jeudi 7 juillet 2016

La création du Sud Est asiatique

Guerres hybrides (13)

Source, le lien ici : Le Saker francophone


Par Andrew Korybko (USA) – Le 27 mai 2016 – Source Oriental Review


1ère partie, le lien ici : Comment contenir la Chine ?

La position économique globale de l’ASEAN est d’une importance cruciale dans les relations internationales contemporaines, mais tout aussi significative est la stratégie de la région vis-à-vis de la Chine et du monde unipolaire. Il y a une multitude de variables complexes qui influent sur l’état actuel des choses, et afin de bien comprendre la situation actuelle, il est nécessaire de se familiariser brièvement avec le passé de la région.


Revisitons les pages du temps

L’histoire de l’Asie du Sud-Est se caractérise par un riche mélange d’éléments indigènes et étrangers qui se sont combinés pour produire une identité régionale unique. Certaines de ces interactions sont millénaires tandis que d’autres sont beaucoup plus récentes, mais seules les plus durables et les plus pertinentes seront énumérées ci-dessous. Ce qui suit est loin d’être exhaustif et a été limité pour des raisons d’espace et rester concis, mais je recommande au lecteur de poursuivre indépendamment chacun de ces fils s’il est enclin à en apprendre davantage. Les sélections en surbrillance sont spécifiquement disposée afin d’attirer l’attention sur les origines de la façon dont chacun des cinq acteurs actuellement les plus puissants et géopolitiquement pertinents (Chine, Inde, Japon, les États-Unis et la Russie) a affecté l’Asie du Sud-Est à sa manière spécifique.


Recouvrement civilisationnel

Ce n’est pas pour rien que les Européens ont utilisé le nom Indochine pour décrire globalement l’Asie du Sud-Est, puisque c’est en fait la région précise où les influences civilisationnelles indiennes et chinoises se mêlent dans une large mesure. L’individu non-asiatique standard n’a aujourd’hui probablement aucune idée du pourquoi de ce néologisme initialement choisi, mais l’histoire qui en est à l’origine est en fait très importante et de plus en plus de retour en tant que facteur actuel.


Inde

Ce que la plupart des étrangers ignorent complètement, c’est que l’Inde a exercé une influence civilisationnelle énorme sur l’Asie du Sud-Est pendant quasiment les deux derniers millénaires. L’effet étant si fort que certains chercheurs controversés ont fait référence aux royaumes indianisés de l’époque comme faisant partie de la Grande Inde. Bien que ce soit un terme très sensible à utiliser, il porte en lui beaucoup de vérité dans un sens tangible. L’empreinte civilisationnelle de l’Inde est encore visible dans l’architecture de nombreux temples qui parsèment le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge et les paysages indonésiens, et c’est un fait bien établi que l’hindouisme et le bouddhisme (tous deux originaire de l’Inde) sont devenus des parties inséparables de l’identité historique de la région.

L’Inde sous la domination britannique

En fait, si on avance un peu plus loin dans le temps, on pense que l’islamisation de l’Indonésie moderne, le pays le plus grand et le plus peuplé d’Asie du Sud, et d’ailleurs aussi le plus grand pays musulman du monde, a été largement facilitée par les commerçants musulmans du Gujarat de l’Inde contemporaine. En conclusion, alors que cela ne fait pas partie des connaissances habituelles de nombreux observateurs extérieurs, il n’y a absolument aucun doute que la civilisation indienne a joué un rôle de guide pour influencer le développement progressif de l’identité de l’Asie du Sud-Est. Ainsi, les réserves historiques de soft power que l’Inde a mises en branle pourraient potentiellement être réactivées en partie pour faire avancer son agenda géopolitique actuel, en fonction bien sûr d’une habile utilisation et du rappel de ces divers facteurs sur leurs publics cibles respectifs.


Chine

La Chine impériale a joué un rôle beaucoup plus direct et dur sur l’Asie du Sud-Est que les royaumes de l’Inde ne l’ont jamais fait. L’empereur a officiellement incorporé le Vietnam dans son domaine pendant plus d’un millénaire et a forcé une grande partie de la région à lui rendre hommage à un moment ou un autre au cours de son histoire. Cela ne signifie pas nécessairement que l’ensemble de l’Asie du Sud-Est a toujours été dans un état de servitude comme proxy de la Chine, mais ce genre de relation avec l’Empire était sensiblement et qualitativement différent de celui qui a précédemment été apprécié avec l’Inde et qui n’a pas donné lieu à un pouvoir formel hiérarchique entre elles. Néanmoins, ce type d’interaction n’a pas été le seul que l’Asie du Sud-Est a eu avec la Chine. Les liens commerciaux entre les deux étaient très profonds et mutuellement bénéfiques en raison de l’emplacement de la région le long de la Route de la Soie maritime vers l’Inde et le Moyen-Orient, et cela a conduit à un niveau modéré de migration chinoise, stimulée par les nombreux commerçants qui traitaient avec la région.

Les conséquences modernes de ces liens sont évidents. L’incorporation historique chinoise du Vietnam dans l’Empire est considérée par beaucoup dans ce pays comme une période sombre du colonialisme pur et simple. Cela a fait croître un niveau de ressentiment et de méfiance qui est devenu une partie intégrante de l’identité nationale vietnamienne et continue d’avoir un impact sur le présent malgré les presque 1000 ans qui se sont écoulés depuis cette époque. Ailleurs en Asie du Sud-Est, l’effet des relations historiques de la Chine est beaucoup plus positif à bien des égards et a donné naissance à une importante diaspora chinoise. Selon le Wall Street Journal, il y a environ 7 millions de Chinois ethniques à la fois en Thaïlande et en Indonésie, avec environ 6 millions de résidents en Malaisie (où ils constituent une proportion relativement plus importante de la population). Les rapports indiquent que les Chinois ethniques sont beaucoup plus intégrés et assimilés en Thaïlande qu’ils ne le sont en Malaisie et, politiquement parlant, cela crée des avantages (comme en Thaïlande) et des obstacles (comme en Malaisie) pour l’application de la politique étrangère chinoise.

