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dimanche 1 mai 2016

Il ne manque que la convergence des luttes

Publié initialement sur Facebook le 1er mai 2016

Le Pouvoir est aux abois et cherche à discréditer par casseurs interposés, ou divisions internes les mouvements dissidents...

Quant est-ce que les résistants auront l'intelligence de se retrouver côte à côte, de l'extrême droite à l'extrême gauche, des français de souche à ceux issus de l'immigration, pour s'opposer à cette dictature modalité dont les menaces dépassent et de loin les petits egos de pouvoir politique ou communautariste dont les expressions clivantes ne font que servir l'ennemi commun....

Selon François Cusset, les conditions d’une révolte globale sont sur le point d’être réunies.

Erwan Castel

Source, le lien ici : Politis

Quand sautera l’ultime verrou ?


François Cusset, 27 avril 2016

Les fameuses « circonstances objectives » sont-elles réunies ? L’expression du vieux Lénine, qui s’y connaissait en grondements pré-révolutionnaires, comporte une part d’humeur et une part d’événement, un élément de surprise d’un côté et, de l’autre, la certitude chez un nombre suffisant de dominés qu’ils n’ont, cette fois, plus rien à perdre. Pour que la logique de la révolte aille jusqu’au bout, au lieu d’être un prurit saisonnier ou la bonne conscience des indignés, il faut que les rages collectives contenues aient atteint une masse critique et qu’une étincelle, soudain, mette le feu aux poudres. Imprévisible par définition, celle-ci reste impensable, sous la chape de l’état d’urgence, l’amas des peurs coagulées et, malgré une violence policière qu’on n’avait plus vue depuis longtemps à pareille échelle, cette expertise répressive du « zéro mort » qu’exporte partout dans le monde le ministère de l’Intérieur.

Les silex de la lutte s’entrechoquent jour et nuit place de la République et ailleurs, mais pas encore d’étincelle en vue. Celle-là en revanche, la masse critique des ras-le-bol, est nettement plus manifeste qu’en d’autres temps, et plus déterminée que jamais, surtout, à perdurer. Rien à voir, de ce point de vue, avec les deux derniers grands épisodes d’insurrection française. Quand, à l’automne 1995, salariés et précaires se soulèvent contre le plan de réforme des retraites du Premier ministre, un certain Alain Juppé, la classe dirigeante – experts médiatiques, décideurs libéraux, intellectuels de cour et politiciens conservateurs ou sociaux-démocrates – juge alors d’une seule voix qu’une telle protestation est non seulement passéiste mais, surtout, qu’elle ne prendra pas : il en résulta la plus longue grève générale du pays depuis trois décennies et le réveil des forces sociales après quinze ans d’anesthésie mitterrandienne.

Et quand, en avril 1968, dans l’Hexagone moderne du plein-emploi et de la télé d’État, engourdi par le paternalisme gaullien et les ruses pompidoliennes, l’éditorialiste du Monde Pierre Viansson-Ponté estime que « la France s’ennuie », personne n’y trouve à redire, la grande effervescence du mois suivant étant alors moins imaginable que l’apocalypse nucléaire ou la colonisation de la Lune.

Or, en avril 2016, le moins qu’on puisse dire est que la France ne s’ennuie pas. D’un côté, ce sont l’état d’urgence constitutionnalisé, avec pouvoirs policiers extraordinaires et militarisation de nos villes, l’abandon définitif par un État néolibéralisé des banlieues exsangues et des millions de mal-logés, la criminalisation des mouvements sociaux spontanés et le suréquipement contre-insurrectionnel (la préfecture de police est même en train d’acheter des drones pour surveillance à très basse altitude). Et, en face, de l’autre côté de ce fossé que ne cessent d’élargir les médias complices et les spécialistes de la « Grande Diversion », ce sont des feux et des contre-feux allumés partout dans l’espace social, et se multipliant ces derniers jours à un rythme qui ne trompe pas : zadistes indéboulonnables de l’Isère à la Loire-Atlantique, collectifs ruraux en sécession du Limousin à la Haute-Provence, intermittents du spectacle occupant le théâtre de l’Odéon comme en un autre printemps, grèves sectorielles en rafales mais bien coordonnées, des cheminots aux hôpitaux et de la justice au monde paysan, militants syndicaux battant le pavé ou le lançant sur les CRS sans attendre les consignes de leurs directions dépassées (qu’on dirait, plus que jamais, payées par le patronat et le gouvernement pour endiguer la vague des mécontentements), activistes d’une extrême gauche qui ne croit plus au mensonge de l’élection, réfugiés et sans-papiers bravant l’inhospitalité officielle et le refus de régularisation, indigènes d’au-delà du boulevard périphérique résolus à imposer leur réalité postcoloniale à cette France blanche qui les veut invisibles, étudiants et lycéens qu’ont convaincus d’aller se battre les diplômes inutiles, le chantage au stage et le mensonge grotesque de l’épanouissement par la vie d’entreprise.

