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lundi 27 juin 2016

Branle bas de combat pour l'amiral

Quand la grande muette commence à grogner (6)

Devant la déliquescence servile du Pouvoir en France, l'abandon des principes de Défense Nationale et la désintégration progressive des Forces Armées  et des forces de sécutité intérieures françaises, un nombre crisant d'officiers généraux et supérieurs qu'ils soient de la Gendarmerie, de la Police,ou de l'Armée, alertent les élus et l'opinion publique des menaces que fait peser à la Nation la conduite d'une telle politique laxiste et servile.

Pour lire les articles précédents sur ces différents "grognards" en uniforme, le lien ici : Grogne des généraux

Erwan Castel

Source le lien ici : RT France

Pour l’amiral Debray, 
si des accords stratégiques sont possibles, 
l’OTAN est une force d’occupation
27 juin 2016, 19:35


Le Brexit, s’il est respecté, pourrait aussi bouleverser l’UE en termes militaires, explique l’amiral Debray à RT France, confiant sa vision de la sécurité en Europe, l’hégémonie américaine et l’impératif, pour un pays, d’être maître de sa défense.

Pour l'amiral Debray, le Brexit aura bien évidemment des conséquences militaires, même si le Royaume-uni est dans l'OTAN et que tous les tenants de l'UE font semblant de ne pas savoir que leur défense dépend de cette dernière.

Face au Brexit, selon lui, «il faudra revoir la façon dont les membres de l'Union européenne considèrent leur Défense». Si l'on en croit sa vision, une telle remise en question est plus que nécessaire. 


Le choix britannique sera-t-il respecté ?

Néanmoins, établissant un parallèle entre le référendum sur le Brexit et celui sur la constitution européenne de 2005 lors duquel la France et les Pays-Bas avaient voté contre mais avaient été ignorés par l'Union européenne, l'amiral se veut réaliste :

«Le choix des Français et des Néerlandais a été complètement contourné par la suite et aujourd'hui, il n'en reste absolument rien. Le traité de Lisbonne a obligé la France à admettre tout ce que le peuple français avait refusé.

On peut alors imaginer que le vote [du jeudi 23 juin] n'aura pas de grandes conséquences. Je souhaite que les Britanniques ne soient pas floués par leurs dirigeants, comme les Français l'ont été par les leurs.»


L'ombre américaine

Dans une vision très gaullienne, l'amiral lie intimement la question de la relation du Royaume-Uni à l'UE à celle de son appartenance à l'OTAN : 

«Depuis les origines de la construction européenne, les Etats-Unis ont tout fait pour faire [de l'Europe] un fournisseur de supplétifs, pour que les Etats-Unis fassent la politique de Défense et que les pays européens fournissent les contingents de tirailleurs qui iraient à la boucherie s'il le faut.» 

Se laisser occuper par des forces armées étrangères 
en temps de paix n'est pas excusable

Le Brexit serait donc une épine dans le pied des Etats-Unis, qui cherchent à l'heure actuelle à renforcer l'OTAN en Europe, dans un processus que l'amiral voit affecter la France :  

«C'est tout à fait possible que la France accueille bientôt de nouveau des bases de l'OTAN sur son territoire. C'est possible depuis que notre président a commencé à engager des conversations avec l'OTAN pour qu'on revienne sur ce qui avait été fait du temps du Général de Gaulle en 1966, lorsque la France a fait sortir de son territoire tous les contingents étrangers qui n'avaient rien à y faire.



Avoir des accords avec des Etats étrangers est absolument concevable, mais se laisser occuper par des forces armées étrangères en temps de paix n'est pas excusable. C'est un travail qui a été commencé avec Jacques Chirac, qui a été poursuivi sous Nicolas Sarkozy et qui est en train d'être achevé par François Hollande. Une nouvelle fois, les élites se moquent de l'intérêt supérieur de la patrie et du vote de leurs citoyens.

Le peuple, on ne lui demande pas son avis. On ne lui a demandé son avis ni lorsque le service national a été supprimé, ni lorsqu'il a refusé la constitution européenne. Il n'y a rien de nouveau. Dès la création de la Communauté européenne de Défense (CED), qui est un projet des européens d'alors et des Américains de toujours, le projet était de réarmer l'Allemagne et d'utiliser les nations composées de pays membres de l'UE pour les mettre au service d'une politique de défense étrangère, celle de l'impérium américain.» 


France de 2016, France de 1946 : même combat ?

L'amiral Debray a pu appeler à la constitution d'un nouveau CNR, ou Comité National de la Résistance, organe qui coordonnait la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Car, selon lui :

«Aujourd'hui la France n'est plus menacée par les divisions blindées de Hitler, mais par la volonté d'hégémonie des Etats-Unis.

Lorsque vous voyez que l'Union européenne - qui était une union économique, et qui est aujourd'hui une union sans adjectif qualificatif - condamne la France parce qu'il n'y pas de syndicat dans l'armée française... Qui commande quoi, en France ?

Un pays doit avoir la volonté de se doter de ses propres moyens de défense, voilà ma conviction.» 

Alors que le Premier ministre Manuel Valls a déclaré l'état d'urgence, que le plan vigipirate est à son niveau maximum et que la présence de soldats se fait plus que jamais sentir, les propos de l'amiral pourraient surprendre. Il est pourtant catégorique. 

«Il n'y a pas de militarisation en France depuis qu'on a supprimé le service national. Cela ne me concerne plus mais je le regrette profondément.

Le service national est pour moi un service que le France rendait à ses enfants. [...] La république manque aujourd'hui de moyens militaires.» 


Garder le contrôle de la capacité nucléaire, impératif de l'armée française

Mais, au-delà du service militaire, il y a, pour lui, un autre élément primordial à préserver afin que l'Etat protège la souveraineté nationale : le feu nucléaire. 