Carte de l’Asie de Spruneri dans les XVe et XVIe siècles – 1844

L’attitude de la majorité nationale titulaire envers la minorité chinoise affecte inévitablement la façon dont elle perçoit la Chine proprement dite. Dans le cas des interactions communautaires négatives comme en Malaisie, il est difficile pour le gouvernement chinois de rassurer les habitants sur leurs politiques régionales et de gagner durablement leur confiance. Ce problème, cependant, est un facteur moins important en Thaïlande en raison des relations beaucoup plus harmonieuses entre les groupes ethniques. Il est important de mentionner également que les trois-quarts de la population de Singapour est d’origine chinoise, mais que cela ne semble pas être un élément influent d’une manière ou d’une autre, en raison de l’identité spécifique de l’île que Lee Kuan Yew a favorisée au fil des décennies. Alors que la Chine est le premier partenaire commercial de la ville-État développée, les liens politiques et sécuritaires entre eux sont beaucoup moins importants. C’est seulement en 1990 que les deux parties ont conclu formellement des relations bilatérales et il a été annoncé au début de décembre 2015 que Singapour accueillira des avions espions américains qui opèrent de manière provocante au dessus de la mer de Chine du Sud. Dans l’ensemble, tandis que la diaspora ethnique de la Chine est un atout de soft power positif en Thaïlande, elle est également un facteur de complication en Malaisie et étonnamment un non-facteur à Singapour, ce qui montre que l’utilisation potentielle de cet instrument par Pékin dépend entièrement des conditions nationales du pays hôte et ne peut être modélisé en aucune façon.


L’héritage durable de l’Empire du Japon

Si on passe l’histoire en avance rapide pour arriver à une époque plus proche de nous, l’occupation japonaise de l’Asie du Sud-Est pendant la Seconde Guerre mondiale peut sans doute être considérée comme étant beaucoup plus influente que le colonialisme européen qui l’a précédé pendant des décennies. De plus d’une manière, l’héritage japonais et sa brève et sanglante implication directe dans la région a été cataclysmique dans le déclenchement de la réaction en chaîne d’indépendance qui allait suivre après la guerre, et elle est également responsable de la montée des inoubliables héros nationaux au Vietnam, au Myanmar et en Indonésie.


Les années de guerre

L’occupation japonaise de l’Asie du Sud-Est a été promue par Tokyo comme une campagne de libération contre les impérialistes occidentaux. Mais en réalité, c’était la réimposition du même système oppressif sous une forme de contrôle légèrement modifié et racialement différent. Alors que dans un premier temps, ils ont été accueillis par beaucoup dans la région comme un répit bienvenu après la domination européenne, la regrettable réalité s’est bientôt révélée que rien n’avait changé sur le plan structurel et politique. L’exploitation des ressources et la mauvaise gestion économique que les Japonais ont mises en place a contribué aux famines dévastatrices au Vietnam et sur l’île indonésienne la plus peuplée de Java, aboutissant à la mort, respectivement, de un à deux millions et de 2,4 millions de personnes. Les Japonais étaient également très brutaux avec leurs sujets et les tuaient sans pitié pour la moindre désobéissance, sans parler de la torture endémique qu’ils ont pratiquée contre les prisonniers de guerre et les présumés rebelles. Le seul pays qui ait été légèrement mieux traité que le reste est la Thaïlande, mais c’était tout simplement dû à son alliance formelle, lors de la Seconde Guerre mondiale, avec le Japon impérial qui n’exigeait donc que des efforts d’occupation minimaux pour garder ce pays en ligne.

Offensive japonaise en mer 1941

Si on peut retirer quelque chose de positif de cette période destructrice, c’est que les Japonais ont prouvé que les colonisateurs européens n’étaient pas invincibles et que les Asiatiques sont en fait tout aussi capables que toute autre race de se lever contre leurs oppresseurs. Dans la même veine, le retrait temporaire des administrations coloniales américaine et européennes, et leur remplacement progressif par celles des occupants Japonais qui sont devenues progressivement plus autonomes (en particulier dans les derniers jours de la guerre) ont provoqué un précédent irréversible qui devait conduire inévitablement aux indépendances. Le rythme auquel elles ont été obtenues a varié considérablement dans toute la région, avec le Myanmar la recevant en 1948 par exemple, alors que le Brunei ne l’a connue qu’en 1984 (et encore cette dernière pouvant être expliquée par le propre refus égoïste du sultanat de quitter plus tôt le protectorat britannique). En général, cependant, l’occupation japonaise peut être considérée comme un événement décisif qui a complètement bouleversé l’ancien système colonial européen et grandement accéléré les luttes pour l’indépendance.


Les héros des indépendances

L’une des façons par laquelle l’occupation japonaise a le plus directement façonné l’identité nationale contemporaine de certains États d’Asie du Sud concerne les héros indépendantistes qui ont émergé de ses conséquences. Ces hommes ont laissé une marque impressionnante sur leur pays d’origine qui continue à résonner jusqu’à nos jour, mais ils n’auraient jamais eu la chance de façonner l’identité nationale de leurs compatriotes s’ils n’avaient pas d’abord joué leur rôle dans le cheminement de leurs États vers l’indépendance. Chacun des trois héros qui seront mentionnés ont accédé à la notoriété en raison des rôles qu’ils ont joué lors de la Seconde Guerre mondiale avec, comme différence la plus notable, le niveau de collaboration qu’ils ont eu avec les occupants japonais.

Le plus indépendant de tous était Ho Chi Minh, du Vietnam, qui a refusé sans réserve d’accepter l’occupation par le Japon de son pays natal. Il a bravement combattu contre eux et, finalement, a pris la direction du Nord-Vietnam après avoir expulsé les Français qui étaient revenus dans la zone. Aung San du Myanmar (alors appelé Birmanie) a été taillé dans un bois complètement différent car il est arrivé au pouvoir pendant la guerre, précisément à cause de sa collaboration avec les Japonais. Il a été formé au Japon et renvoyé au Myanmar juste avant l’invasion de l’Axe comme un moyen de légitimer les motifs de libération nationale. Il a ensuite été nommé ministre de la Guerre du Myanmar occupé, mais il a été déçu par les Japonais et s’est finalement rebellé contre eux vers la fin de la guerre. Il a ensuite aidé à mener son pays vers l’indépendance envers le Royaume-Uni après la guerre, mais a été tragiquement assassiné avant de voir ce jour arriver. Le troisième et dernier héros de l’indépendance à venir au pouvoir immédiatement après la guerre était Sukarno en Indonésie. Les Japonais l’ont libéré de prison après avoir envahi l’île-nation et avaient prévu d’utiliser ce militant de l’indépendance reconnu comme leur mandataire pour contrôler le pays. Sukarno a fait de grands progrès dans la promotion de l’indépendance indonésienne dans les derniers mois de la guerre, mais il ne s’est jamais rebellé contre ses maîtres et n’a déclaré l’indépendance qu’après que les Japonais se furent rendus.