Et, à l’épicentre de ces départs de feu, à bonne distance aussi des syndicats et des partis, il y a cette Nuit debout, inédite et opiniâtre, dont on commence à comprendre, au 55 ou 60 mars de son calendrier (commencé le 31 mars), qu’elle n’est pas réductible aux antécédents d’Occupy Wall Street ou de la Puerta del Sol (tout en leur empruntant certains modes d’action), ni au doux utopisme d’un « autre monde possible » ou au moralisme bavard de l’indignation, ni à plus forte raison à la sociologie bobo que veulent lui coller les observateurs myopes.

La « convergence des luttes » dont ces combats divers font tous leur priorité ne se décrète pas, bien sûr, ni ne s’obtient par une stratégie institutionnelle précise, qui n’existe pas. À moins de confondre convergence tactique et unité forcée, car, ici, les écarts d’intérêts, d’agendas et d’objectifs sont moins une faiblesse qu’une possible puissance – au nom de ce « pouvoir humanisant de la division » dont parlait le philosophe Jacques Rancière quand il théorisait les vertus de la lutte des classes.

Cette convergence, en revanche, même ponctuelle et bricolée, suppose trois conditions, nécessaires avant d’être suffisantes. Primo, la désignation d’un adversaire commun, autrement plus vaste qu’une seule loi El Khomri de destruction du code du travail, mais moins flou que l’hydre abstraite du Capital – car, des DRH aux élus zélés, ils ont des noms, des postes, des rôles précis. Secondo, le refus du mirage électoral, refus qu’on sent cette fois largement partagé, le roi (des urnes) étant bel et bien nu après des décennies de promesses bafouées et de serments foulés aux pieds. Tertio, et c’est là que le bât blesse : un accord a minima sur les moyens d’action, compte tenu de la réticence croissante aux logiques de la discussion, mais aussi du risque de scission interne porté par les virées nocturnes pour casser vitrines de banques ou agences de Pôle emploi. La marge d’action est étroite, mais le débat doit avoir lieu, après trente ans de tabou sur ces questions : sabotage ou résistance physique relèvent-ils de la « violence » ? Et quels modes d’action effectifs opposer à la violence sourde du système, celle qui menace, épuise, assigne ou sacrifie des vies ? Ce dernier point est évidemment le plus difficile, l’ultime verrou qui n’a pas encore sauté. Quand il cédera, un mouvement uni déferlera en comparaison duquel Mai 68 et décembre 95 auront l’air d’innocentes parties de plaisir. C’est demain, après-demain – au pire la prochaine fois. Mais dès lors qu’ont été franchis tous les seuils du supportable, c’est pour bientôt. Sans aucun doute possible.

François Cusset Écrivain, professeur à l’Université de Paris Ouest Nanterre

vendredi 29 avril 2016

Quand l'armée grogne la révolte gronde

Quand la grande muette commence à grogner (3)

Le commandant du GIGN, Hubert Bonneau (à droite), dénonce notre vulnérabilité face aux terroristes. © SIPA
Les nouvelles manifestations contre le projet de réforme de la loi du travail ont été marquées par des violences généralisées dans une dizaine de villes, entraînant de nombreux blessés parmi les manifestants et des "forces de l'ordre" qui semblent aujourd’hui plus missionnées pour protéger un désordre organisé que la paix des citoyens...

Pour le moment seulement, car du côté de la "Grande Muette" ça grogne de plus en plus et ce ne sont certainement pas les représailles disciplinaires contre un général Soubelet ou les élucubrations d'un Juppé interprétant à sa convenance le "devoir de réserve" qui vont faire cesser la protestation militaire grandissante....

Dans un proche avenir, j'ai bien peur que l'armée française soit obligée de faire un choix : celui d'être la milice publique aux ordres d'un pouvoir protégeant ses intérêts, ou d'être l'armée d'un pays protégeant sa population et son territoire physique et civilisationnel...

De l'Empire romain où des légions rassemblées pouvaient coopter un nouvel empereur, aux coups d'États militaires stoppant comme en Égypte une dérive totalitaire du régime, les armées issues du peuple et désintéresséeds ont souvent été les gardiens de la Nation, tant face aux ennemis extérieurs que face aux traîtres la menaçant de l'intérieur.

Lorsqu'un gouvernement franchi la ligne séparant l'inaptitude de la trahison, la désobéissance devient un devoir, et surtout le respect des valeurs que représentent les deux mots "Honneur et Patrie" cousus en lettres d'or dans la soie des drapeaux et des étendards de notre Histoire.

Ce devoir est certainement le plus difficile qu'un militaire ait à accomplir, plus risqué encore que de sacrifier sa vie, et sa légitimité ne dépend que de la conscience vécue et non de l'histoire telle su'elle est écrite par les vainqueurs du moment.