«L'armée française se porte très mal en grande partie depuis qu'on a supprimé le service national et du fait des diminutions des ressources qu'elle subit. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, il faut le dire, ont une obsession de contourner la volonté française de disposer de sa propre dissuasion nucléaire. C'est pour eux un objesctif perpétuel : empêcher la France de se remettre au niveau où elle était parvenue à se mettre avec sa force de dissuasion nucléaire.

La France doit pouvoir disposer de ses propres forces armées 
comme elle le souhaite et refuser de se faire inféoder 
par quelque organisme supranational que ce soit

Il ne faut pas rêver à la disparition des forces de dissuasion nucléaire. Ni les Russes, ni les Américains, ni Israël, ni l'Inde ou le Pakistan ne se sépareront de leurs armes nucléaires. L'intérêt de [cette] arme est justement de ne pas être employée. Elle agit par la menace de son emploi, en arme justement dissuasive.

Il faut donc qu'elle existe, qu'elle soit en bon état et que nous la maîtrisions complètement. La force nucléaire française existe toujours et elle est en bon état [...] La défense doit être nationale et une défense nationale ne se traduit pas par une armée commune avec d'autres pays. La France doit son statut de membre permanent au conseil de sécurité de l'ONU à sa capacité nucléaire. Il faut que nos dirigeants en soient conscients.»


Les conflits par nations interposées

Garder le contrôle est d'autant plus essentiel, pour lui, que le monde de la guerre évolue et que la France semble se faire entraîner vers des terrains bien éloignés de ses propres intérêts.

Qu'il s'agisse de privatisation...

«Le monde évolue, demain il ne sera plus celui qu'il était hier. Les conflits qui se présentent ne ressemblent pas à ceux que nous commémorons cent ans après Verdun, mais certaines caractéristiques me gênent énormément.

Les sociétés militaires privées ? C'est un oxymore. Un état ne doit pas s'adresser à des gens qui veulent gagner de l'argent en vendant de la sécurité. Le rôle de l'Etat c'est de défendre son peuple et on défend son peuple avec une armée qui dépend de l'Etat et non pas avec des sociétés privées. [...] En France on sous-traite, privatise et externalise dans tous les domaines. Les militaires vont bientôt être formés par des civils.»

... de concurrence d'autres Etats...

«Le Japon est en train de manœuvrer pour avoir une armée alors qu'ils ne sont pas censés en avoir. L'Allemagne, sans rien dire commence à agir à l'extérieur de ses frontières, alors qu'il est écrit noir sur blanc qu'elle ne doit pas le faire.»

... ou de problématique stratégique, la France étant amenée à faire le travail pour d'autres nations :

«On agit par Etats interposés [...] La France est allée bombarder la Libye avec une énorme violence sur ordre des américains - et au mépris d'ailleurs des décisions prises au conseil de sécurité. L'armée française a fort bien rempli sa mission et l'a remplie pratiquement sans pertes, ce qui est totalement à son honneur. Mais on peut se demander quel intérêt avait la république française à entreprendre cette action. Pour le compte de qui avons nous agi ?

La France est allée bombarder la Libye avec une énorme violence 
sur ordre des américains 
et au mépris des décisions prises au conseil de sécurité

Contrairement à la Libye, dans le cœur de l'Afrique, la France a des raisons d’intervenir pour le bien des populations avec lesquelles nous avons des accords depuis de nombreuses années, au Mali, en Centrafrique, au Congo-Brazzaville [République du Congo]... 

C'est là que les populations ont besoin de notre appui. Nous ne pouvons refuser de leur apporter notre soutien militaire sous prétexte que les Etats-Unis dans des guerres qui ne nous concernent pas. C'est une question de souveraineté nationale et celle-ci ne passe que par une armée qui obéit uniquement à la volonté des responsables nationaux.»

Michel Debray

Michel Debray a commandé les porte-avions Foch et Clemenceau. Il a présidé la Fondation Charles-de-Gaulle de 1998 à 1999. En 1997, il a participé à la fondation de l'Alliance pour la souveraineté de la France. Il a ensuite été membre du haut conseil du Forum pour la France de Pierre Marie Gallois.

Lire aussi :



dimanche 1 mai 2016

L'abandon de la souveraineté militaire

Quand la grande muette commence à grogner (5)

Nouvel épisode dans le grogne des officiers français qui tout doucement forment les rangs autour des valeurs inscrites en lettres d'or dans la soie de leurs drapeaux et de leurs étendards.

Aujourd'hui il est question de la politique de réintégration de la France dans l'OTAN, menée par le gouvernement Hollande...

Pierre Pranchère et l’Amiral Michel Debray 
appellent la France à sortir de l’OTAN


Par Michel DEBRAY, Pierre Pranchère 
le 02 avril 2016 - Dissidence France

Pierre Pranchère et l’Amiral Michel Debray appellent les parlementaires à refuser la réintégration totale de la France dans l’OTAN et à sortir de l’OTAN

À l’initiative du président Hollande, un projet de loi prépare le retour de l’OTAN avec le stationnement sur notre sol de forces militaires étrangères membres, 50 ans après en avoir été exclues par le général de Gaulle.

Le président de la République, bafouant les principes établis au nom de la France, de 1958 à 1966 pour sa sortie de du commandement intégré de l’OTAN, a soumis au conseil des ministres du 4 janvier 2016 un projet de loi qui autoriserait le retour sur notre sol de forces militaires étrangères sur décision des Etats-Unis, véritable maître de l’OTAN.

Le général de Gaulle dès son accession à la présidence de la République en janvier 1959 a multiplié les démarches et pris les décisions afin que la France rétablisse sa souveraineté et son indépendance, ce qui fut réalisé en mars 1966.

Le texte prévoit, s’il est adopté par le parlement, l’adhésion de la France à un protocole datant de 1952 qui définissait « le cadre juridique du stationnement des quartiers généraux de l’OTAN et de leurs personnels au sein des pays de l’alliance ».