Ho Chi Minh

Ces trois héros indépendantistes ont de riches antécédents personnels et ont rempli leur rôle dans des conditions extraordinairement complexe. C’est ce qui explique pourquoi Sukarno était partenaire des Japonais tandis que Ho Chi Minh les a combattus avec véhémence. Il est donc fortement suggéré au lecteur d’explorer leurs biographies personnelles plus en profondeur s’il est intéressé à découvrir les contextes spécifiques dans lesquels ils sont arrivés au pouvoir. L’incorporation de ces personnes dans la recherche a été faite afin de démontrer l’effet par lequel le Japon impérial à aider à forger, par inadvertance, les identités nationales de certains des États émergents clés dans la région, étant donné que ces trois hommes sont incontestablement reconnus comme les pères de leurs nations modernes respectives. Pour le meilleur et pour le pire, l’indépendance actuelle de l’Asie du Sud-est est fermement liée aux événements qui ont transpiré au cours de la période d’occupation japonaise, et cela vaut la peine de connaître cette relation afin de faire comprendre pourquoi certains acteurs accueillent avec enthousiasme le retour du Japon dans la région (aussi étrange que cela puisse paraître, après en avoir tout récemment été victime).


Réparations et ré-engagement

Une partie de la raison pour laquelle certaines élites régionales sont activement ou passivement en faveur de l’engagement renouvelé du Japon avec l’Asie du Sud-est est qu’elles estiment que le Japon s’est lui-même absous de sa culpabilité dans la Seconde Guerre mondiale en payant des réparations financières et une aide sous forme de subvention. Celles-ci ont été mises en place après le traité de San Francisco en 1951 et le soutien des USA à l’adhésion du Japon au Plan de Colombo de 1954 pour la coopération économique et le développement social en Asie et dans le Pacifique, un groupement commercial et de développement multilatéral. Washington a soutenu la réintégration de Tokyo dans la région afin de l’utiliser comme un véhicule proxy pour complémentairement y étendre son influence. Les États-Unis savaient aussi que l’économie japonaise, alors en reconstruction, aurait besoin de débouchés à l’exportation à proximité et de possibilités d’investissement extérieurs afin de poursuivre sa croissance. Et comme la grande stratégie américaine stipulait qu’un Japon fort (mais occupé) serait bénéfique pour ses intérêts asiatiques, les Américains ont fait institutionnellement tout leur possible pour que cela se produise.

De manière perceptible, on peut discerner les débuts naissants du prototype de gestion depuis les coulisses qui serait déployé en force pour contenir la Chine des décennies plus tard et qui sera discuté à un autre moment de la recherche. Autrement dit, le Japon n’aurait jamais été autorisé à entrer de nouveau en Asie du Sud-Est s’il n’y avait pas bénéficié de la complicité et de l’appui des États-Unis, qui ont soutenu cette initiative afin de faire avancer leurs considérations géostratégiques. La rédemption financière pour la Seconde Guerre mondiale était la passerelle normative où les États-Unis ont conduit le Japon pour légitimer son retour dans sa zone d’influence future pré-planifiée comme proxy.



La guerre froide

La première période de confrontation globale des superpuissances a été importante pour l’Asie du Sud-Est, car elle a annoncé l’arrivée des États-Unis et de l’URSS (aujourd’hui la Russie) comme des acteurs importants dans la région. Pour une large part, l’influence américaine était beaucoup plus profondément enracinée et plus largement appliquée que celle de son homologue soviétique, mais cela ne signifie pas qu’elle était nécessairement plus efficace. Il suffit de repenser à la guerre du Vietnam pour se rappeler avec force les limites (dont certaines ont été auto-imposées) de la puissance américaine en Asie du Sud-Est à cette époque, et les lourdes pertes que des combattants de la guérilla chichement financée ont pu infliger à la superpuissance capitaliste. En outre, la crainte d’un soulèvement communiste en Malaisie occupée par les Britanniques a été suffisante pour obliger la Couronne à déployer des dizaines de milliers de soldats au cours d’une période de 12 ans avant l’indépendance pour réprimer les perturbations. Ce qui a poussé l’empire en désintégration lente à dépasser ses limites et a été un fardeau financier inutile qui n’a permis de récolter aucun dividende géopolitiques direct (tout au plus d’avoir finalement réussi à extirper les communistes).


Les États-Unis

En plus de cinq mois à compter de la fin de 1965 jusqu’à début 1966, le régime anti-communiste a tué environ un demi-million d’Indonésiens.

Si on remet le focus sur les deux superpuissances, la sphère d’influence des États-Unis s’étalait sur toute la largeur de l’ASEAN, mais à l’époque, l’organisation n’incluait évidemment pas tous ses membres actuels. Lancée en 1967, elle a commencé avec l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, puis s’est étendue à Brunei en 1984. Ses autres élargissements n’ont eu lieu qu’après la fin de la guerre froide. Donc au plus fort des conflits par procuration, on peut honnêtement dire que toute l’organisation était entièrement sous contrôle américain. La seule fois que cet état de fait a jamais été en danger, c’était pendant la période du crépuscule de la présidence de Sukarno, lorsque le leader indonésien était soupçonné de trop se rapprocher des influences communistes locales et a a donc été renversé par un coup d’État organisé par la CIA (les conséquences politiquement pilotées ont tué entre 200 000 et 1 000 000 de personnes).

Avant la réunification du Vietnam, les États-Unis avaient évidemment une grande influence sur le Sud-Vietnam, mais cela a pris fin en 1975 avec la libération communiste de Saigon. L’effet domino induit qui a balayé les deux autres pays indochinois du Laos et du Cambodge a mis fin à la guerre anti-communiste clandestine des États-Unis dans chaque pays et a donné lieu à des conditions dans lesquelles le fidèle allié thaïlandais des USA a demandé au Pentagone, de façon surprenante, de retirer la quasi-totalité de ses forces un an plus tard. Cela n’a pas été étendu aux forces spéciales, cependant, alors que les États-Unis et la Thaïlande ont travaillé en étroite collaboration pour soutenir la guérilla des Khmers rouges qui avait été renversée à la suite de l’intervention du Vietnam au Cambodge en 1979.

De l’autre côté de la Thaïlande, les liens des États-Unis avec le Myanmar (alors la Birmanie) avaient été pragmatiques depuis l’indépendance, mais ils ont été compliqués par le gouvernement militaire arrivé au pouvoir en 1962. Les nouvelles autorités ont épousé une forme de socialisme non aligné qui n’a pas tout à fait mis le pays sous la domination des Soviétiques, mais était assez sérieux dans sa mise en œuvre pour effrayer les États-Unis. Dans les dernières années de la guerre froide, les États-Unis ont essayé d’arracher sans succès une révolution de couleur au Myanmar, finalement écrasée par l’armée. En réponse à cela et à l’emprisonnement de la provocatrice par procuration, Aung San Suu Kyi, Washington a imposé un sévère régime de sanctions qui a poussé le pays dans les bras de la Chine. Le dernier événement significatif de l’importance de l’Asie du Sud-Est qui a impliqué les États-Unis pendant la guerre froide était la Révolution populaire pour le pouvoir de 1986 qui a renversé le fantoche et corrompu Ferdinand Marcos, mais a finalement engendré assez de sentiments anti-américains pour que le nouveau gouvernement expulse les États-Unis hors de la base Clark de l’US Air Force et et de la base navale de Subic Bay en 1991.


