organisée pour le 100e numéro de la revue Bürgerrechte & Polizei, 2011, p. 48-62.

[4] Sur la promotion de cette notion par la police de Berlin et la municipalité dans les années 2000, voir Jérémie Gauthier, Les origines contrôlées. La police à l’épreuve de la question minoritaire à Paris et à Berlin. Versailles/Freiburg : UVSQ/U. Freiburg, thèse de doctorat, 2012, p. 231 et suiv.

[5] Olivier Fillieule, Pascal Viot, Gilles Descloux, Étude comparée sur les doctrines en matière d’engagement lors de grands rassemblements (2015) ; Encadrement policier des manifestations publiques et prévention de la violence : éléments de comparaison européenne (2014) et Étude comparée sur les doctrines en matière d’engagement lors des manifestations sportives – violence dans les stades (2014), rapports remis dans le cadre du programme de coopération Suisse-Roumanie (non publié), Lausanne : Université de Lausanne, IEPHI-CRAPUL.

[6] Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Paris, Puf, 1988 (1895).

[7] Voir notamment Reicher, S., C. Stott, J. Drury, O. Adang, P. Cronin, and A. Livingstone, “Knowledge-Based Public Order Policing : Principles and Practice Policing”, Policing, 2007, vol. 1, n°4, p. 403–415. Pour une discussion sur ces nouvelles élaborations de la psychologie des foules, voir Waddington, David, Mike King, “The Disorderly Crowd : From Classical Psychological Reductionism to Socio-Contextual Theory - The Impact on Public Order Policing Strategies”, The Howard Journal of Criminal Justice, 2005, vol. 44 n°5, p. 490-503.

[8] Assemblée nationale, Rapport au nom de la commission d’enquête chargée d’établir un état des lieux et de faire des propositions en matière de missions et de modalités du maintien de l’ordre républicain, n°2794, 2015 (le rapport est présenté par Noël Mamère, président, qui a toutefois refusé de l’endosser).

[9] Voir sur ces évolutions Fabien Jobard, « Le spectacle de la police des foules : les opérations policières durant la protestation contre le CPE à Paris », European Journal of Turkish Studies, 15 | 2012, mis en ligne le 09 juin 2013. Sur les « binômes », voir déjà Olivier Fillieule, Stratégies de la rue, Paris, Presses de la FNSP, p. 267-270.

[10] Voir en particulier les pages 127 et 128 établies par le rapporteur de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale déjà cité.

[11] En 2009 s’est tenue la première conférence sur TaCom dans le Land de Hesse. La troisième conférence s’est tenue en Basse-Saxe en 2012 et a été l’occasion de partager l’expérience TaCom avec les représentants des polices de Pologne, Tchéquie, Angleterre et Hongrie.

[12] Comme en attestent les enseignements délivrés dans les centres de formation gendarmiques autant que CRS, les prises de parole dans les congrès spécialisés de la police des foules – par exemple les congrès internationaux – Francopol – Réseau international francophone de Formation policière dont là dernière édition s’est tenue à Montreux en 2015- ou encore les documents syndicaux circulant en interne.

[13] Rappelons à cet égard que durant toutes les années 1970, les autonomes amenaient des véhicules individuels, voire des camionnettes, jusque dans les cortèges manifestants, pour en sortir manches de pioche, cocktails molotov et autres explosifs.

[14] L’hypothèse de l’instrumentalisation des éléments radicaux par le politique, qui donnerait l’ordre aux policiers de laisser pourrir la situation, ne peut non plus être exclue, 

comme le rappelle ce témoigne d’un policier syndicaliste dans L’Humanité du 4 mai 2016 (http://www.humanite.fr/tout-est-mis-en-place-pour-que-ca-degenere-606373). Rappelons que, par rapport aux pays de common law caractérisés par le principe de «  police autonomy », en France le politique garde l’entière main sur l’action des forces de l’ordre en manifestation, du début à la fin des opérations. Seule une information sur ce qui s’échange dans les salles de commandement dans le cours de l’action (via l’analyse des PV radio) permettrait d’étayer définitivement l’hypothèse de l’instrumentalisation politique.

[15] René Lévy, « La police française à la lumière de la théorie de la justice procédurale », Déviance & Société, 40, 2, 2016, p. 139-164. Voir aussi le dossier de la Vie des idées sur la police britannique.

[16] Voir Dominique Monjardet, Ce que fait la police. Sociologie de la force publique. Paris, La Découverte, 1996 et sur les biais de recrutement et de vocation Duprez, D. & Pinet, M., « La tradition, un frein à l’intégration. Le cas de la police française », Cahiers de la sécurité intérieure, 2001, 45, 111–138 et la thèse très détaillée de Frédéric Gautier, Aux portes de la police. Vocations et droits d’entrée. Contribution à une sociologie des processus de reproduction des institutions. Lille, Université de Lille 2, 2015.

[17] Communiqué de presse du syndicat Alliance (aujourd’hui majoritaire chez les gardiens de la paix), 4 mai 2016.

[18] Cousin, Bruno, « Les violences policières de Gênes 2001 entre mise à l’épreuve du récit et mise en forme publique ». Déviance et société, 2006, 30(1), p. 67–89.

[19] Abby Peterson, « La Suède et le Danemark face aux mobilisations altermondialistes », in Olivier Fillieule, Donatella della Porta (dir.), Police et manifestants, Paris, Presses de Sciences-po, 2006, p. 307-329.

[20] Voir les travaux récents réunis in Hélène Combes, David Garibay, Camille Goirand (dir.), Les lieux de la colère. Occuper l’espace pour contester, Paris/Aix-en-Provence, Karthala/Presses de Sciences-Po Aix, 2015.

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