Ce protocole de 1952 induisait la présence de 28000 militaires américains qui paradaient sur notre sol 21 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ils occupaient principalement des bases aériennes, comme à Déols près de Châteauroux, tout en narguant les autorités et la population.

Dans cette période où l’impérialisme américain avait déjà fait de l’OTAN son arme de guerre, le président de Gaulle développa sa politique étrangère selon les principes de souveraineté et d’indépendance qu’il avait mis en œuvre.

Nous avons évoqué en commémorant en 2013 le 70ème anniversaire de la victoire de l’armée soviétique à Stalingrad, qui fut le tournant décisif de la Seconde Guerre Mondiale, la visite du général de Gaulle à Moscou du 20 au 30 juin 1966. Ce dernier, se souvenant de 1944 où il avait vu la grande Russie«… tendue dans l’esprit guerrier qui allait assurer sa victoire et, pour une très large part, celle de la France et de ses alliés », clôtura sa visite par la signature d’une déclaration bilatérale qui donna une impulsion considérable à une coopération multiforme, le domaine spatial en témoigne encore.

Le 1er septembre 1966, le président de Gaulle prononça un discours à Phnom Penh au Cambodge en présence de 100 000 personnes. L’impérialisme américain installé au Vietnam du sud se distinguait par l’utilisation massive du napalm et les bombardements aériens, c’est ce que mettait en cause le président français en ces termes : l’escalade américaine « de plus en plus étendue en Asie, de plus en plus proche de la Chine, de plus en plus provocante à l’égard de l’Union Soviétique, de plus en plus réprouvée par nombre de peuples d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, et, en fin de compte menaçante pour la paix du monde ».

La réintégration en décembre 1995 de la France au comité militaire et au conseil des ministres de l’OTAN fut qualifiée par l’historien Paul-Marie de la Gorce de « retour honteux de la France dans l’OTAN ». La réintégration fut complétée en 2009 sous la présidence de Sarkozy, ramenant la France à la situation antérieure à 1966.

La décision de Hollande de démolir l’œuvre de De Gaulle en ce domaine, tout comme la mission impérative qu’il a donnée à son gouvernement Valls-Macron de déclencher une guerre totale contre ce qu’il reste des conquêtes sociales et démocratiques émanant du Front populaire et des fondamentaux du programme du Conseil National de la Résistance, illustre le caractère ultra réactionnaire d’une politique sociale-impérialiste.

La 4ème conférence nationale du PRCF des 14 et 15 mars 2015 a constaté avec raison que le parti socialiste est bien « irréversiblement enchaîné à la « construction » européenne, à l’OTAN et à la gouvernance capitaliste mondiale (FMI, UE, OMC) ».
Ce projet de loi Hollande, honteux et antinational, nouvelle soumission aux Etats-Unis, mérite la poubelle de l’histoire, il doit être rejeté par les députés et les sénateurs qui en seront bientôt saisis.

Il éclaire l’urgence pour la sécurité de notre pays de sortir de l’OTAN qui réalisa avec le concours de la CIA le coup d’Etat des néo-nazis-fascistes de la place Maïdan à Kiev dont un des leaders fut reçu à l’Elysée. La soi-disant  « Europe de la paix » a été transformée par l’OTAN en « Union Européenne militariste » pouvant conduire à une troisième guerre mondiale.

La sortie de l’OTAN devra s’accompagner du retrait de la France de l’Euro, de l’Union Européenne et des organismes déjà cités, FMI et OMC, qui assurent la dictature internationale des marchés financiers et menacent la paix et la démocratie.

Michel DEBRAY
Vice-amiral
Ancien commandant de l’Aviation embarquée et du groupe des porte-avions
Ancien président de l’Institut Charles de Gaulle
Pierre PRANCHERE
Ancien Résistant
Ancien député à l’Assemblée Nationale
Député honoraire au Parlement Européen
Président de la commission Internationale du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF)

Publié par Initiative-communiste.fr/ le 27 Mars 2016

samedi 30 avril 2016

Un moral en berne et une grande fatigue

Quand la grande muette commence à grogner (4)

Le général Vincent Desportes,

"L'armée est asphyxiée, au bord du burn-out" 

selon le Général (2s) Vincent DESPORTES.
Posté le samedi 30 avril 2016

Un moral en berne et une grande fatigue... Le général Vincent Desportes, retraité, fait le diagnostic du malaise dans l'armée française. Une crise causée, selon lui, par la gestion à la petite semaine de l'État.

Le général Vincent Desportes est connu pour ne pas avoir la langue dans sa poche. Cet ancien patron du Collège interarmées de défense (aujourd'hui École de guerre), où sont formés certains officiers supérieurs des armées françaises, a récemment publié la Dernière Bataille de France (Gallimard, 2015), un ouvrage dans lequel il dénonce le fiasco de la gestion politique de la Défense.


Comment expliquez-vous que l'on perçoive si mal le malaise des militaires aujourd'hui ?

Le militaire a naturellement une attitude d'obéissance extrêmement disciplinée. Pendant très longtemps, il a admis la dégradation de son statut dans la société et la déperdition d'un certain nombre de prérogatives qu'il aurait dû conserver. Depuis les deux dernières lois de programmation de 2008 et 2013, qui ont fait un mal terrible aux armées, les militaires se sont rendu compte qu'au fond, on leur mentait : ils n'étaient pas protégés par ceux qui devaient les protéger, en particulier les politiques. Ils l'ont vu à l'inadéquation grandissante entre les moyens qui leur étaient accordés et les missions qu'on leur demandait de remplir. On voit bien aujourd'hui que le malaise va grandissant et que la situation n'est plus tenable, parce qu'une armée sans moral, c'est une armée qui ne fonctionne pas. Et puis ce n'est plus uniquement une question de moral, c'est aussi une question de fatigue. L'armée est asphyxiée. Elle est proche du burn-out. Elle ne voit pas arriver les mesures qui soulageraient et permettraient aux soldats de mieux remplir leurs missions.