URSS (Russie)

L’Union soviétique n’a jamais eu une présence aussi large en Asie du Sud-Est que les États-Unis, mais ses incursions se sont avérées être assez régulières et de longue durée. Le noyau de l’influence de Moscou dans la région se trouve a Hanoï, et après la réunification du Vietnam, l’Union soviétique a repris allègrement l’ancienne base navale des États-Unis de Cam Ranh Bay. Cela a permis à la marine soviétique d’exercer un rôle très important en Asie du Sud-Est et de continuellement garder les États-Unis sous pression dans une région qui avait jusque-là été considérée comme une extension de sa propre arrière-cour (une Asie Caraïbes, si l’on veut). L’Union soviétique avait historiquement patronné le Pathet Lao, et quand les communistes ont finalement renversé la monarchie pro-US, Vientiane est également devenu un appui stratégique de Moscou.

Une affiche soviétique en soutien de la guerre du Vietnam pour l’indépendance.
Cependant, le Vietnam a toujours joué un rôle beaucoup plus important dans les affaires laotiennes que les Soviétiques ne l’ont jamais fait. Bien que l’URSS ait eu des relations bilatérales indépendantes avec le Laos, les deux parties ont finalement été dépendantes de la bonne volonté et du soutien de Hanoï pour faciliter géographiquement leurs relations. Les relations avec le Cambodge étaient physiquement moins contraintes, mais sous une influence vietnamienne plus forte et plus directe, parce que l’État était globalement sous le contrôle total de l’Armée populaire du Vietnam jusqu’à son retrait complet en 1989. Pour le dire d’une autre manière, le Vietnam était la cheville ouvrière de la politique sud-est asiatique de l’Union soviétique, et ce partenariat stratégique a continué jusqu’à aujourd’hui avec la Fédération de Russie, quoique à un degré considérablement moindre.


Chine

Le rôle de Pékin en Asie du Sud-Est pendant la guerre froide n’a pas été en rapport avec sa taille et son empreinte historique, et pour une grande part, la Chine a été maintenue à distance par la plupart des États de la région. Il est vrai que la Chine a soutenu le Nord-Vietnam au cours de la guerre, mais cela ne s’est pas traduit par le type de relations de proxy contrôlé que certains à Pékin avaient peut-être prévu pour la suite. La raison pour cela est claire et elle a à voir avec le long contrôle millénaire de la Chine sur le Vietnam. Bien que s’étant produit il y a presque mille ans, la mémoire historique de cette période continue à jouer un rôle décisif sur l’identité vietnamienne même à ce jour et a donné lieu à un profond soupçon envers la Chine, implanté dans la psyché nationale. En raison de la peur que beaucoup au Vietnam avaient de tomber involontairement de facto sous le contrôle de la Chine, les autorités ont aligné leur pays plus étroitement sur l’Union soviétique comme un contrepoids stratégique à cette menace perçue et, par conséquent, elles ont fait de même pour leurs alliés laotiens après 1975.

La seule avancée géopolitique importante de la Chine à cette époque a eu lieu au Cambodge sous les Khmers rouges, mais à la fin de l’année 1978, le changement de régime après l’intervention du Vietnam a porté un coup dur aux ambitions régionales de Pékin. C’était en partie pour cette raison que la Chine a attaqué le Vietnam quelques mois plus tard au début de 1979 lors d’un conflit d’engagement limité. Le résultat final a été une défaite embarrassante que peu en Chine auraient pu anticiper à ce moment-là. Face à un groupe de trois États anti-chinois au sud de sa frontière (le Vietnam et ses alliés laotiens et cambodgiens) et le renversement complet de tout le soft power gagné pour avoir soutenu chacun de leurs mouvements de libération communiste, la Chine a réalisé qu’elle devait révolutionner sa politique au Myanmar (connu sous le nom de Birmanie à l’époque) afin de compenser. Ainsi, Pékin a diminué le soutien qu’il avait déjà accordé au Parti communiste de Birmanie afin de réparer ses relations avec Yangon (alors la capitale). Cela a conduit à un rapprochement progressif entre les deux voisins qui a abouti à un partenariat stratégique après la Révolution de couleur qui a échoué en 1988 et les efforts déterminés et surtout efficaces des États-Unis pour faire du Myanmar un État paria.


L’après Guerre froide


Retraite russe

Les années après la guerre froide ont été marquées par des processus importants qui ont transformé rapidement l’Asie du Sud-Est. La première chose qui, de toute évidence, a marqué cette nouvelle ère était l’absence de la Russie dans la région. Suite à l’effondrement de l’URSS, Moscou était manifestement beaucoup trop faible pour maintenir une telle présence lointaine (quoique hautement stratégique) en Asie du Sud-Est et, pressé par les préoccupations budgétaires internes, le gouvernement a mis fin à toutes les formes d’aide étrangère. Des relations minimales ont encore été maintenues avec le Vietnam, mais les dirigeants russes ont passé la majeure partie de la décennie 1990/2000 à essayer de construire des relations avec l’Occident, et non avec l’Orient. Bien que cette erreur de priorité ait été partiellement corrigée par le pragmatisme de Yevgeny Primakov, cela n’a pas eu beaucoup d’effet immédiat sur l’Asie du Sud-Est. La Russie s’est finalement retirée de Cam Ranh Bay en 2002 et a à peu près abandonné la région jusqu’à ce qu’elle redevienne assez forte pour revenir au début de la nouvelle guerre froide.


Renaissance chinoise

Différend en mer de Chine méridionale
Au même moment, pendant le désengagement brutal de la Russie d’Asie du Sud, la Chine a renouvelé son engagement avec la zone, comme les deux parties décidaient de mettre de côté leurs différences idéologiques historiques pour entrer dans une renaissance économique qui a été mutuellement bénéfique pour les deux. Une grande part du crédit va à la direction chinoise qui a modéré de manière pragmatique son adhésion idéologique précédemment stricte aux préceptes communistes internes et externes, permettant ainsi qu’un renouveau économique national ait lieu et rende possible un engagement commercial à long terme plus attrayant pour les pays capitalistes d’Asie du Sud-Est. L’atténuation des tensions issues de la guerre froide entre la Chine et le Vietnam a été assez importante pour permettre aux deux parties de réaliser les avantages d’une coopération économique mutuelle. Quant au retrait militaire vietnamien du Cambodge, il a ré-ouvert le pays à l’influence chinoise. Dans l’ensemble, jusqu’à ce que les États-Unis aient décidé de réchauffer volontairement le différend en mer de Chine méridionale depuis longtemps inactif après l’annonce de leur Pivot vers l’Asie en 2011 (le début asiatique de la nouvelle guerre froide), on peut objectivement établir que les relations entre la Chine et l’Asie du Sud avaient atteint des niveaux historiques sans précédent, ce qui bien sûr est l’une des principales raisons pour lesquelles les États-Unis ont malicieusement décidé de les perturber .