Le Général Pouilly, qui a toujours été fidèle à De Gaulle, celui qui avait dit en 1940 "obéir c'est trahir, désobéir c'est servir" évoquait après le « putsch » de 1961 cette grande responsabilité du militaire devant la nation et l'Histoire :

« J’ai choisi la discipline mais choisissant la discipline, j’ai également choisi avec mes concitoyens et la Nation Française la honte d’un abandon et, pour ceux qui n’ayant pas supporté cette honte et se sont révoltés contre elle, l’Histoire dira peut-être que leur crime est moins grand que le nôtre. »

Il est des tempêtes de l'Histoire où 'Homme, surtout quand il porte un uniforme se doit d'obéir d'abord à son coeur, surtout quand le corps n'est plus qu'aux services d'intérêts contraire à l'éthique...

Erwan Castel

Source, le lien ici : Valeurs Actuelles

Terrorisme : le chef du GIGN dénonce 
la "faiblesse de nos démocraties"

Sécurité. Le commandant du GIGN a livré sa vision des choses à propos de la lutte contre le terrorisme. Il pointe du doigt notre immense vulnérabilité face à un ennemi qui s'est adapté à la "faiblesse" de nos sociétés démocratiques, selon des propos rapportés par Le Point.

"Je ne fais pas de politique, moi". Le colonel Hubert Bonneau avait annoncé la couleur, il n'a pas menti. Invité à s'exprimer en clôture du forum Technology Against Crime (TAC) de Lyon ce vendredi, le commandant du GIGN a exprimé très clairement et sans langue de bois la situation sécuritaire de la France, comme le rapport Le Point. Les attentats de janvier et de novembre, la menace qui pèse sur le pays, ouvertement en guerre contre l'Etat islamique… Les conclusions et les explications du militaire sont effrayantes.

"Les groupes terroristes profitent d'une véritable faiblesse de nos démocraties, j'ose le dire" a-t-il lancé à l'assistance. Selon lui, le mode opératoire des terroristes est redoutablement efficace et très difficile à contrer, avec un "rapport coût-efficacité terrible pour nous". "Ca peut taper n'importe où, n'importe quand, sachant qu'on attaque des cibles molles, pas renforcées. Le champ des possibles est très vaste", a-t-il continué. Des déclarations qui vont à l'encontre des discours rassurants diffusés par les autorités depuis plusieurs semaines, à l'approche notamment de l'Euro 2016. La compétition de football, qui rassemblera des millions de supporters dans les villes françaises hôtes, est une cible de choix pour qui voudrait commettre un attentat. Les "fans zone", ces places publiques où de nombreux supporters pourront venir assister aux matchs sur un écran géant, font notamment débat, mais devraient être maintenues. De la folie, si l'on considère les propos du colonel Bonneau.

"On n'a pas vu en France les choses arriver"
Le patron du groupe d'intervention de la gendarmerie a d'ailleurs critiqué l'aveuglement français quant à la menace terroriste. "Il faut être honnête et clair : on n'a pas vu en France les choses arriver. Malgré les attentats de Londres et de Madrid, malgré les événements en Afghanistan, au Pakistan. Si on ne les a pas vus, c'est parce que cela se passait loin de chez nous". Aujourd'hui, les ennemis vivent au contraire chez nous, dans nos villes et leurs banlieues : "A part quelques personnages en novembre, tous ceux qui agissent sont Français. C'est avant tout une problématique de sécurité intérieure. C'est quelque chose qui nous a beaucoup surpris". Et ces guerriers préparent un coup d'éclat, leurs tours jumelles à eux : "Ces terroristes vont rechercher un 11 Septembre 2.0. On est passé d'une entreprise centralisée et secrète à, aujourd'hui, une entreprise décentralisée qui marche sous forme de franchise".

Autre sujet abordé par le militaire, les moyens de communication et la propagande extrêmement efficace mis en place par l'Etat islamique. Les réseaux sociaux, la facilité pour les djihadistes de communiquer et de diffuser des contenus… Le meilleur exemple est à ce titre Inspire, le magazine de l'Etat islamique. Il est "remarquable et intéressant", notamment le numéro paru après les attentats de janvier : "On a cinquante pages qui disent ce qui a été bien fait et ce que les Kouachi et Coulibaly ont mal fait ou n'auraient pas dû faire. En substance, le magazine dit : Pour l'avenir, voilà ce qu'on vous propose. Inspire, c'est le petit marmitton.com du terrorisme : comment créer des grenades, confectionner des armes; etc". C'est précisément ici que les terroristes profitent de la faiblesse de nos démocraties, qui ne peuvent contrôler ce qui circule sur internet comme le font des régimes plus autoritaires. Les déclarations d'Hubert Bonneau sont donc à la fois terrifiantes et extrêmement précieuses.