Est-ce si difficile à exprimer ?

Ce qui est terrible, c'est que pour que le pouvoir politique s'empare d'un problème dans les armées, il faut que les réseaux sociaux le fassent apparaître. Ce ne sont pas les militaires eux-mêmes, mais les sœurs, les familles, les mamans, qui disent : « Attention, M. le ministre, il faut faire quelque chose. » Il a fallu ce mouvement pour qu'à l'été 2014, le ministre décide d'un plan d'urgence de 700 mesures. S'il y avait autant de mesures à prendre pour remettre à niveau les casernements, c'est que, très probablement, on aurait pu s'en apercevoir avant.


Avez-vous toujours eu une parole libre ?

Je suis profondément un homme de conviction. Je pense que les convictions sont plus importantes que le reste. Tous les officiers doivent être des hommes de conviction. Les premiers livres que j'ai écrits étaient destinés à faire comprendre la guerre. Le besoin de m'exprimer de manière divergente de la parole officielle est venu des coups portés par le livre blanc de 2008, qui m'a poussé à témoigner dans Le Monde, quatre mois avant ma sortie de l'armée, en 2010, pour donner mon avis. Cela m'a valu d'être immédiatement convoqué par le cabinet du ministre et que l'on m'explique que ce n'était pas tolérable.


Comment les militaires peuvent-ils participer au débat politique ?

Ils doivent rester apolitiques. On m'a proposé de rentrer dans l'équipe d'un candidat éligible. J'ai refusé. Les armées françaises sont profondément républicaines et doivent le rester. Plutôt que d'appartenir à un lobby ou à une équipe de campagne, il faut diffuser la parole inlassablement, expliquer ce qu'est la Défense, ce qu'est le besoin de défense. Je vais dans tous les lieux où l'on parle des problèmes de l'armée, du parti de Mélenchon à celui de Dupont-Aignan, en passant par les écolos. Je dis ce que je pense des armées. Que ce soit récupéré par Mélenchon ou par Fillon, je m'en fiche. Je dis ce que je crois. S'ils en font quelque chose, tant mieux. Les armées sont les armées de la France, pas celles d'un parti politique.

Propos du général (2S) Vincent DESPORTES
recueillis par Romain MIELCAREK




vendredi 29 avril 2016

Quand l'armée grogne la révolte gronde

Quand la grande muette commence à grogner (3)

Le commandant du GIGN, Hubert Bonneau (à droite), dénonce notre vulnérabilité face aux terroristes. © SIPA
Les nouvelles manifestations contre le projet de réforme de la loi du travail ont été marquées par des violences généralisées dans une dizaine de villes, entraînant de nombreux blessés parmi les manifestants et des "forces de l'ordre" qui semblent aujourd’hui plus missionnées pour protéger un désordre organisé que la paix des citoyens...

Pour le moment seulement, car du côté de la "Grande Muette" ça grogne de plus en plus et ce ne sont certainement pas les représailles disciplinaires contre un général Soubelet ou les élucubrations d'un Juppé interprétant à sa convenance le "devoir de réserve" qui vont faire cesser la protestation militaire grandissante....

Dans un proche avenir, j'ai bien peur que l'armée française soit obligée de faire un choix : celui d'être la milice publique aux ordres d'un pouvoir protégeant ses intérêts, ou d'être l'armée d'un pays protégeant sa population et son territoire physique et civilisationnel...

De l'Empire romain où des légions rassemblées pouvaient coopter un nouvel empereur, aux coups d'États militaires stoppant comme en Égypte une dérive totalitaire du régime, les armées issues du peuple et désintéresséeds ont souvent été les gardiens de la Nation, tant face aux ennemis extérieurs que face aux traîtres la menaçant de l'intérieur.

Lorsqu'un gouvernement franchi la ligne séparant l'inaptitude de la trahison, la désobéissance devient un devoir, et surtout le respect des valeurs que représentent les deux mots "Honneur et Patrie" cousus en lettres d'or dans la soie des drapeaux et des étendards de notre Histoire.

Ce devoir est certainement le plus difficile qu'un militaire ait à accomplir, plus risqué encore que de sacrifier sa vie, et sa légitimité ne dépend que de la conscience vécue et non de l'histoire telle su'elle est écrite par les vainqueurs du moment.

Le Général Pouilly, qui a toujours été fidèle à De Gaulle, celui qui avait dit en 1940 "obéir c'est trahir, désobéir c'est servir" évoquait après le « putsch » de 1961 cette grande responsabilité du militaire devant la nation et l'Histoire :

« J’ai choisi la discipline mais choisissant la discipline, j’ai également choisi avec mes concitoyens et la Nation Française la honte d’un abandon et, pour ceux qui n’ayant pas supporté cette honte et se sont révoltés contre elle, l’Histoire dira peut-être que leur crime est moins grand que le nôtre. »

Il est des tempêtes de l'Histoire où 'Homme, surtout quand il porte un uniforme se doit d'obéir d'abord à son coeur, surtout quand le corps n'est plus qu'aux services d'intérêts contraire à l'éthique...

Erwan Castel

Source, le lien ici : Valeurs Actuelles

Terrorisme : le chef du GIGN dénonce 
la "faiblesse de nos démocraties"

Sécurité. Le commandant du GIGN a livré sa vision des choses à propos de la lutte contre le terrorisme. Il pointe du doigt notre immense vulnérabilité face à un ennemi qui s'est adapté à la "faiblesse" de nos sociétés démocratiques, selon des propos rapportés par Le Point.

"Je ne fais pas de politique, moi". Le colonel Hubert Bonneau avait annoncé la couleur, il n'a pas menti. Invité à s'exprimer en clôture du forum Technology Against Crime (TAC) de Lyon ce vendredi, le commandant du GIGN a exprimé très clairement et sans langue de bois la situation sécuritaire de la France, comme le rapport Le Point. Les attentats de janvier et de novembre, la menace qui pèse sur le pays, ouvertement en guerre contre l'Etat islamique… Les conclusions et les explications du militaire sont effrayantes.