Intégration intra-Bloc et inter-Bloc

Les années de l’après-guerre froide pour l’ASEAN ont été surtout marquées par son élargissement à l’ensemble de l’Asie du Sud-Est. Le Vietnam l’a rejointe en 1995 et le Myanmar et le Laos ont suivi en 1997. Le Cambodge, le dernier membre à entrer dans le bloc, est devenu un membre officiel de l’organisation en 1999, complétant ainsi formellement les efforts d’intégration pan-régionaux de l’ASEAN et la mise au point de la fondation pour l’AEC qui allait suivre en novembre 2015. Dans l’intervalle de 16 ans qui a suivi, l’ASEAN a fait des pas mesurés autour de partenariats avec d’autres grands pôles économiques à travers le monde, si on se réfère à la pléthore d’ALE qu’elle a signée à la fin des années 2000. L’effet combiné des intégrations intra-bloc et inter-bloc pour lesquels l’ASEAN s’est engagée en a fait une force économique reconnaissable dans le monde qui a toujours pu se prévaloir de l’un des taux de croissance les plus élevés. En outre, en incorporant le reste de la région et en tendant la main à d’autres à travers le monde, l’ASEAN a été en mesure de se positionner comme l’organisation clé pour tous les acteurs intéressés par le commerce avec l’Asie du Sud-Est, augmentant ainsi son profil global. Avec le recul, il semblait presque inévitable qu’elle deviendrait l’une des régions les plus économiquement attrayantes dans le monde pour se transformer elle-même en l’AEC, mais le bloc a du faire face à une crise quasi existentielle en 1997 qui a menacé l’ensemble des acquis accumulés jusque là.


La crise financière asiatique 1997


L’ÉVÉNEMENT

PBS a ré-assemblé une chronologie très détaillée et précise de tout ce qui s’est passé au cours de cette crise économique prolongée en l’analysant dans un spectre géographique plus large. Le lecteur est invité à s’y référer avec enthousiasme pour de plus amples détails, mais voici un résumé concis qui suffira pour la portée de la recherche actuelle. À l’été 1997 et juste avant l’incorporation progressive dans l’ASEAN du Myanmar et du Laos, une crise financière spéculative fit décrocher la monnaie thaïlandaise. En quelques mois, elle se répandit rapidement dans toute la région, à la Malaisie, l’Indonésie et aux Philippines, Singapour étant également légèrement affecté. Conceptuellement, on peut comprendre que l’attaque post-moderne qui a été lancée contre la Thaïlande était destinée à se répandre comme elle l’a fait tout au long du noyau central de l’ASEAN (les pays membres avant les expansions des années 1990 sur le continent). George Soros est largement soupçonné d’avoir comploté et organisé l’attaque, ayant directement été accusé du fiasco financier régional par le Premier ministre malaisien Mathir Mohamed, et son implication dans cette attaque a contribué à consolider sa notoriété actuelle pour un interventionnisme perturbateur. [Soros n’est que la partie visible d’un bras armé financier transnational, NdT]


LEÇON

Un manifestant en Corée du Sud au cours de la crise de 1997

Au moment où la crise s’était largement dissipée en 1999 (au moins dans cette partie du monde, mais elle devait s’étendre plus tard à la Corée du Sud, la Russie et le Brésil), la Thaïlande, les Philippines et l’Indonésie avaient toutes acceptés l’assistance du FMI, la dernière connaissant au même moment un changement de régime contre Suharto, l’allié américain de longue date. Il était inévitable que le leader impopulaire et vieillissant soit finalement renversé à un moment donné, et il est très possible que les États-Unis aient cherché à guider la transition du leadership qui devait reprendre sa place, tout comme ils le feront plus tard avec Moubarak lors du théâtre des Révolutions de couleur des Printemps arabes. En outre, ce fut l’époque où les États-Unis étaient encore en train de perfectionner les techniques de Révolution de couleur pour synchroniser l’interaction complexe entre une multitude d’acteurs non étatiques, aussi bien ceux impliqués sciemment (comme Soros) que ceux manipulés sans le vouloir (tels que les étudiants qui ont protesté). La leçon ultime qui peut être tirée de cette expérience est que les acteurs non étatiques tels que Soros et le FMI ont travaillé plus que probablement à la demande des États-Unis, collaborant pour tenter de saboter la trajectoire économique de plus en plus indépendante de l’ASEAN pour la forcer à revenir dans le consensus de Washington.


BONNES INTENTIONS

On peut déduire de ce qui avait transpiré que l’ASEAN se sentait plus motivé pour développer ses relations commerciales avec d’autres acteurs majeurs afin de rendre sa stabilité inestimable au système économique mondial, de manière à préempter de manière proactive une future répétition des perturbations USA/SOROS/FMI qui avaient eu lieu. Cette motivation explique un peu l’engagement déterminé dont le bloc a fait preuve pour mettre en place le plus grand nombre possible d’ALE lors de la décennie suivante, afin de permettre à l’Asie du Sud de devenir le carrefour de l’économie mondiale qui a été longuement décrit dans la Partie I. On peut interpréter que la plupart des directions des États membres de l’ASEAN ont compris lors de cette crise à quel point le Consensus de Washington était gênant pour leurs économies, compte tenu de sa hiérarchie structurelle inégale et de sa nature intrinsèquement déséquilibrée, et ils ont cherché à trouver un moyen de se sortir de ce système.


LE PIÈGE DU TPP

Cela rend d’autant plus pitoyable le renoncement de certains d’entre eux, plus tard, à leurs principes multipolaires et leur enthousiasme pour le TPP américain. Il y a sans aucun doute des éléments économiques et politiques internes (les soi-disant élites) qui tiennent à profiter grassement de cet arrangement au détriment de la souveraineté de leur pays. Mais il se peut aussi que certains responsables ne se rendent tout simplement pas compte que les États-Unis utilisent de façon évidente le pacte commercial (si on peut appeler ainsi un tel arrangement inégal) pour institutionnaliser leur contrôle sur les économies et inaugurer le Consensus de Washington 2.0. Beaucoup d’entre eux, tels que ceux du Vietnam, sont trop aveuglés par la pression des États-Unis à contrarier la Chine pour réaliser qu’ils se précipitent tout droit dans le piège unipolaire. Les États-Unis ont bien joué leurs cartes, il faut le dire. On peut aussi anticiper assez précisément que le dégel minutieux du différend en mer de Chine méridionale conduira à une vague de nationalisme provoquée par les USA et la peur fabriquée en Asie du Sud-Est pourra être facilement manipulée pour diviser la région au grand avantage stratégique de l’Amérique.