"Les groupes terroristes profitent d'une véritable faiblesse de nos démocraties, j'ose le dire" a-t-il lancé à l'assistance. Selon lui, le mode opératoire des terroristes est redoutablement efficace et très difficile à contrer, avec un "rapport coût-efficacité terrible pour nous". "Ca peut taper n'importe où, n'importe quand, sachant qu'on attaque des cibles molles, pas renforcées. Le champ des possibles est très vaste", a-t-il continué. Des déclarations qui vont à l'encontre des discours rassurants diffusés par les autorités depuis plusieurs semaines, à l'approche notamment de l'Euro 2016. La compétition de football, qui rassemblera des millions de supporters dans les villes françaises hôtes, est une cible de choix pour qui voudrait commettre un attentat. Les "fans zone", ces places publiques où de nombreux supporters pourront venir assister aux matchs sur un écran géant, font notamment débat, mais devraient être maintenues. De la folie, si l'on considère les propos du colonel Bonneau.

"On n'a pas vu en France les choses arriver"
Le patron du groupe d'intervention de la gendarmerie a d'ailleurs critiqué l'aveuglement français quant à la menace terroriste. "Il faut être honnête et clair : on n'a pas vu en France les choses arriver. Malgré les attentats de Londres et de Madrid, malgré les événements en Afghanistan, au Pakistan. Si on ne les a pas vus, c'est parce que cela se passait loin de chez nous". Aujourd'hui, les ennemis vivent au contraire chez nous, dans nos villes et leurs banlieues : "A part quelques personnages en novembre, tous ceux qui agissent sont Français. C'est avant tout une problématique de sécurité intérieure. C'est quelque chose qui nous a beaucoup surpris". Et ces guerriers préparent un coup d'éclat, leurs tours jumelles à eux : "Ces terroristes vont rechercher un 11 Septembre 2.0. On est passé d'une entreprise centralisée et secrète à, aujourd'hui, une entreprise décentralisée qui marche sous forme de franchise".

Autre sujet abordé par le militaire, les moyens de communication et la propagande extrêmement efficace mis en place par l'Etat islamique. Les réseaux sociaux, la facilité pour les djihadistes de communiquer et de diffuser des contenus… Le meilleur exemple est à ce titre Inspire, le magazine de l'Etat islamique. Il est "remarquable et intéressant", notamment le numéro paru après les attentats de janvier : "On a cinquante pages qui disent ce qui a été bien fait et ce que les Kouachi et Coulibaly ont mal fait ou n'auraient pas dû faire. En substance, le magazine dit : Pour l'avenir, voilà ce qu'on vous propose. Inspire, c'est le petit marmitton.com du terrorisme : comment créer des grenades, confectionner des armes; etc". C'est précisément ici que les terroristes profitent de la faiblesse de nos démocraties, qui ne peuvent contrôler ce qui circule sur internet comme le font des régimes plus autoritaires. Les déclarations d'Hubert Bonneau sont donc à la fois terrifiantes et extrêmement précieuses.

jeudi 28 avril 2016

Coup au but, plein centre !

Quand la grande muette commence à grogner (2)


Depuis l'année dernière, devant la dérive et surtout le désarmement de nos forces par les programmes politiques incohérents et en contradiction avec la multiplication des missions et l'évolution des menaces de plus en plus radicales et dangereuses, un certain nombre d'officiers généraux et supérieurs exaspérés et surtout responsables de leurs hommes autant que de leurs missions, sont sortis de leur réserve pour afficher clairement leurs inquiétudes quant au maintien des capacités opérationnelles des forces françaises.

Le général de gendarmerie Soubelet dans un rapport demandé par une commission parlementaire avait osé dire la vérité et rappeler les responsabilités du gouvernement dans le maintien des moyens matériels, humains et législatifs de la Sécurité et de la Défense...

La réponse fut autant sournoise que cinglante : mépris, mutation d'un officier qui n'avait fait qu'accomplir son devoir !

Les sanctions indirectes et injustes subies par le Général Soubelet n'ont fait bien sûr qu’accroître le mécontentement des autres responsables militaires et la grogne depuis enfle au fond de la gorge de la "grande muette"

Alain Juppé, dont on ne sait plus si il a la carte du parti républicain français ou étasunien, a rappelé de façon discourtoise et même insultante q'un militaire "doit fermer sa gueule" et ne pas se mêler des affaires politiques (Le général de Gaulle a du se retourner dans sa tombe).

Voici la réponse élégante et ferme du général Henri Pinard Legry, Président de l'ASAF, à ce malotru qui se croit déjà Chef des Armées !

Source, le lien ici : ASA France

Juppé : Arrogance et autisme
Billet du général Henri Pinard Legry, Président de l'ASAF.

Les propos tenus le 25 avril devant des étudiants de l’IEP de Bordeaux par monsieur Juppé au sujet du général de corps d’armée Bertrand Soubelet sont parfaitement incongrus et incompréhensibles au regard des responsabilités qui lui ont été confiées dans le passé et de celles auxquelles il aspire pour l’avenir proche.

« Un militaire, c'est comme un ministre : ça ferme sa gueule ou ça s'en va »
Non, monsieur Juppé, un officier général n’est pas un ministre qui passe d’un ministère à un autre souvent sans connaître grand-chose aux matières qu’il est amené à y traiter.
Un officier général, en situation de responsabilité, possède une compétence  indiscutable et indispensable pour permettre aux dirigeants politiques (Président, ministres et élus) de prendre les meilleures décisions en toute connaissance de cause. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le général Soubelet a été auditionné !

Les militaires, y compris ceux qui appartiennent au haut commandement, ont donc le devoir de s’exprimer devant les élus et les Français avec la plus grande franchise. 
Refuser les analyses et les propositions de ceux qui possèdent la connaissance précise des réalités, c’est faire preuve d’un autisme qui explique sans aucun doute bien des problèmes que la France rencontre sans les traiter au fond parce que ses dirigeants ne savent pas écouter et donc comprendre et décider avec intelligence.

Dire d’autre part que : « Les militaires ont le droit de penser mais il y a des limites à ne pas dépasser » est non seulement inconvenant mais proprement scandaleux. C’est la marque d’une suffisance voire d’une arrogance détestables souvent attachées d’ailleurs à l’image que les Français ont de l’auteur de cette sentence. Qu’aurait dit monsieur Juppé si l’on avait appris que le général Soubelet avait caché la vérité à la représentation nationale ? Aurait-il félicité ce général d’avoir menti par omission ?

En écoutant ces propos, on comprend bien pourquoi les Français disent ne plus avoir confiance en une classe politique autiste.

Ils souhaitent maintenant des chefs francs et clairvoyants, courageux et animés du seul souci de servir l’intérêt général.

En considérant les militaires comme de simples exécutants muets, monsieur Juppé exprime en fait sa volonté de voir une caste politicienne conserver le pouvoir et ses prérogatives, en faisant taire les Français qui veulent ardemment sortir la France de l’impasse dans laquelle elle se trouve.


Monsieur Juppé, en ce centième anniversaire de la bataille de Verdun, l’Histoire nous rappelle qu’on ne conduit pas la France à la victoire et au succès contre les Français ou sans eux.  

Cela est d’autant plus vrai quand on aspire à devenir le chef des armées et qu’on se permet de faire de la démagogie sur le dos des soldats français.


Henri PINARD LEGRY
Officier général en 2ème section
Président de l’ASAF


samedi 23 avril 2016

Quand la grande muette commence à grogner


Le soldat est normalement au dessus de la politique et surtout des mêlées politiciennes, mais tout en étant au coeur de la nation qu'elle doit protéger jusqu'au sacrifice de lui-même. Aussi le devoir de réserve apparaît comme une conséquence logique à la fonction militaire.

Mais le devoir de réserve ne signifie pas pour autant devoir de silence, surtout lorsque les programmes et les réformes politiques engagées s'apparentent à du sabotage des moyens nécessaires à la Défense, pour ne pas dire qu'ils relèvent de la trahison pure et simple !

Depuis 1 an par des rapports officiels, des lettres ouvertes ou des déclarations publiques forgent une véritable grogne des généraux. Et c'est un nombre croissant d'officiers supérieurs et de généraux qui expriment désormais leurs inquiétudes voire leur désapprobation vis à vis de la politique engagée par le Président Hollande en matière de défense.

Voici un article de RT qui rappelle les prises de positions de 3 généraux français qui ouvrent courageusement le feu sur les traîtres qui prétendent défendre les intérêts et lé sécurité du territoire et de la Nation française.


Source, le lien ici : RT

Ces généraux français qui ne veulent plus se taire



22 avr. 2016, 19:01
La Grande Muette l'est de moins en moins. Source: Reuters

Des hauts gradés de l’armée ont décidé de rompre le silence. Chacun à leur manière, les généraux Soubelet, Tauzin et Piquemal font part de leur inquiétude quant à l’avenir du pays. Focus sur les nouveaux forts en gueule de la Grande Muette.

La Grande Muette, murée depuis des décennies dans son silence, retrouve peu à peu de la voix. Le général Soubelet, encore en activité, publie un livre pour expliquer que «la sécurité dans notre pays [la France] n’est pas assurée comme elle le devrait». Le général Tauzin a quitté l’armée mais il envisage de se présenter à la prochaine élection présidentielle avec l’ambition de «refonder la politique comme service de l’homme et du citoyen». Christian Piquemal, ancien commandant de la Légion étrangère, déchaîne les passions lorsque les caméras filment son arrestation pendant une manifestation de Pegida à Calais. Pendant ce temps là, du côté de l’Elysée et de Matignon, on a des migraines. Bertrand Soubelet est démis de ses fonctions et Christian Piquemal se retrouvera devant un juge le 12 mai.

Ces prises de paroles pousseront-elles d’autres militaires à jouer avec les limites du droit de réserve ? Une question légitime dont la réponse ne saura connue que dans le futur. En attendant, RT France vous propose de vous intéresser d’un peu plus près à ces trois figures. Des hommes qui ont consacré leur vie à la France et qui sont inquiets pour son avenir.


Soubelet, le «général Courage»

Un jour de décembre 2013, les portes de l’Assemblée nationale voient passer un homme en uniforme. Plus habitués à croiser des costumes et des cravates, les employés du Palais Bourbon regardent avec curiosité. Bertrand Soubelet est alors inconnu du grand public. Il vient à la rencontre du député socialiste Jean-Pierre Blazy et de sa commission parlementaire. A l’ordre du jour ? Le travail de la gendarmerie nationale contre l’insécurité. Le général Soubelet en est le patron des opérations et de l’emploi. A mille lieues d’imaginer la tournure que prendront les événements, il livre sans détour son sentiment et ses inquiétudes. Après tout, pas moins de quatre étoiles sont accrochés à son uniforme. Il parle d’une situation «préoccupante» et «difficile». Les moyens d’actions sont «insuffisants» pour lutter contre une «montée» de la délinquance. Il interpelle : «La charge de travail pèse sur l'équilibre personnel et familial des militaires. Et, surtout, la population sait-elle à quel point les hommes de la gendarmerie sont sollicités ?» Dans son viseur : la justice. Il évoque une politique pénale «qui pose problème» au plan national.

Le général Soubelet lors d'une audition à l'Assemblée nationale.
Quelques semaines plus tard, les médias parlent d’une séance ayant viré à la critique du gouvernement. Une période très difficile débute. Durant des mois, il est «court-circuité». Même s’il regrette que «le sens» de ses propos ait été «systématiquement» détourné, le général sera démis de ses fonctions au mois d’août 2014. Dorénavant, il sera à la tête de la gendarmerie d’outre-mer. Une mutation en forme de punition qui lui vaut le surnom de «général Courage» par ses défenseurs.