Andrew Korybko 


Andrew Korybko est un commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides: l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride.

Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici

Un sommet de l'OTAN sur un volcan

Dernière mise à jour le 7 juillet 2016

Le Donbass au bord de la guerre totale


Depuis plusieurs semaines nous rendons compte d'un regain d'activité des opérations ukrainiennes menées sur la ligne de front du Donbass : 
  • déploiement massif d'unités d'assaut et d'artillerie, jusque sur la ligne de contact 
  • augmentation des missions de reconnaissance par les drones, 
  • intensification des bombardements sur les défenses et les quartiers résidentiels 
  • déclenchement de nouvelles attaques au sol contre les postions républicaines etc...
L'ensemble de ces mesures à caractère offensif constituent autant des provocations que des violations des accords de Minsk signés en février 2015 par Kiev.

Ce 6 juillet 2016, à Moscou ses sont rencontrés autour du sujet, Grigori Karassine, le vice Ministre russe des Affaires étrangères, Rüdiger von Fritsch, l'ambassadeur d'Allemagne et Jean-Maurice Ripert, l'ambassadeur de France.  

Grigori Karassine, vice Ministre russe des Affaires étrangères,
Le représentant russe a exprimé la vive inquiétude de son gouvernement suite aux derniers développements initiés par Kiev de la situation militaire sur le front du Donbass et qui mettaient en danger le processus de paix engagé à Minsk.

Tout en précisant que cette radicalisation militaire engagée par Kiev était confirmée par les observateurs de l'OSCE, Grigori Karassine a demandé aux 2 pays représentés par leurs ambassadeurs de bien vouloir faire pression sur Kiev pour enrayer le plus vite possible cette escalade militaire provoquée par l'armée ukrainienne et qui risque d'anéantir définitivement le règlement pacifique organisé par le "format Normandie" et déstabiliser gravement toute la région.

Poutine en observateur attentif de la crise ukrainienne
Dans le même temps, on apprend par certaines sources que le Président russe Vladimir Poutine aurait annulé l'ensemble de ses déplacements prévus ces prochains jours dans les régions de l'Altaï et de la Yakutie. (à confirmer)

Selon ces analystes ces décisions tant militaires que politiques seraient liées à la réunion prochaine du sommet de l’OTAN prévue à Varsovie les 8 et 9 juillet prochains.

En effet, le Donbass, qui est déjà un des points majeurs de l'ordre du jour de cette réunion risque par ses derniers développements de forcer certaines décisions dirigées contre la Russie, toujours désignée responsable de la crise par les membres de l'OTAN. 

Concrètement, alors que l'OTAN, entre ses déploiements de troupes conventionnelles sur les frontières de la Russie ou de ses missiles stratégiques en Roumanie et Pologne affiche une stratégie offensive ouvertement dirigée contre la Russie.
Les points abordés lors de la présentation de l'ordre du jour de ce futur sommet de l'Organisation militaire étasunienne en Europe confirme cette stratégie russophobe qui prévoit un renforcement de sa présence militaire dans la partie Orientale de l’Alliance comme l'a annoncé son Secrétaire Général Jens Stoltenberg en déclarant : «Nous travaillerons quatre bataillons internationaux en Estonie,  Lettonie, Lituanie et Pologne (...) et une brigade multinationale en Roumanie.»

Au cours de ce sommet est également prévu le vote d'un "paquet d’aide à l’Ukraine, en ce qui concerne le secteur de la sécurité et de la défense"

De son côté Kiev, enlisée dans un conflit qu'elle est incapable de gérer tant sur le plan militaire que politique, pourrait-être tentée par une nouvelle offensive militaire contre le Donbass pour forcer la main des occidentaux au delà des aides déjà prévues à son armée. En effet, cette offensive ukrainienne, vu le rapport de force et militaire et surtout moral existant, serait à court terme vouée à l'échec, et risquerait même de faire échouer la stratégie étasunienne régionale qui, en Ukraine est déjà en difficulté...sauf si elle reçoit un renfort important et significatif !

Aujourd'hui si l'OTAN est bien le bras armé de l'Union Européenne, cette dernière semble cependant avoir son couteau posé sur sa gorge et qui oblige à aboyer vers l'Est.

Profitant de cette prise d'otage étasunienne de l'Europe, Porochenko pourrait donc chercher à entraîner prématurément les occidentaux dans une guerre contre la Russie à laquelle les préparent les faucons néo-conservateurs de Washington, notamment via leurs valets de l'Union Européenne et leurs chiens de garde médiatiques à l'image de l'abject Nicolas Tenzer, qui vient de commettre dans le quotidien "Le Monde" un panégyrique qui est un véritable appel à la guerre contre Moscou !

Ce fanatique belliciste illustre à lui tout seul la folie de cette politique étasunienne à la dérive et qui s’apprête à jeter ses pays vassalisés à l'assaut de la Russie, cette "première menace pour l'Europe", et rapidement, avant que l’euroscepticisme les gagne tous ou que l'effondrement économique les paralyse complètement. 


Et ce triste et nuisible politologue de conclure que "la Russie vise à démanteler l’Europe et à diviser ses nations : nous devons tenir bon. Un choix de société est en jeu – le plus crucial des choix pour la France, l’Europe et le monde libre."



Avec de telles mouches du coche, les occidentaux sont embarqués à grande vitesse sur un chemin étroit et glissant bordé par le précipice de la guerre... Sauront-ils reprendre les rênes de leur destin et éjecter de l'attelage ce vampire étasunien agonisant qui veut tenter de survivre par le chaos ? 



Peut-être que les prochaines semaines qui s'annoncent décisives, nous dessineront-elles un début de réponse, entre Donetsk et Lugansk...



Erwan Castel, volontaire en Novorossiya



Mise à jour le 7 juillet 2016


En même temps qu'avait lieu la réunion à Moscou avec les ambassadeurs français et allemand, où le vice ministre soulignait "les symptômes visibles d'une opération militaire en cours de préparation par l'armée ukrainienne.", le Président Poutine a personnellement appelé Barak Obama à la Maison Blanche pour lui exprimer sa vive inquiétude concernant l'aggravation militaire de la ligne de front du Donbass décidée par Kiev, à la veille du sommet de l'OTAN de Varsovie.