Ce militaire à la carrière exemplaire vient d’être lâché par l’armée. Difficile à avaler pour un homme qui a consacré sa vie à la France. Fils d’un industriel, ce basque d’origine est très respecté de ses semblables. Le journaliste du Figaro Cyril Hofstein le décrit comme un homme «engagé, parfois sec, toujours ferme, ne craignant ni confrontation ni controverse». Décoré de la Légion d’honneur et de la croix de la Valeur militaire, il voulait déjà être gendarme à l’âge de 8 ans. S’en est suivi une carrière fulgurante qui l’a mené de Saint-Cyr, à l’Allemagne en passant par la guerre civile en Haïti en 2004.

Loin d’avoir été étouffée, sa soif de s’exprimer a trouvé un nouveau canal. Le 24 mars 2016, Bertrand Soubelet, 56 ans, a publié Tout ce qu’il ne faut pas dire. Un livre en partie motivé par les attentats de 2015. «Des pressions ont été exercées sur moi pour me faire quitter la gendarmerie qui a été ma vie pendant trente-cinq ans», explique le général. «Désormais personne ne peut m'opposer un pseudo devoir de réserve. D'où ce livre. Mon diagnostic est simple : la sécurité est l'affaire de tous. Il est temps de réagir, grand temps. Il y a urgence. Notre société est en danger. Jamais le danger n'a été aussi menaçant», poursuit le militaire. Se défendant de toutes considérations politiques, Bertrand Soubelet s’en prend à nouveau au système judiciaire. Il s’interroge : «Comment expliquer, dans un Etat de droit, que des règles juridiques empêchent de poursuivre des délinquants et que des victimes ne puissent pas obtenir réparation ?»


Il évoque un pays devenu «poudrière» avant de souligner que les délinquants disposent «de stocks d'armes illicites qui sont le reliquat des guerres d'Europe centrale». Selon lui, la surpopulation carcérale est un défi majeur sur lequel «les politiques de tous bords se brisent les uns après les autres».

Ses prises de positions, exprimées en public, lui ont valu, à nouveau, l’ire des hautes instances. Le 21 avril, le directeur général de la gendarmerie nationale, Denis Favier, a confirmé que le général Soubelet était «appelé à changer d'affectation dans les jours qui viennent». Une habitude.


Didier Tauzin, le général qui voulait entrer à l’Elysée

Le 8 janvier 1959, René Cotty remet son mandat de président à Charles de Gaulle. Un général rentre à l’Elysée. 57 ans plus tard et toutes proportions gardées, Didier Tauzin verrait bien un militaire à nouveau dans le costume du président. Et pourquoi pas lui-même.

Agé de 55 ans, ce général de division de l’armée de terre s’est mis en tête de se présenter à la présidentielle de 2017. Depuis quelques mois, il place ses pions. Site internet, quelques apparitions dans les médias et surtout, un livre programme. Publié en février 2016, Rebâtir la France. Le projet présidentiel, entend convaincre les électeurs dégoûtés par les partis politiques. L’homme intrigue. Sa page Facebook compte presque 13 000 «like» et il affirme que plus d’une vingtaine de maires lui ont déjà promis leurs soutiens. La tournée de présentation de son livre connaît un certain succès. Le général Tauzin a fait salle comble dans plusieurs villes comme Nice, Nancy, Lyon ou Clermont-Ferrand.

Son appétence pour la politique est venue sur le tard. A l’instar du général Soubelet, Didier Tauzin est un militaire respecté de ses pairs. Officier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre national du Mérite et Croix de la Valeur militaire, cet ancien commandant du 1er Régiment de Parachutiste d’Infanterie de Marine a notamment participé au conflit rwandais. Accusé d’être en partie responsable du génocide, il a écrit deux livres pour s’en défendre : Rwanda : Je demande justice pour la France et ses soldats et La Haine à nos trousses de Kigali à Paris.

Sa carrière militaire lui a en partie été inspiré par le parcours de son père. Un homme dont la vie pourrait être transposée à l'écran par un scénariste hollywoodien. Raoul Tauzin s’engage comme soldat en 1939. Après avoir été fait prisonnier, il s’évade pour rejoindre le général de Gaulle à Londres. Durant le conflit, il officie en tant que parachutiste SAS de la France Libre. Une fois l’armistice signée, il s’engage en Indochine et participe à la célèbre bataille de Dien Bien Phu avant d’être à nouveau capturé et incarcéré, cette fois dans des camps viets. Il participe également au conflit en Algérie. Raoul Tauzin finira par s’engager en politique et deviendra même vice-président du conseil général de la Charente.

Didier dans les traces de Raoul ? Le général Tauzin s’y est longtemps refusé. En 2005-2006, il vit une expérience qui le met en relation avec la politique. La ministre de la Défense d'alors, Michèle Alliot-Marie, lui demande de mettre en place l’Etablissement public d’insertion de la défense (EPIDe), une structure favorisant l’insertion de jeunes Français défavorisés. «La politique au sens le plus fort du terme», selon lui. Quand son idée d’élargir l’EPIDe se voit refuser, il décide de quitter l’armée.

Le colonel Tauzin au Rwanda avec le 1er RPIma
Si Didier Tauzin se dit intéressé par la politique depuis l’âge de 25 ans, c’est l’épisode de la lutte contre le mariage pour tous qui va servir de véritable déclic. En 2012 et 2013, des centaines de milliers de Français battent le pavé contre la réforme de Christiane Taubira. Le général est de ceux là. N’acceptant pas de «s’entendre traiter de fasciste par Manuel Valls», il dit craindre «une dérive sécuritaire anti-démocratique».