Par ailleurs l'annulation des déplacements du Président russe a été confirmée.

Kiev non seulement fait la sourde oreille mais multiplie même les déclarations bellicistes comme celles d'Andrey Parubiy, le cofondateur du parti néo-nazi Svoboda et Président de l'assemblée nationale ukrainienne qui le 6 juillet déclarait que Kiev avait l'intention de ne jamais respecter les accords de Minsk.

Source de la Mise à jour 

Site Sott.net

vendredi 1 juillet 2016

Le Brexit, OK... mais après ?


Le Brexit, une victoire en danger ?

Après le coup de tonnerre provoqué par le Brexit, nous voyons une Union Européenne paniquée qui démène pour saboter par tous les moyens l'expression du peuple britannique jusqu'à se ridiculiser par un déni flagrant de démocratie et des insultes ouvertes à l'encontre des peuples européens jugés immatures dans leurs volontés de ne pas se soumettre aux règles liberticides d'une technocratie supra nationale et non élue par eux.

Ces "terroristes intellectuels" qui ont pris en otage le rêve européens ont monté une cabale médiatique hallucinante de mauvaise foi et tricherie, à l'image de cette pétition anti-brexit recueillant en quelques jours des millions de signatures et qui s'est avérée une immense supercherie où n'importe qui pouvait déclarer des signataires imaginaires comme les 23.778 coréens du Nord (!) ou encore les 39.411 résidents du Vatican qui ont signé la pétition, sur 800 personnes qui y vivent réellement !

Le mainstream médiatique, qui dépend du pouvoir, tant financièrement que professionnellement, s'est lancé depuis une semaine dans une croisade inquisitoriale contre le Brexit fustigeant ses partisans accusés de déclencher l'apocalypse en tournant le dos à l'Europe, de vouloir revenir à un passé féodal etc...

Tour à tour les anti-brexit usent de la peur (chaos économique), de la menace (guerre civile), de la diabolisation (fascisation des pro-brexit), ou de la victimisation (de la jeunesse par exemple), pour stigmatiser le référendum britannique, jusqu'à lancer la foule contre le peuple.
La propagande mondialiste procède ici d'un même absolutisme dogmatique que celui du monothéisme romain dont elle s'inspire : "en dehors de l'église point de salut !"... et de nous menacer des pires affres en cas de mutinerie...

« Il faudrait que les journalistes cessent de mépriser leur auditoire »

Le prosélytisme journalistique de ces pitoyables "chiens de garde" du système, par la vacuité de leurs arguments et la portée de leurs jappements montrent finalement qu'ils ne sont que des chiots bâtards enchaînés à leur gamelle...

Une élite politique, devenue caste opposée au populations qu'elle veut asservir

Ce référendum britannique, dans son résultat mais encore plus dans les réactions qu'il a suscité dans les palais de l'Union Européenne et ceux de ses annexes nationales, montre que la fracture existante entre les élites politiques et les peuples est désormais devenue une ligne de front ouvertes entre dictature et rebéllions.

Rappel :

- En 1992, le Danemark refuse à 51.7% le traité de Maastricht : obligé de revoter !
- En 2000, le Danemark refuse à 53.2% de rejoindre la zone €uro : accepté !
- En 2001, l'Irlande refuse à 53.90% le traité de Nice : obligée de revoter !
- En 2003, la Suéde refuse à 56.10% de rejoindre la zone €uro : accepté !
- En 2005, la France refuse à 54.90% la constitution européenne : ignorée !
- En 2005, les Pays Bas refusent à 61.5%  la constitution européenne : ignorés !
- En 2008, l'Irlande refuse à à 53.20% le traité de Lisbonne : obligée de revoter !
- En 2015, la Grèce refuse à 61.3% le plan de redressement : ignorée !
- En 2016, les Pays Bas refusent à 61,1 % l’accord d’association entre l'UE et l’Ukraine...
En 2016, le Royaume Uni demande à 51.9% sa sortie de l'Union Européenne !

Le président allemand Joachim Gauck résume d'ailleurs cette situation et très tranquillement le 17 juin dernier :

 "Les élites ne sont pas le problème, c'est le peuple qui est le problème" 


Comment le système va t-il maintenant organiser le sauvetage de sa plantation esclavagiste européenne menacée d'un marronnage contagieux ? 
Si David Cameron, respectant la tradition politique britannique s'est formellement et publiquement engagé à respecter le vœu du peuple, (il a d'ailleurs annoncé sa démission prochaine) les autres pays européens d'ores et déjà sont entrés dans une prophylaxie dictatoriale, comme la France où le Président Hollande a refusé la demande de Marine Le Pen concernant la tenue d'un référendum sur un  "Frexit" éventuel.

Surtout il ne faut pas crier Victoire trop tôt car le Brexit n'est pas encore un essai validé et transformé et il n'est pas impossible que l'opposition cherche a imposer au minimum un second vote au niveau du parlement pour validé le référendum.

Par ailleurs, si l'on considère que les objectifs principaux de l'Union Européenne sont la dictature d'un libre marché économique, le départ du Royaume Uni ou de tout autre pays de la communauté de l'UE ne signifie pas pour autant l'abandon de grand Marché transatlantique qu'incarne par exemple le TAFTA et qui, comme l'OTAN, est indépendant de Bruxelles... 


"Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain"

De plus, la dictature étasunienne en Europe, si elle est sévèrement bousculée par le Brexit n'en n'est pas pour autant vacillante, et elle tente même d'exploiter ce résultat à son avantage en voulant souligner une division européenne qu'elle cherche à maintenir depuis des décennies.   

Le système veut nous faire croire que le progrès proposé par les projets de l'UE est bénéfique aux européens. Ceci est visible notamment dans la sémantique des discours politico-médiatiques qui dénoncent le Brexit comme une opération "anti-européenne", sous-entendu que l'Union Européenne" serait pro européenne, ce qui est très loin d'être le cas !

Or les eurosceptiques, si nous analysons leurs discours, ne se sont jamais opposés à une idée identitaire européenne, bien au contraire, mais simplement à ce montage technocratique au service des intérêts étasuniens qui se cache sous le masque d'une Union Européenne qu'il faudrait plutôt appeler UERSS.

Il leur faut donc pour ne pas être taxé de réactionnaires passéistes défendre de concert les intérêts nationaux avec le projet d'une autre Europe que celle issu du Marché commun.

Vladimir Boukovski, analyse  au regard de l'histoire soviétique l'UE

L'Union Européenne a tout simplement pris en otage les gouvernements des Etats-nations européens, en les asservissant par la dette économique et des engagements progressifs dans les réseaux militaro-industriels contrôlés par Washington.