Cette crainte, il va s’en servir comme d’un carburant pour remplir son encrier. Il prend la plume et couche sur papier Rebâtir la France. Sorti en 2015, l’ouvrage contient une analyse grave mais optimiste de l’état de la France. «J’ai vécu quatre guerres civiles sur le terrain, et je n’accepte pas de rester à ne rien faire quand la France risque de sombrer dans ce genre d’épreuve, même si, je le répète, l’issue ne fait pour moi aucun doute : la France vivra», explique-t-il.

Son intellect, il l’a façonné avec des sources aussi différentes que Karl Marx, Jacques-Bénigne Bossuet, Charles Maurras, Le Livre vert de Mouammar Kadhafi, les Mémoires de Charles de Gaulle, le Petit livre rouge de Mao Zedong ou encore Le Coup d’État permanent de François Mitterrand.

La pensée politique du général Tauzin est tournée vers la réalisation de trois objectifs. D’abord, la lutte contre le chômage. «Il est nécessaire de mener une politique économique volontariste afin de briser tous les carcans qui retiennent les fabuleuses énergies des Français», souligne-t-il.



Un autre de ses combats prioritaires concerne le communautarisme. Il se désole que la France soit incapable «de présenter un projet à sa population». «On ne parvient pas à intégrer les populations immigrées. Il est urgent de refonder l’unité nationale par la mise en avant d’un socle culturel et un but commun», propose-t-il.

Le général Tauzin appelle à «agir vite» contre le djihadisme qui «menace jusqu’à l’existence de nos sociétés européennes». Une guerre qu’il appelle à mener en partenariat avec l’Europe et la Russie. Et autant vous dire qu’il ne juge pas François Hollande à la hauteur des dangers qui menacent la France. Comme vous le constaterez dans la vidéo ci-dessous, dans un style que l’on pourrait déjà qualifier de «style Tauzin».



Christian Piquemal, le sulfureux

Nous sommes le 6 février 2016. A Calais, la situation devient de plus en plus tendue. La «Jungle», le plus grand camp de migrants du pays, est au centre de toutes les attentions. C’est dans ce cadre que Pegida, mouvement islamophobe né en Allemagne, appelle les citoyens en colère à se réunir. Quelques jours auparavant, la préfecture avait interdit le rassemblement. 150 personnes décident de braver la prohibition et manifestent leur colère aux cris de «On est chez nous» et entonnent la Marseillaise.

Parmi eux, se trouve un général de 75 ans, Christian Piquemal. Il avait signifié son intention de venir. Au micro de l’envoyée spéciale de Boulevard Voltaire, il justifie sa présence par la nécessité de «défendre la grandeur et l’identité de la France». Le militaire en profite pour tacler ses collègues gendarmes, «des militaires qui traitent des Français de cette manière là, c'est quelque chose de vraiment inacceptable», assène-t-il fermement. Quelques instants plus tard, dans la confusion la plus totale, plusieurs personnes sont arrêtées et parmi elles, le général. Les caméras captent la scène et l’événement déclenche une tempête médiatique. Sur les réseaux sociaux, l’indignation se mêle à la justification. Un ancien commandant de la Légion étrangère interpellé par les forces de l’ordre, la situation est inédite.


Christian Piquemal partage avec Bertrand Soubelet et Didier Tauzin une même appétence pour la liberté d’expression. Mais il est clairement le plus sulfureux. Passé par Saint-Cyr et diplômé en ingénierie nucléaire, sa carrière est riche de plus de quarante années au service de la France. Tchad, Bosnie, le général 4 étoiles sert dans plusieurs pays avant de prendre la tête, en 1994, de la prestigieuse Légion étrangère. En 2000, il dépose son fusil. L’occasion de s’occuper de son cercle de réflexion des «Citoyens-Patriotes». Une fois sur le site internet, une référence à Ernest Renan accueille le lecteur : «Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes.»

Le think-tank revendique clairement son but : «Fran­çaises et Fran­çais de bonne volonté, de toutes ori­gines socio­pro­fes­sion­nelles, obé­diences poli­tiques et confes­sions reli­gieuses, nous, «Citoyens et Patriotes», nous vou­lons pré­ser­ver, res­tau­rer, les valeurs qui ont fait la gran­deur et le rayon­ne­ment de la France à un moment où n’existaient pas encore les frac­tures, dérives, actuel­le­ment obser­vées…»

Les inquiétudes de Christian Piquemal au regard de «l’invasion sourde, mais rapide, du radi­ca­lisme reli­gieux et du racisme anti blanc» lui ont valu de se faire cataloguer par certains médias à l’extrême droite. Même ses camarades militaires ont fait preuve d’une certaine frilosité lors de son arrestation. La Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère s’est désolidarisé de son action. Il a cependant pu compter sur quelques soutiens comme celui du général Bruno Dary et de… Didier Tauzin.

Le général Piquemal 
Au début des années 1990, Christian Piquemal avait exercé au sein des cabinets militaires de plusieurs Premiers ministres tels que Michel Rocard, Edith Cresson ou encore Pierre Bérégovoy. Tous des socialistes. Il s’est peut-être rappelé de cette époque quand il a regretté le 6 février, lors d’une émission de radio, sa participation au rassemblement de Pegida à Calais : «Personnellement, je n'aurais pas voulu les voir sur place. Ils ont une connotation extrêmement négative.» Il s’est défendu d’être raciste, mettant en avant son passé : «On n'est pas racistes, islamophobes ou xénophobes, a-t-il martelé. J'ai commandé la Légion étrangère pendant 5 ans, il y a 140 nationalités dedans. Donc s'il y a bien quelqu'un à qui on ne peut pas reprocher d'être raciste, c'est bien moi.»

Peu importe, le 12 mai prochain, il sera face au juge. Pour le parquet, il a tenu «le rôle principal» lors de la manifestation interdite. Il est poursuivi pour «participation à un attroupement qui ne s'est pas dissout après sommation». Le 7 mars, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait demandé à l’armée de Terre d’exclure le général Piquemal. En tant que gradé de deuxième section, il est toujours à disposition de son pays.

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