L'adhésion des autres peuples européens à l'exemple donné par les britanniques ce 23 juin 2016 montrera autant le rejet de cette Kommandantur étasunienne installée en Europe que l'existence d'une autre Europe, bien réelle et naturelle et que confirme la relance des indépendantisme en Grande Bretagne : celle des peuples !

Erwan Castel


Le 27 juin 2016, Nigel Farage, toujours député européen, puisque la sortie du Roaume Unie de l'UE n'a pas encore été acté juridiquement, est venu faire une mise au point "vent debout" au sein du parlement européen particulièrement hostile au Brexit..




Source, le lien ici : Boulevard Voltaire

Alain de Benoist : 
Brexit : vers un effet domino en Europe ?


Alain de Benoist - 29 juin 2016
Intellectuel, philosophe et politologue
Revue Eléments

Le Brexit a retenti comme un coup de tonnerre, qui semble avoir surpris jusqu’à ses partisans. Comment en est-on arrivé là ? Et quel est le sens profond de cet événement ?

Les Anglais se sont tirés les premiers : c’est en effet un événement historique. Mais d’abord une remarque : ils n’auraient, pour commencer, jamais dû y entrer. Comme le général de Gaulle l’avait bien compris en son temps, l’Angleterre s’est toujours sentie plus proche des États-Unis (le « grand large ») que de l’Europe, où elle n’a cessé de jouer le rôle d’un cheval de Troie atlantiste et dont elle n’a jamais pleinement accepté les règles. En ce sens, le divorce met fin à un mariage qui n’avait jamais été vraiment consommé.

Les principales motivations de ce vote sont, comme on l’a déjà beaucoup dit, la question de l’immigration et surtout un sentiment d’abandon social, politique et culturel qui alimente un formidable ressentiment envers la classe politique traditionnelle et les élites mondialisées. Le vote britannique n’a, d’ailleurs, pas opposé les conservateurs et les travaillistes, mais des partisans et des adversaires du Brexit des deux camps, ce qui signifie qu’il a transcendé le clivage droite-gauche.

Notons, enfin, que les milieux libéraux étaient eux-mêmes partagés. S’ils étaient en majorité favorables au maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, certains d’entre eux militaient quand même pour le Brexit au seul motif que l’Union européenne n’est pas encore assez acquise à l’idéal d’une dérégulation généralisée (Nigel Farage, ne l’oublions pas, est un ultra-libéral en économie). C’est là une grande différence entre la France et l’Angleterre. Si, chez nous, la majorité des libéraux reste convaincue que le but essentiel des traités européens est d’imposer les principes libéraux, à commencer par la libre circulation des biens et des services, des personnes et des capitaux, beaucoup pensent en Angleterre que le marché ne nécessite ni institutions ni traités. D’où un souverainisme dont le moteur n’est pas tant le souci d’identité nationale, l’insécurité culturelle ou la souveraineté populaire que l’insularité, liée à l’idée que les valeurs commerciales de la mer doivent primer sur les valeurs politiques, telluriques et continentales de la terre – les mêmes rêvant d’une alliance fructueuse avec le Commonwealth et les États-Unis.

Mais on ne peut comprendre le sens de ce vote qu’en le replaçant dans une perspective plus large, à savoir la révolte mondiale contre les élites autoproclamées, dont la montée des populismes ne constitue que la traduction politique la plus visible et dont le « non » au référendum de 2005 sur le projet de Constitution européenne représente le point de départ symbolique. Le Brexit est indissociable de la montée du Front national comme de celle du FPÖ en Autriche, de SYRIZA en Grèce ou Podemos en Espagne, de l’élection d’une représentante du Mouvement cinq étoiles à la mairie de Rome, des phénomènes Trump et Sanders aux États-Unis, etc. Partout, les peuples se révoltent contre une oligarchie transnationale qu’ils ne supportent plus. C’est en cela que le Brexit est essentiel : il confirme un mouvement de fond. Après des décennies d’« élargissement », nous entrons dans l’ère des sécessions.


Que va-t-il se passer maintenant ?

Contrairement à ce que l’on dit, les principales conséquences ne seront pas économiques ou financières, mais politiques. En Grande-Bretagne, où le vote a déjà ouvert une crise politique, le Brexit va provoquer une relance de l’indépendantisme écossais et ranimer le débat sur le statut de l’Ulster, voire sur celui de Gibraltar. La City de Londres va plus que jamais se recentrer sur son rôle de paradis fiscal. En Europe, où l’Union européenne reposait sur l’équilibre des trois Grands (France, Allemagne, Royaume-Uni), l’Allemagne devient la seule grande puissance dominante – elle pèse désormais presque un tiers du PIB et 40 % de l’industrie du nouvel ensemble –, mais elle perd les bénéfices qu’elle tirait de son alliance de fait avec l’Angleterre, souvent au détriment des intérêts français.

Mais c’est surtout l’effet domino, c’est-à-dire de contagion, qui va se faire sentir. Le choix des Anglais montre qu’il peut y avoir une vie après l’Union européenne – et qu’on peut concevoir l’Europe autrement. Les Slovaques, qui vont prendre ces jours-ci la présidence de l’Union européenne, sont eux-mêmes des eurosceptiques. Les opinions défavorables à l’Union européenne l’emportent déjà sur les opinions favorables en France, en Espagne et en Grèce. Dans d’autres pays, comme les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, le Portugal, la Hongrie, voire la Pologne, d’autres référendums ne sont pas à exclure.


Est-ce le début de la déconstruction européenne ou l’amorce d’un nouveau départ ?

En théorie, le départ des Anglais pourrait permettre de relancer la construction européenne sur de meilleures bases. Mais en pratique, cela ne se produira pas. Pour « refonder l’Europe », comme certains n’hésitent pas à le dire, il faudrait déjà prendre la pleine mesure de ce qui s’est passé, c’est-à-dire comprendre ce que les citoyens ne veulent plus. Mais c’est l’inverse qui se passe, puisqu’on s’entête jour après jour à expliquer que ceux qui renâclent sont des ignorants, des ringards, des xénophobes, des vieux, etc., et que pour leur faire accepter la potion il va suffire de doubler la ration. Sidérés comme des lapins pris dans la lumière des phares, les dirigeants de l’Union européenne lèchent leurs plaies mais refusent de se remettre en question : la seule leçon qu’ils tireront de ce scrutin est qu’il faut décidément tout faire pour empêcher les peuples de s’exprimer. Qui disait que la folie consiste à refaire toujours la même chose en espérant à chaque fois obtenir des résultats différents ? Les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on va continuer à jeter de l’essence sur un feu qui finira par tout embraser.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier